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Chili

Au Chili, la dépouille de Salvador Allende a été exhumée

Isabel Allende, la fille de l'ancien président chilien Salvador Allende, lors d'une session au Congrès chilien à Valparaiso, le 19 mai 2011.
Isabel Allende, la fille de l'ancien président chilien Salvador Allende, lors d'une session au Congrès chilien à Valparaiso, le 19 mai 2011. Reuters/Eliseo Fernandez
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Près de 38 ans après sa mort lors du coup d'Etat qui a porté au pouvoir le général Pinochet, le corps de l'ancien président chilien Salvador Allende a été exhumé ce lundi 23 mai 2011. L'exhumation a eu lieu dans le cimetière central de Santiago. L'expertise sera confiée au service médico-légal et à des experts étrangers. La justice enquête sur les conditions exactes de son décès. S’est-il bien suicidé ? Des spécialistes chiliens et étrangers tenteront de le découvrir avec cette deuxième autopsie.

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Avec notre correspondante à Santiago, Claire Martin

«Ils disent que Salvador Allende s’est suicidé, et qu’il est mort.» Ces paroles prononcées par radio s’adressent au général Augusto Pinochet. Ce 11 septembre 1973, il vient de renverser le pouvoir démocratique. Le palais présidentiel où se trouvait le chef d’Etat fume encore après le bombardement qu’il a subi.

« Nous avons la conviction, nous l’avons toujours eu et nous n’en avons pas changé, qu’effectivement mon père a préféré se donner la mort plutôt que d’être humilié. Il avait toujours dit que le palais présidentiel était le lieu où devaient se maintenir les présidents constitutionnels jusqu’à la fin de leur mandat », explique la fille de l’ancien président, la sénatrice Isabel Allende.

Elle reconnaît toutefois qu’une enquête judiciaire est nécessaire. La seule autopsie qui existe a été réalisée par la junte militaire elle-même, à huis clos. Si la thèse du suicide est la plus vraisemblable, cette deuxième autopsie pourrait apporter de nouveaux éléments. Et peut-être même la preuve formelle de ce qui s’est passé il y a près de 38 ans.

Des zones d’ombre sur une mort emblématique

Le matin du 11 septembre 1973, des unités de la marine chilienne neutralisent le port de Valparaiso. Peu après, à Santiago, les soldats encerclent le palais présidentiel de La Moneda (le Palais de la Monnaie), construit en 1806. Vers midi, l'aviation bombarde le palais et les soldats y pénètrent. Après une allocution désespérée à la radio, le président demande à ses défenseurs de quitter les lieux et reste seul.

Une rafale de kalachnikov ?
L'arme et les balles ayant entraîné sa mort n'ont jamais été retrouvées. Quant à la veuve et aux filles d'Allende, elles n'ont pas pu voir le corps. Peu après son décès, une autopsie pratiquée à l'Hôpital militaire de Santiago a établi qu'il s'était donné la mort en se tirant une balle sous le menton. C’est la version initiale fournie par la junte.

Un médecin présent le 11 septembre à La Moneda, Patricio Guijon, a lui aussi affirmé qu'Allende s'était donné la mort avec un fusil-mitrailleur AK-47 (un kalachnikov) offert par son ami Fidel Castro, le leader de la révolution cubaine. L’arme est ornée de l'inscription « A mon compagnon d'armes ».

Des doutes sur la thèse du suicide
Fidel Castro, d'autres dirigeants et des journalistes étrangers ont toujours mis en doute la version du suicide. Ils estiment que le président chilien aurait pu être abattu par un soldat putschiste.

Ces doutes ont été renforcés en 2008 par une nouvelle expertise médico-légale réalisée par le médecin Luis Ravanal, à partir de la première autopsie. Sollicité par deux avocats doutant des conclusions du rapport de 1973, ce médecin affirme que le cadavre présente deux impacts de balle et que les blessures ne correspondent pas à un suicide.

« Suicide assisté »
Cette nouvelle interprétation de la première autopsie corrobore les résultats de l'enquête du journaliste et écrivain Camilo Taufic, qui a interrogé de nombreux témoins.
Selon lui, il s'est en fait agi d'un « suicide assisté » : Allende aurait raté sa tentative de suicide et l'un de ses gardes du corps lui aurait tiré le coup de grâce.

Camilo Taufic affirme également que les collaborateurs d'Allende et les putschistes se sont mis d'accord sur la version du suicide. Les premiers pour « rendre plus digne » la mort du président, qui avait juré de mourir les armes à la main, et les seconds pour « ne pas apparaître comme les assassins d'Allende ».
La famille du président elle-même privilégie la thèse du suicide, mais soutient l'enquête judiciaire.

Gardes du corps cubains
Il existe des versions minoritaires, voire anecdotiques de la mort d’Allende. Ainsi, dans son livre Cuba nostra, les secrets d'État de Fidel Castro, le journaliste Alain Ammar soutient qu’il aurait été assassiné par ses gardes du corps cubains alors qu'il s'apprêtait à se rendre. Cet assassinat aurait été ordonné par Fidel Castro.

(avec AFP)

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