Trafic de drogue

Une commission propose de légaliser les drogues pour lutter contre les trafics

La Colombie, premier producteur de cocaïne avec 410 tonnes en 2009, a été le premier pays à réagir à ce rapport.
La Colombie, premier producteur de cocaïne avec 410 tonnes en 2009, a été le premier pays à réagir à ce rapport. Reuters
Texte par : Nicolas Ropert
4 mn

Le constat que dresse la Commission mondiale sur la politique des drogues est sans appel : la lutte contre la drogue est un échec. Cette commission regroupe d'anciens présidents sud-américains et des personnalités. L’organisme rend public un rapport qui recommande une refonte du système de contrôle des drogues.

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Ne plus considérer les consommateurs de drogues comme des criminels. C'est l'une des recommandations du rapport de la Commission mondiale sur la politique des drogues. Cet organisme indépendant a réuni sous sa bannière plusieurs personnalités. On y retrouve pêle-mêle Fernando Henrique Cardoso, l’ancien président du Brésil, César Gaviria, l’ancien chef d’Etat de Colombie ou l’ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan. Parmi les membres de cette commission des intellectuels sud-américains Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa.

Ces personnalités ont travaillé à la rédaction de ce rapport. Il en ressort que « la guerre lancée contre les drogues a échoué ». Un constat partagé par l’ONU. Dans son rapport élaboré chaque année, l’Organisation des Nations unies note que la consommation de drogues n'a pas baissé : héroïne, cocaïne et cannabis sont chaque année toujours plus consommés selon l'ONU. Entre 1998 et 2008, la consommation d’opiacés (opium, héroïne, morphine…) a augmenté de 35,5%, celle de cocaïne de 27% et celle de cannabis de 8,5%.

Pire même selon la Commission mondiale sur la politique des drogues : cette guerre contre la drogue « a des conséquences dévastatrices pour les individus et les sociétés du monde entier ».

L’exemple portugais

Le rapport résume : « Cinquante ans après la signature de la Convention de l'ONU sur les drogues et quarante ans après que le président Richard Nixon eut lancé la guerre anti-drogue du gouvernement nord-américain, il est urgent de réformer les politiques nationales et mondiales de contrôle des drogues. »

Une des solutions préconisées par le texte : dépénaliser les drogues et en légaliser certaines comme le cannabis. Les auteurs du rapport expliquent que les initiatives de décriminalisation menées au Portugal ou aux Pays-Bas, par exemple, n'ont pas conduit à une augmentation de la consommation de cette drogue. Dès 2001, le Portugal a aboli toute sanction pénale. Le pays est devenu le plus libéral : la possession de marijuana, de cocaïne, d'héroïne et de méthamphétamine a été décriminalisée, c’est-à-dire que les habitants ne risquent plus que des amendes.

Et en Amérique du Sud ?

Cette expérience doit être menée ailleurs, juge le rapport. Pourquoi pas en Amérique du Sud, berceau de la production et du trafic de drogue ? La Colombie, premier producteur de cocaïne avec 410 tonnes en 2009, a été le premier pays à réagir à ce rapport. Le président colombien, Juan Manuel Santos, se dit ouvert à une « nouvelle orientation » dans la lutte contre la drogue : « Nous sommes ouverts à toute discussion au niveau global ».

Dans ce pays gangrené par le narcotrafic, le chef d’Etat colombien rappelle que cette lutte « est une question de sécurité nationale, le narcotrafic restant la source de financement de la violence ». Si nouvelle politique il y a, elle devrait être adoptée de manière « consensuelle », ajoute Juan Manuel Santos. Un consensus qui ne sera pas évident à mettre en place tant les positions entre les Etats sur le continent américain peuvent être divergentes.

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