Chili

Au Chili, les « 33 », entre traumatismes et voyages un mois après leur sortie

Le mineur chilien Edison Pena en haut de l'Empire State Building à New York (USA).
Le mineur chilien Edison Pena en haut de l'Empire State Building à New York (USA). REUTERS/Shannon Stapleton

Il y a un mois, les 33 mineurs voyaient pour la première fois depuis 69 jours la lumière du soleil. L’opération de sauvetage inédite avait commencé dans la nuit du 12 au 13 octobre 2010 et elle avait duré moins de 24 heures. Une opération fortement médiatisée et diffusée en direct à la télévision dans presque tous les pays du monde. Depuis, les 33 tentent peu à peu de retrouver une vie normale. Pour y parvenir, il leur faudra encore du temps.

Publicité

« Je fais payer 3 millions de pesos l’heure d’interview », prévient Pedro Cortes qui fait partie, du haut de ses 25 ans, des plus jeunes parmi les 33. Il y a un mois, le 13 octobre, ce mineur est sorti parmi les derniers de la mine de San José. D’un calme à toute épreuve, il a chuchoté à sa fille qui lui sautait dans les bras : « Calme-toi ma petite fille ». Son frère, il l’a salué comme d’habitude : « Salut, ça va ? ».

Aujourd’hui, avec le même calme, il réclame près de 4 600 euros, soit 21 fois le salaire minimum chilien que gagne la majorité des gens du pays. « Comme je n'ai pas donné d’interview jusqu’ici, j’ai l’impression que tout le monde me tombe dessus », avoue-t-il. Ce prix, il l’a fait payer à Mega, une chaîne de télévision privée chilienne, à des médias allemands également.

Chacun pour soi

Pedro cherche à tirer son épingle du jeu. Au début, les 33 mineurs s’étaient promis de redistribuer l’argent des interviews entre eux, à part égale. Finalement, c’est chacun pour soi. Pedro veut aussi se protéger. « J’aimerais bien que les médias me laissent tranquille, en fait. Ça me stresse beaucoup tout ça ! Moi je veux juste être avec ma famille et retrouver une vie normale ! ».

Difficile lorsqu’à chaque coin de rue, les gens saluent, réclament parfois une bise, un autographe, une photo. « On n’avait aucune idée de ce qui allait se passer, explique Pablo Rojas, 45 ans. Ce n’est pas évident d’être connu comme ça, cela ne m’était jamais arrivé ! ».

Pablo a été invité en Espagne pour une interview avec ses deux cousins, Victor Segovia et Esteban Rojas, sur la chaîne Antena 3. Il a ensuite visité le Real Madrid. « Je suis très fier de pouvoir faire tout ça, avoue-t-il. Je n’ai jamais pensé que je partirais aussi loin un jour dans ma vie. Les gens comme nous, qui sommes ouvriers, qui vivons avec de bas salaires, nous n’aurions jamais pu nous offrir un billet d’avion pour aller aux Etats-Unis ou en Espagne ! ».

Chacun a profité des offres qui lui étaient faites, comme Edison Peña qui s’est retrouvé à courir le marathon de New York, à donner une interview au Late Show de David Letterman (émission avec les célébrités) où il a entonné une chanson de son idole Elvis. Ses 32 compagnons le rejoignent bientôt aux Etats-Unis. La cérémonie des Héros du quotidien de CNN les a invités à l’émission qui aura lieu le 25 novembre à Los Angeles.

Malades mais en balade autour du monde

Ces voyages ne font pas que des heureux. Jorge Diaz, le médecin en chef qui suit leur état de santé, les voient d’un très mauvais œil. « Leur principal problème, c’est le sommeil, souligne-t-il. Après autant de jours à faire des quarts, ils ont du mal à reprendre un rythme jour-nuit. Ces voyages à l’autre bout du monde ne les aident absolument pas ». Qui plus est, les 33 sont en arrêt maladie. Difficile donc d’expliquer pourquoi ils se baladent de par le monde s’ils sont malades.

Malades, ils le sont pourtant. Si Jorge Diaz estime que peu d’entre souffrent d’insomnie pour des raisons psychologiques, les mineurs disent le contraire. « Je dors encore très mal, je n’arrête pas de sursauter, souligne Pablo Rojas. Je dors trois, quatre heures par nuit. Tout est encore très frais, ça ne fait qu’un mois qu’on est sorti, et on continue de se souvenir de la mine, de ce qui s’est passé à l’intérieur. J’ai vu les autres avant-hier à Santiago, quand on faisait nos visas pour les Etats-Unis. Et ils m’ont tous dit qu’ils faisaient encore des cauchemars. On prend tous des somnifères ».

La peur de la mort

Claudio Acuña, 34 ans, qui a peu voyagé et qui fuit généralement la presse, confirme : « Je ne dors pratiquement pas, je me réveille sans arrêt. Je n’ai pas encore retrouvé mon état normal. Je vis la peur au ventre. Juste le fait d’être en voiture et j’ai peur. J’ai peur de la mort. Je n’arrive pas à m’en défaire et je pense à ça toute la journée ».

Une image bien lointaine des héros que le président Sebastian Pinera s’était personnellement chargé d’ériger. Peut-être justement trop vilaine pour être relayée par la presse qui ne parle pratiquement plus des 33 et par les autorités médicales. « Aujourd’hui, tous vont passer une visite médicale, souligne Jorge Diaz. Je pense qu’on mettra fin au congé maladie d’un tiers d’entre eux ».

Sans arrêt maladie, pas de salaire. Comme l’enteprise San Esteban, propriétaire de la mine San José, est sur le point de faire faillite, les mineurs vont donc devoir chercher du travail. « Je continuerai dans la mine, assure Claudio. Je suis mineur depuis que j’ai 15 ans ». Seulement, il espère que ça ne sera pas pour tout de suite. « Je ne crois pas que je pourrais le supporter ».

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail