Mexique

Au Mexique, des cartels de la drogue de plus en plus violents

Les funérailles d'un nouveau-né abattu lors d'un réglement de comptes, à Ciudad Juarez le 24 août 2010.
Les funérailles d'un nouveau-né abattu lors d'un réglement de comptes, à Ciudad Juarez le 24 août 2010. Reuters/Alejandro Bringas

Tueries et découvertes macabres s'enchaînent au Mexique, du fait de la guerre de territoire que se livrent les cartels. Le dernier carnage en date, celui de 72 pauvres émigrants clandestins venus de l'Amérique centrale et du Sud qui aspiraient à entrer aux Etats-Unis, serait de la responsabilité des Zetas, ce gang particulièrement sanguinaire composé d'anciens policiers et militaires.

Publicité

Les actes de violence quasi-quotidiens qui défrayent la chronique au Mexique sont en fait souvent des réglements de compte entre cartels. Les cibles des tueurs peuvent aussi être des magistrats, des journalistes, des représentants des autorités locales ou des forces de l'ordre, c'est-à-dire des catégories de personnes qui peuvent être perçues comme une menace au principe même de leur trafic très juteux.

Mais ce sont surtout leurs semblables, leurs concurrents directs que les "sicarios" liquident sans pitié, et auxquels ils appliquent en général les traitements les plus sordides, en les décapitant, en les mutilant, en se livrant à des mises en scène effrayantes. Et sans se soucier le moins du monde des Mexicains ordinaires qui auraient le malheur de se trouver dans une fête, ou dans un bar, fréquentés par celui qu'ils ont pour mission de tuer. Les chiffres sont éloquents : il y a eu plus de 28 000 morts violentes liées au crime organisé depuis 2007.

Cet extrême degré de violence s'explique par la volonté de chacun de ces cartels, ou de ces gangs, qui foisonnent de plus en plus, de préserver et d'agrandir sa propre part du gâteau. Un gâteau constitué par tous les trafics illégaux, y compris celui d'êtres humains désireux de passer clandestinement la frontière avec les Etats-Unis, et dont les cas d'abus, d'extorsions, voire de meurtres, se sont récemment multipliés.

Mais le domaine de prédilection de ces gangs, c'est le trafic de drogue : celle qui est produite et transformée sur le sol mexicain en quantités toujours plus grandes - cannabis, pavot et drogues synthétiques -, celle qui est consommée localement - là aussi les chiffres explosent -, et surtout celle qui est introduite aux Etats-Unis, le grand marché frontalier, notamment la cocaïne d'origine andine qui ne fait que transiter par le Mexique. D'où l'importance du contrôle des routes.

Fluctuations du marché

Georgina Sanchez

Les rivalités s'exacerbent aussi avec les fluctuations du marché. D'après Georgina Sanchez, du réseau Prospectiva internacional qu'elle anime depuis Mexico, tandis que les drogues synthétiques et l'héroïne sont des valeurs en hausse, « la marijuana est plutôt à la baisse, plusieurs Etats des Etats-Unis produisant légalement leur propre marijuana ». Les cartels, « plus ou moins spécialisés », doivent donc s'adapter et la guerre se livre aussi « entre divers types de produits ».

Guillermo Aureano

Pour expliquer une telle violence, Guillermo Aureano, du groupe d'études sur la sécurité internationale de l'Université de Montréal, invoque aussi des causes plus structurelles. Le PRI, ce parti qui a dominé la vie politique pendant 70 ans, « contrôlait plus ou moins le marché de la drogue » jusqu'à sa défaite face au PAN au début de ce siècle. La démocratisation du système a eu pour effet de faire « éclater ce contrôle du marché noir ». Autres raisons : la reconversion d'au moins 5 000 anciens policiers et militaires à la retraite dans le crime organisé (les Zetas sont le plus connu des gangs qu'ils ont formés), et « l'extraordinaire facilité avec laquelle des armes très puissantes sont importées via les Etats-Unis ».

Anarchie policière

Ces anciens policiers et militaires qui ont changé de camp, parce qu'ils sont habitués à manier des armes et à se les procurer, ont introduit de nouvelles « méthodes », beaucoup plus violentes, sur la scène du narcotrafic. Et cette évolution, de même qu'une corruption chronique dans leurs rangs ont été favorisées par le grand morcellement des forces policières, qui dépendent traditionnellement des gouverneurs, et même des maires. Résultat, d'après Georgina Sanchez : « plusieurs milliers de corps de police, donc une anarchie complète ».

Autant dire que la guerre que le président Calderon a déclarée il y a près de 4 ans au narcotrafic est mal engagée. C'est en tout cas ce que pense le criminologue Xavier Raufer, pour qui « l'Etat mexicain est submergé » par la différence de moyens entre ce dont dispose l'armée fédérale, et les véritables fortunes accumulées par les cartels.

Xavier Raufer

Pour combattre efficacement le crime organisé au Mexique, il faudrait que les Etats-Unis, principal destinataire de ces cargaisons illégales, se mettent vraiment de la partie. Mais les autorités mexicaines, tout en réclamant à grands cris l'implication du grand voisin, font preuve d'un sens de la souveraineté sourcilleux.

 

Pour en savoir plus: 

Borderland Beat, un blog spécialisé sur le crime organisé entre le Mexique et les Etats-Unis

Rapport du Congrès américain sur les cartels de la drogue au Mexique

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail