Economie / FMI

FMI : Agustin Carstens, l’outsider des pays émergents

Agustin Carstens lors d'une conférence à Mexico, le 23 mai 2011.
Agustin Carstens lors d'une conférence à Mexico, le 23 mai 2011. REUTERS/Carlos Jasso

Face à la ministre française de l’Economie Christine Lagarde, qui fait figure de favorite pour la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI, le gouverneur de la Banque centrale du Mexique Agustin Carstens ne part pas battu. Si ses chances paraissent minces, il compte bien inverser la tendance lors de sa tournée internationale. Deux jours après sa rivale, il se rend ce mercredi 1er juin au Brésil, pays de forte influence sur les autres Etats émergents.

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À ce jour, ils ne sont que deux à s’être déclarés candidats à la direction générale du Fonds monétaire international. Deux globe-trotters déjà entrés en campagne électorale. Christine Lagarde est attendue dans les prochains jours en Inde, puis en Chine. Elle filera ensuite vers Moscou avant de mettre le cap sur l’Arabie Saoudite, poids lourd pétrolier du Golfe. Son challenger mexicain Agustin Carstens, quant à lui, arrive à son tour ce 1er juin au Brésil après une étape madrilène. Sur place, ses déclarations à la presse espagnole ne sont pas passées inaperçues.

« L'Europe n'a pas besoin d'un Européen au FMI, mais de solutions », a affirmé au journal El Pais le gouverneur de la Banque centrale du Mexique. « J'oserai même dire qu'il serait adéquat d'avoir un non Européen parce que des yeux neufs pourraient voir les problèmes européens avec plus d'objectivité, surtout si c'est quelqu'un d'expérience, ce qui pourrait donner un plan d'action peut-être un peu plus dur mais aussi plus réaliste. »

La ministre française de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde.
La ministre française de l'Economie et des Finances, Christine Lagarde. Reuters

Ces propos pourraient passer pour une provocation. Tenus dans un pays déjà touché par un sévère plan de rigueur et menacé par une crise de la dette qui mine la zone euro, ils n’ont guère de chances de lui attirer les suffrages du Vieux Continent.

C’est plutôt qu’ayant tiré un trait sur des voix européennes acquises à Christine Lagarde, Agustin Carstens mise sur le soutien des pays émergents. Ceux-là mêmes qui, par le passé, ont eu à subir les foudres du FMI. Le Brésil, par exemple, membre influent des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), le groupe des principales puissances émergentes. « La détérioration des comptes budgétaires du Brésil est particulièrement marquée », tançait le FMI en janvier dernier.

Réputation d’expert brillant

En vertu d'un accord tacite, la direction du FMI a toujours été allouée depuis 1946 à un Européen, tandis que les Américains occupent celle de la Banque mondiale. Les Brics s’opposent de plus en plus fortement à cet accord. Mais ils n'ont pu s’entendre sur un candidat commun pour remplacer le Français Dominique Strauss-Khan, démissionnaire après une inculpation pour tentative de viol aux Etats-Unis. Aussi Agustin Carstens entend-il essayer de les fédérer.

Le Brésil ne fera connaître sa position qu'à la clôture des candidatures, le 10 juin. Les autres Brics également. La Chine soutient-elle Christine Lagarde, comme le laisse entendre François Baroin, le porte-parole du gouvernement français ? « Je ne l'ai pas entendu directement de la part des Chinois », répond Agustin Carstens. Et d’ajouter, lors d’un entretien sur la chaîne Bloomberg TV : « Je pense que ce que les différents pays devraient faire, c'est comparer les CV, comparer les expériences, entendre les candidats et se forger leur opinion. Si le processus se déroule de cette manière-là, j'aurai mes chances. »

C’est que derrière la rondeur physique de cet homme de 52 ans se cache une détermination sans faille et une réputation d’expert brillant. Diplômé de l’université de Chicago, directeur général adjoint du FMI entre 2003 et 2006, Agustin Carstens connaît la maison. Il a également été ministre des Finances de l’actuel président mexicain Felipe Calderon. Celui-ci, selon une source proche du gouvernement brésilien, devait téléphoner à son homologue brésilienne Dilma Rousseff ce mardi 31 mai pour la convaincre de soutenir la candidature de Carstens.

Eventuelle enquête judiciaire

Reste de nombreuses inconnues dans cette course qui devrait s’achever fin juin. Christine Lagarde peut se prévaloir du front uni des Européens en sa faveur. Elle bénéficie du soutien plus ou moins affiché de la Russie et surtout des Etats-Unis, qui pèsent près de 18% des voix au sein de l’institution, ce qui équivaut à un droit de veto de fait.

Un obstacle demeure toutefois pour la ministre française : une éventuelle enquête judiciaire pour abus d'autorité, en France, sur son rôle dans le règlement d'un litige opposant l'homme d'affaires Bernard Tapie à la banque Crédit Lyonnais. Une décision de la justice pourrait intervenir le 10 juin. Mais l'intéressée a affirmé qu'elle irait jusqu'au bout, quoi qu'il arrive. Agustin Carstens paraît tout aussi décidé à ne pas lâcher prise. Et la campagne ne fait que commencer.

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