Etats-Unis

Aux Etats-Unis, la majorité républicaine en ordre de bataille

La chambre des Représentants à Washington.
La chambre des Représentants à Washington. AFP/ RAINER JENSEN

C'est un nouveau Congrès qui s'est installé au Capitole à Washington mercredi 5 janvier. Et Barack Obama va cette fois avoir affaire à forte partie puisque la chambre des Représentants est à majorité républicaine... Cette cohabitation est-elle porteuse de blocage, ou de compromis ? Parmi les facteurs qui détermineront l'évolution de la nouvelle législature : la gestion de la chambre par son nouveau président, John Boehner, et les tensions au sein du groupe républicain...

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Il y a un peu plus de deux mois, le 3 novembre, le monde découvrait le visage de celui qui allait incarner la nouvelle domination républicaine au Congrès. Son visage, mais aussi son émotivité : John Boehner, en évoquant le rêve américain, n'avait pu retenir ses larmes. Mais pour être hypersensible, celui que la chambre des Représentants va élire dès ce mercredi à sa tête, en remplacement de Nancy Pelosi, faisant de cet élu de l'Ohio le troisième personnage de l'Etat, n'en a pas moins le caractère bien trempé.

Au Colombus Dispatch de l'Ohio, le journaliste Jack Torry le décrit comme « un homme typique du Mid-West, un conservateur qui s'oppose à tout ce qui est nouveaux impôts, nouvelles réglementations, et entrave à la liberté des entreprises ». Chef d'entreprise lui-même, « il vient d'un monde très différent de celui d'Obama ». En même temps, « il est beaucoup plus pragmatique que des conservateurs comme Newt Gingrich ou Sarah Palin ; ce qui lui importe, c'est d'arriver à un résultat ». Et ce sens du réalisme, il le partage avec le président. Sans compter que tous deux pratiquent le golf...

Climat belliqueux

En attendant que les deux hommes puissent mettre à profit quelques points communs pour forger, peut-être, des compromis, la nouvelle majorité républicaine de la chambre se montre prête à en découdre. Elle est arrivée à Washington en entonnant des slogans belliqueux, comme si elle ne voulait pas perdre une minute pour attaquer. Elle va se hâter, par exemple, de voter l'abrogation de la très emblématique réforme du système de santé. De façon très symbolique, puisqu'elle sait que sa démarche est vouée à l'échec face à un sénat encore à majorité démocrate, et surtout à un président qui dispose de l'arme du veto.

Mais comme le souligne Charlotte Lepri, spécialiste des Etats-Unis à l'IRIS (Institut des relations internationales et stratégiques), c'est aussi une question d'entrée en scène. « On est au tout début d'un match ; il faut montrer ses forces et qu'on est en ordre de bataille », explique-t-elle. Une majorité parlementaire dispose de nombreux atouts aux Etats-Unis, dont les Républicains vont pouvoir user, notamment des pouvoirs budgétaires, ainsi que la présidence de commissions très puissantes. Charlotte Lepri cite « la commission chargée du contrôle, de l'"oversight", qui mène des enquêtes avec l'objectif, en période de cohabitation, d'embarrasser l'administration en place », en citant à comparaître sur des thèmes tels que les dépenses publiques ou la corruption en Afghanistan, les hauts fonctionnaires du gouvernement.

Tea Party contre establishment

Ce climat de confrontation sera-t-il durable? C'est ce que pourrait laisser croire l'existence au sein du groupe parlementaire républicain d'un courant Tea Party, ultraconservateur. Mais justement ; d'après Françoise Coste, professeur de civilisation américaine à l'Université de Toulouse, « cette évolution va surtout dépendre des Républicains non Tea Party. La clé réside dans les divisions internes au parti, entre, d'un côté, l'establishment, des conservateurs certes, mais expérimentés, comprenant comment marche Washington, habitués au réalisme de la politique étrangère par exemple ; et de l'autre les nouveaux élus Tea Party, beaucoup plus extrémistes, sans aucune expérience, pas même celle d'un mandat électif local, et qui ignorent tout du fonctionnement interne de Washington et se désintéressent de l'international. Et il n'est pas du tout dit, ajoute Françoise Coste, que ces deux factions vont s'entendre... »

Beaucoup d'incertitudes demeurent donc, malgré le discours martial des nouveaux maîtres de la chambre des Représentants. Les républicains pourraient tout de même être tentés par des compromis, s'ils veulent en tout cas afficher un bilan, au moins économique, d'ici deux ans. Mais leur objectif ultime, et ils ne s'en cachent pas, reste de barrer la route de Barack Obama vers un second mandat.
 

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