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Législatives au Canada : Harper tente la majorité

(G-D) Le conservateur Stephen Harper, Jack Layton chef du NPD, le libéral Michael Ignatieff et le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe avant un débat, à Ottawa, le 12 avril 2011.
(G-D) Le conservateur Stephen Harper, Jack Layton chef du NPD, le libéral Michael Ignatieff et le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe avant un débat, à Ottawa, le 12 avril 2011. AFP PHOTO / GEOFF ROBINS

Le Canada renouvelle son Parlement ce lundi 2 mai 2011. Le Premier ministre Stephen Harper, un conservateur, tente de garder son fauteuil mais surtout de décrocher la majorité parlementaire, ce qu’il n’est pas parvenu à obtenir ces cinq dernières années avec deux gouvernements. La remontée fracassante du Nouveau parti démocratique, en dernière ligne droite de la campagne, pourrait encore une fois repousser les chances d’y parvenir.

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C’est la quatrième fois en sept ans que les quelque 23 millions d’électeurs canadiens sont appelés à élire leurs 308 députés. Le système, uninominal majoritaire à un tour en vigueur au Canada, fait qu’il faut recueillir environ 40% des suffrages pour atteindre la majorité des 155 sièges. Ces législatives anticipées ont été déclenchées après le vote d’une motion de censure de la Chambre des Communes à Ottawa qui avait fait chuter le gouvernement en mars sous le motif «d’outrage au Parlement». L’opposition avait en effet invoqué le refus du gouvernement de transmettre au Parlement des informations sur les coûts de différents programmes et notamment ceux d'un onéreux achat d'avions de chasse américains.  Il serait bien exagéré de dire que les Canadiens ont accueilli avec enthousiasme cet événement tant la classe politique est mal perçue dans le pays.

Mais il faut bien constater que l’indifférence générale a peu à peu reculé sous l'aiguillon des sondages. Selon les tout derniers, la progression accélérée du Nouveau parti démocratique (NPD) a apporté la juste dose de piquant qui manquait jusque-là. Les conservateurs (37%) sont maintenant marqués à la culotte par le NPD (33%) dirigé par Jack Layton qui se réclame de la lutte contre le chômage et la pauvreté alors que Harper est connu pour être l’homme de Bay Street, la rue des établissements financiers de Toronto.
 

La survenue du NPD en deuxième position des intentions de vote est venue brouiller le paysage politique fédéral où traditionnellement, les conservateurs affrontaient les libéraux (centre) dont le chef de file, Michael Ignatieff, avec 22 % d’intentions de vote s’est trouvé complètement débordé sur sa gauche par Layton. La personnalité du chef social-démocrate est pour beaucoup dans cette remontée spectaculaire. Charismatique et rassembleur, Jack Layton a pourtant une santé précaire ce dont il n’a pas fait mystère : traité pour un cancer de la prostate, il vient également de subir une opération à la hanche ce qui lui vaut de faire la campagne appuyé sur une canne.

Ce bouleversement dans la hiérarchie fédérale, a même poussé Stephen Harper à changer radicalement sa stratégie ces derniers jours. Tapant sans ménagement jusque-là sur son adversaire présumé, le libéral Michael Ignatieff, Harper a viré casaque pour aller maintenant draguer ceux qui s’apprêtent encore à voter «rouge» la couleur des libéraux. Son argument : les partisans des libéraux ne se reconnaîtront pas dans les politiques économiques et les dépenses extravagantes du NPD, ils feraient donc mieux de voter conservateur, plaide-t-il. C’est dire si la vague «orange» de Layton est perçue comme une menace par Harper qui voit ainsi son rêve de majorité bien compromis.      

Même le Québec semble emporté par la vague « orange »     
   
Même au Québec, la plus turbulente des dix provinces que comptent le Canada et aussi la plus à gauche, le NPD fédéraliste de Layton se creuse une place en tête avec 46% des intentions de vote au grand dam du Bloc québécois (souverainiste) de Gilles Duceppe qui plafonne à 26%. Le Parti libéral recueille lui, 16% et le Parti conservateur à peine 13%.

Les derniers jours ont été particulièrement laborieux pour le Bloc québécois qui a appelé à la rescousse ses amis du Parti québécois. Ensemble ils ont rappelé aux Québécois que le Bloc est bien le seul parti au fédéral pour qui la souveraineté du Québec et la protection du français sont des valeurs d’importance. Cela dit, le programme social du NPD (hausse des impôts sur les grandes sociétés, logement, coup de pouce aux familles, aux pensions les plus modestes…) est si proche du sien, que le Bloc ne risque guère de l’attaquer sur ce terrain. Par contre, les financiers ne s’y trompent pas qui tirent à boulets rouges sur ces boy scouts « paniers percés » du NPD comme les désigne Michael Ignatieff.

Les secousses électoralistes ne sont pas si fréquentes au niveau fédéral canadien, au contraire du Québec, dont la bascule conservateur/libéral berce les électeurs depuis toujours. Si les sondages ne se trompent pas trop et si la main des électeurs ne tremble pas, les libéraux risquent de n’être ni au pouvoir ni dans l’opposition pour la première fois depuis l’avènement de la Confédération canadienne en 1867. 

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