Reportage

Mexique : le titre 42 continue de bloquer les demandeurs d’asile aux portes des États-Unis

Des migrants et des demandeurs d'asile manifestent contre le titre 42 près de la frontière américano-mexicaine à Tijuana, dans l'État de Basse-Californie, au Mexique, le 22 mai 2022.
Des migrants et des demandeurs d'asile manifestent contre le titre 42 près de la frontière américano-mexicaine à Tijuana, dans l'État de Basse-Californie, au Mexique, le 22 mai 2022. AFP - GUILLERMO ARIAS

Aux États-Unis, le gouvernement Biden avait prévu pour ce lundi la fin de l’application du « Title 42 ». Cette mesure sanitaire, instaurée par Donald Trump en mars 2020, fait que les gardes-frontières américains expulsent directement les migrants sans procédure. Mais vendredi un juge fédéral de Louisiane a bloqué la levée du titre 42. A la frontière mexicaine, les candidats au départ sont dans l'attente.

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Avec notre envoyée spéciale à Tijuana, Gwendolina Duval

Le « Title 42 », décrié par les associations et les institutions qui défendent les droits des migrants fait polémique depuis plusieurs mois et divise les politiques américains. En question, le fait que les gardes-frontières américains expulsent directement les migrants au Mexique ou dans leur pays d’origine sans procédure. Et ce, avant même que ces derniers puissent déposer une demande d’asile. 

À la frontière entre le Mexique et les États-Unis, jusqu’à nouvel ordre, l’attente continue pour les migrants qui veulent déposer cette demande d’asile aux États-Unis. Depuis plus de deux ans, ils arrivent toujours plus nombreux à cette frontière et restent bloqués. Pour eux, il est impossible de repartir dans leur pays d’origine alors ils s’entassent dans les villes frontalières.

Des vies à l'arrêt

Pour Josep Herrero de l’agence de l’ONU pour les réfugiés, cette incertitude est très anxiogène. « Il y a beaucoup de confusion, les gens sont perdus. Ils ne savent pas à quoi s’attendre, ni quelles sont les procédures qui peuvent s’appliquer, ni si l’accès à la frontière est fermé ou bien s’il va rouvrir », dit-il. 

Au Mexique, le titre 42 fait l’objet de protestation de la part des migrants eux-mêmes, mais aussi des associations et institutions internationales. Sur les hauteurs de Tijuana, le père Patricio Murphy est le responsable de la Casa del Migrante… Il vient d’apprendre que la levée du titre 42 a été bloquée par une décision de justice américaine... Maintenant, c’est à lui de transmettre l’information aux personnes qui résident dans le refuge. Ce sont principalement des familles originaires d’Haïti, d’Amérique centrale et du Mexique. Elles aussi attendent pour faire une demande d’asile. « Tous avaient l’espoir de passer demain. Donc les gens vont s’énerver. Ils vont être très embêtés. Je ne sais pas ce qu’on va faire. Dans la ville, il y a des milliers de personnes qui attendent une bonne nouvelle et cela n’en est pas une… » Le refuge doit encore une fois revoir sa stratégie d’accueil alors qu’il est déjà au maximum de sa capacité depuis deux ans.  

Beaucoup considèrent que la mesure - imposée au départ officiellement pour des raisons sanitaires en raison de la pandémie de Covid-19 - n’est plus nécessaire, tandis que cela fait plus de six mois que les restrictions sont levées pour les touristes.  

« Tous les États sont souverains pour mettre en place leur politique frontalière et de prévention et de contrôle des maladies, poursuit Josep Herrero, de l’agence de l’ONU pour les réfugiés. Mais en aucun cas, ces mesures ne doivent empêcher le droit à l’accès du territoire et au droit de demander l’asile, car c’est un droit de l’homme fondamental. »

Des départs impossibles à empêcher

Quelle que soit la politique des États-Unis à sa frontière, le départ des migrants est inévitable. Les flux ont d’ailleurs atteint des records. Selon les chiffres des autorités américaines, depuis deux ans, plus de 3 millions 250 personnes ont été arrêtés par les gardes-frontières. « Il faut se focaliser davantage sur pourquoi les gens se voient obligés quitter leur pays et moins sur les attentes qu’ils ont sur le pays dans lequel ils vont arriver. Personne ne choisit de partir », rappelle Josep Herrero.

Une analyse que partage aussi le père Patricio à la Casa del Migrante : « Les gens vont passer illégalement pour chercher une vie digne. Parce que le crime organisé continue de tuer. Tous les jours, des gens arrivent avec des histoires personnelles horribles. Il faut qu’il y ait un dialogue entre les États-Unis, le Mexique et tous les pays d’Amérique centrale pour trouver une solution ». En attendant à la frontière, le sort des demandeurs d’asile est toujours suspendu à l’évolution de la politique américaine.

►À lire aussi : États-Unis: un juge empêche la levée d'une mesure bloquant les migrants aux frontières

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