La revue de presse des Amériques

A la une : l'énigme Humala au Pérou

Texte par : Michèle Gayral
5 mn

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La presse latino-américaine s'est largement fait l'écho de la victoire d'Ollanta Humala au Pérou, avec un mot qui revient dans presque tous les titres : « incertitude ». O Globo au Brésil note par exemple que « malgré l'enthousiasme exprimé par presque tous les gouvernements de la région, il y a toujours des doutes sur ce que sera le profil d'Humala à partir du 28 juillet, date de son investiture et sur ses futures alliances stratégiques ».

« Le Pérou devant l'inconnu Humala », renchérit à Miami le Nuevo Herald, qui se demande si le président péruvien élu « adoptera un style de gouvernement modéré et comparable à celui de Luiz Inacio Lula da Silva au Brésil, ou s'il entreprendra une transformation radicale et autoritaire comme l'a fait Hugo Chavez au Venezuela ». Il a montré ces deux visages, explique le journal, l'un aujourd'hui et l'autre lors de sa précédente candidature de 2006. Des deux, « quel est le véritable Ollanta Humala ? » fait dire le journal à un expert, « c'est la question à un million de dollars ».

Les incertitudes expliquent en tout cas la chute enregistrée à la Bourse de Lima. Ce sont les valeurs minières qui ont le plus souffert, explique le quotidien colombien El Tiempo, alors que « ce secteur est l'un des moteurs de l'économie péruvienne, premier producteur mondial d'argent, deuxième de cuivre et l'un des principaux pour l'or, le zinc, le plomb et l'étain ». D'où, comme le signale à son tour El Mercurio au Chili, la « forte pression [qui s'exerce] sur Humala pour qu'il nomme les ministres clés et calme les marchés ».

 « Changer pour gagner »

Face à ces incertitudes, les éditorialistes cherchent des clés. On peut trouver dans El Comercio de Lima une analyse selon laquelle « les investisseurs n'ont pas fait un examen en profondeur du paysage politique, car l'inégalité rend insoutenable la croissance économique à long terme ». Le message des Péruviens serait sans équivoque : il faut en finir avec les inégalités. Quant à la chute de la Bourse, elle est provisoire car « il y a une majorité pro-marché au Congrès, et Ollanta lui-même a clairement dit qu'il respecterait la propriété privée ».

Il a changé pour gagner, affirme pour sa part Semana à Bogota. « Avant tout, si cet ancien militaire est devenu le nouveau président du Pérou, c'est grâce à sa disposition au changement. Il s'est réinventé, dit encore El Comercio, journal équatorien cette fois, d'après lequel « le destin d'Ollanta Humala était d'être président. Son père, don Isaac, un idéologue radical tendance ethnico-nationaliste, l'a toujours cru ». Le candidat n'aurait fait qu'adapter son parcours à cet objectif.

Sexe et politique, version américaine

Aux Etats-Unis, c'est un scandale mêlant sexe et politique qui fait les premières pages. Il ne s’agit pourtant pas de l'affaire Dominique Strauss-Kahn ; les journaux américains se désintéressent en effet de ce qui ne fut, hier, que l'une des péripéties, sans grand relief, de la procédure pénale en cours contre l'ancien directeur général du FMI. Tout juste peut-on trouver dans la presse américaine quelques nouvelles considérations sur les réactions en France. Un article de New York Times rapporte celles des femmes victimes de violences sexuelles et incitées désormais à parler alors que Christian Science Monitor parle dans ses colonnes d'une opinion hexagonale « à la fois horrifiée et fascinée » par le système judiciaire américain.

Ce mardi matin, toute la presse du pays, jusqu'aux plus grands journaux, se passionne plutôt pour les aveux d'un député de l'Etat de New York.  Anthony Weiner a reconnu, des sanglots dans la voix, avoir envoyé des photos osées, et tenu des propos peu convenables, à des femmes inconnues, via Twitter ou Facebook, par courriel et même au téléphone.

Cet espoir démocrate, candidat pressenti à la mairie de New York en 2013, « avait pourtant fait le tour des émissions de télévision la semaine dernière pour protester de son innocence », rappelle le Los Angeles Times et suggéré que « son compte Twitter avait été piraté ».

« Weiner peut-il survivre ? », se demande le site Politico car l'intéressé a exclu de démissionner. « A priori il a réuni de puissants courants politiques contre lui, évalue Politico. Sa posture en tant que victime, ses heures de mensonges télévisées, la pénurie soudaine d'alliés politiques », tout cela joue contre lui mais « il dispose aussi de ce mélange indispensable de honte et d'impudeur, sans compter que sa femme, si l'on en croit ses amis, lui garderait son soutien ».

En tout cas, conclut l'éditorialiste du Huffington Post après avoir rappelé quelques précédents douteux dans la politique new-yorkaise, « il nous donne une nouvelle raison de ne voter que pour des femmes ».

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