Etats-Unis / Inde

L’Inde, première étape de la tournée de Barack Obama en Asie

Le président américain Barack Obama et son épouse, à leur arrivée à Bombay (Inde), le 6 novembre 2010.
Le président américain Barack Obama et son épouse, à leur arrivée à Bombay (Inde), le 6 novembre 2010. REUTERS/Jason Reed

C’est en Inde que Barack Obama a entamé ce samedi 6 novembre sa tournée de dix jours en Asie. Une tournée dominée par les dossiers économiques et destinée à soutenir les exportations américaines et l’emploi aux Etats-Unis. Après l’Inde, le président américain se rendra en Indonésie, en Corée du Sud et au Japon.

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Pour sa première visite en Inde, Barack Obama a choisi de descendre à l'Hôtel Taj Mahal

Le président Barack Obama, en visite en Inde

Tous les analystes sont d’accord pour affirmer que la visite du président Obama en Inde ne revêt pas l’importance de celle de Bill Clinton en 2000, qui avait permis de briser la glace entre Washington et New Delhi, ou de celle de George W. Bush en 2006, marquée par un accord de coopération dans le nucléaire civil. La défaite subie par Obama et par son parti démocrate lors des élections de mi-mandat affaiblit le président, qui n’a plus la possibilité de lancer de nouvelles initiatives à l’égard de l’Inde. Les électeurs américains se sont montrés vivement préoccupés par le chômage et les délocalisations, dont profitent des villes indiennes comme Bangalore.

Les commentateurs indiens sont conscients du fait que, trop préoccupé par la politique intérieure américaine, Obama n’a pas les mains aussi libres sur le plan diplomatique. Dans ce contexte, le mieux que l’Inde puisse espérer de la visite c’est une consolidation des relations développées sous la présidence de George W. Bush, estime par exemple Amitabh Mattoo, professeur de politique internationale à l’Université Nehru, à New Delhi.
Barack Obama a déclaré à l’agence de presse indienne PTI que l’Inde se devait d’ouvrir ses marchés aux entreprises américaines – une demande qui dominera sans doute sa visite en Asie, destinée à soutenir les exportations américaines et l’emploi aux Etats-Unis. Après l’Inde, le président américain se rendra en Indonésie, en Corée du Sud et au Japon.

Les échanges économiques ont triplé en dix ans

Plus de 200 hommes d’affaires accompagnent Barack Obama dans sa visite à Bombay, la capitale économique de l’Inde, et ensuite à New Delhi, sa capitale politique.

A l’ordre du jour figurent en bonne place les relations militaires entre les deux pays. Au cours des douze derniers mois, les Américains ont tenu avec les Indiens davantage d’exercices militaires qu’avec tout autre pays, et les grandes entreprises américaines comme Boeing et Lockheed Martin pourraient décrocher 11 milliards de dollars de contrats pour l’achat de 126 avions de combat.

Les échanges économiques sont en plein essor entre les Etats-Unis et l’Inde : ils ont triplé au cours des dix dernières années, atteignant au total 36,5 milliards de dollars, mais les Etats-Unis sont passés de la place de premier partenaire commercial à celui de troisième.

New Delhi aimerait que les Etats-Unis mettent fin à leur embargo sur les exportations vers l’Inde de technologie à double usage – civil et militaire – décrété après les essais nucléaires indiens de 1998. Mais Obama a déjà déclaré à l’agence PTI qu’il serait « très difficile et compliqué » de répondre aux attentes de l’Inde dans ce domaine.

Le Pakistan, pomme de discorde entre Washington et New Delhi

L’élection d’Obama en 2008 avait été saluée en Inde avec le même enthousiasme que dans les autres pays ; le Premier ministre Manmohan Singh avait qualifié son parcours jusqu’à la Maison Blanche d’ « inspiration pour le monde entier ». Le président américain bénéficie d’une bonne image, pour son histoire personnelle et en tant que progressiste qui a su imposer la réforme de l’assurance maladie.

L’enthousiasme initial s’est essoufflé avec une série d’accrocs bilatéraux, les Indiens ont plus de mal à obtenir les visas, et Obama s’est prononcé contre la délocalisation d’emplois américains. Le sujet de contentieux le plus aigu reste le soutien des Etats-Unis au grand rival de l’Inde, le Pakistan, considéré par Washington comme un allié clé dans la lutte contre le terrorisme. Les questions stratégiques bilatérales sont devenues plus complexes depuis l’arrivée d’Obama au pouvoir, et notamment depuis son annonce d’un retrait progressif des troupes américaines d’Afghanistan. Le Pakistan est soupçonné en Afghanistan de soutenir les talibans pour endiguer l’influence croissante de son rival indien. Obama n’ira pas au Pakistan dans le cadre de son actuelle tournée en Asie, mais il a indiqué qu’il comptait y effectuer une visite l’an prochain.

Le président américain a montré à plusieurs reprises sa sympathie pour l’Inde, la plus grande démocratie du monde. Il a souvent cité Mahatma Gandhi comme source majeure d’inspiration, y compris lors de son discours en recevant le prix Nobel de la paix en 2009. Il avait accroché le portrait du héros de l’indépendance indienne dans son bureau au Sénat, et doit visiter la maison où résidait Gandhi lorsqu’il se rendait à Bombay, maison transformée aujourd’hui en musée.

Le président américain protégé des noix de coco

La visite de Barack Obama en Inde commence le jour de la fête hindoue de Diwali (fête des Lumières). La délégation américaine est descendue à l’hôtel Taj Mahal, un choix symbolique : cet établissement de luxe avait été pris pour cible par un commando islamiste basé au Pakistan, fin novembre 2008, au cours d’attaques coordonnées dans la ville qui ont fait au total 166 morts.

Sévèrement critiquées après ces attentats sanglants, les autorités indiennes veulent montrer au monde entier qu’elles peuvent organiser en toute sécurité la visite du président américain. Aucun détail n’a été négligé : on a par exemple cueilli toutes les noix des cocotiers qui bordent l’allée qui mène au musée Gandhi, pour éviter que l’une d’elles ne tombe sur la tête du président américain.

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