etats-unis/Elections de mi-mandat

En Californie, les travailleurs clandestins deviennent enjeu des élections

Nicky Diaz Santillan (G), l'ancienne femme de ménage de Meg Whitman, accompagnée de son avocate lors d'une conférence de presse à Los Angeles, en Californie, le 29 septembre 2010.
Nicky Diaz Santillan (G), l'ancienne femme de ménage de Meg Whitman, accompagnée de son avocate lors d'une conférence de presse à Los Angeles, en Californie, le 29 septembre 2010. AFP/Mark RALSTON

Qui succédera Arnold Schwarzenegger au poste du gouverneur de la Californie ? La candidate républicaine Meg Whitman et son adversaire démocrate Jerry Brown se livrent depuis des semaines une bataille sans merci. Mais à la fin du mois de septembre, la course a pris soudainement une tournure inattendue : Meg Whitman, richissime fondatrice du site internet eBay, a été accusée d’avoir employé neuf années durant une immigrante illégale comme femme de ménage. Ces révélations ont porté un coup sérieux, voire fatal, à la candidate républicaine qui avait justement fait campagne avec une ligne très dure contre l’immigration clandestine. Mais cette affaire a replacé la problématique des travailleurs sans papiers au centre du débat public en Californie.

Publicité

De notre envoyée spéciale à San Francisco,

Le 29 septembre dernier, la voix étouffée par des larmes, Nicky Diaz parle à la presse. « J’ai dit : s’il vous plaît Madame : pouvez-vous m’aider ? Mais elle était très énervée. Elle a dit : Non, je ne peux pas t’aider. Et à partir de maintenant, tu ne me connais pas et moi je ne te connais pas. Tu ne m’as jamais vu, tu as bien compris ».

Nicky Diaz est une immigrée sans papiers. La jeune femme accuse son ex-patronne Meg Whitman d’avoir mis soudainement fin à son contrat de travail en 2009, quand elle est devenue potentiellement nuisible à la candidature de la républicaine milliardaire. La fondatrice d’eBay a beau tout nier en bloc, les révélations de Nicky Diaz ont néanmoins fait l’effet d’une bombe dans la campagne électorale en Californie. Pourtant, l’histoire de Nicky est loin d’être un cas unique.

Notre dossier spécial

« Nous avons beaucoup de Nicky »

Devant la porte d’entrée de La Raza à San Francisco, une longue file d’attente s’est formée. Et c’est ainsi chaque jour de la semaine. Cette association se bat pour la reconnaissance des travailleuses à domicile et notamment des sans papiers. Depuis des années, Guillermina Castellanos écoutes ces femmes en détresse, d'autant plus vulnérables qu'elles n'ont pas de papiers.

« Vous savez, nous avons beaucoup de Nicky ici. Elles sont abusées sexuellement, verbalement, psychologiquement, émotionnellement et physiquement. On les bat, on leurs tire les cheveux… Les coupables ne sont pas seulement les hommes, se sont leurs femmes aussi. Et ne voyant pas d’issue, certaines victimes vont jusqu’à commettre des tentatives de suicide ».

Une main d’œuvre bon marché

Quelque 7 à 8 millions de sans papiers travaillent illégalement aux Etats-Unis, dont 30 % rien qu’en Californie. Le recours à cette main d’œuvre bon marché est chose courante dans le Golden State. Mais en pleine campagne électorale, « l’affaire Nicky Diaz », comme l’appelle désormais la presse, devient particulièrement délicate pour la républicaine Meg Whitman.

« Ce scandale l’a clairement affaiblie aux yeux de l’électorat latino-américain. Et le déclin de Meg Whitman dans les sondages est certainement dû à cette affaire », analyse Jack Citrin, professeur et politologue à l’université de Berkeley. « Le vote latino est potentiellement très important car c’est une partie de l’électorat en pleine croissance. Toute la question est de connaître leur participation. Une chose est sûre : une affaire comme celle-ci peut mobiliser des électeurs qui ne se seraient pas forcément déplacés. Et c’est exactement ce dont à besoin Jerry Brown ».

Meg Whitman en perte de vitesse

Les deniers sondages semblent lui donner raison : le démocrate Jerry Brown devance désormais sa rivale Meg Whitman de 13 points. Au-delà de tout calcul électoral, l’association La Raza n’est pas mécontente du brouhaha médiatique. Elle estime bien au contraire que les révélations de Nicky Diaz ont été salutaires.

« Nicky a ouvert la voie à toutes ces travailleuses illégales », explique Guillermina Castellanos. « Elle leur montre qu’elles peuvent en décider autrement. Qu’elles peuvent s’engager dans une lutte, et surtout qu’elles ne sont pas seules. Parce qu’il existent des organisations qui peuvent les aider. Nicky a donc joué un rôle très important pour ces employées de maison. Et pour cela elle va rentrer dans l’histoire ».

Depuis, les premières manifestations de travailleurs sans papiers ont eu lieu un peu partout en Californie. Sur les pancartes et T-Shirt, les manifestants ont écrit : « Nous sommes tous des Nicky ».
 

Ecoutez le reportage international sur le même sujet.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail