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Elena Bonner, veuve d'Andreï Sakharov et ancienne dissidente de l'URSS, disparaît

«Carré de cheveux blancs, sourcils en bataille et épaisses lunettes », Elena Bonner, lors de la cérémonie du transfert des archives d'Andreï Sakharov de l'Université Brandeis à l'Université d'Harvard, à Boston.
«Carré de cheveux blancs, sourcils en bataille et épaisses lunettes », Elena Bonner, lors de la cérémonie du transfert des archives d'Andreï Sakharov de l'Université Brandeis à l'Université d'Harvard, à Boston. © Bureau de presse Harvard/Jon Chase
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Elena Bonner, militante des droits de l'homme dans l'ancienne Union soviétique, et veuve du physicien Andreï Sakharov, prix Nobel de la Paix 1975, est décédée à l'âge de 88 ans, des suites d'une longue maladie, à Boston, aux États-Unis. Farouche critique du régime communiste, elle n'avait rien perdu de sa combativité après la Chute du Mur, dénonçant les dérives autoritaristes du gouvernement russe et sa gestion du dossier tchétchène.

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Avec notre correspondante à Moscou, Madeleine Leroyer

Vingt années de lutte commune, c’est un visage de la dissidence qui s’en va, Elena Bonner, carré de cheveux blancs, sourcils en bataille et épaisses lunettes. Pédiatre, elle était entrée en dissidence dans les années 60 en soutien aux intellectuels emprisonnés.

Elena, née en 1923, a de qui tenir. Ses parents ont été tous deux arrêtés pendant les grandes purges de Joseph Staline en 1937. Sa mère, Ruth, est une militante juive communiste. Son père, Guevork Alikhanov, d'origine arménienne est une figure proéminente du parti, secrétaire du Komintern*. Il est exécuté et sa femme est envoyée en camp de travail puis en exil pendant 18 ans.

Infirmière dans l'armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale, Elena Bonner en revient invalide de guerre, avec une blessure à l'oeil. Elle reprend des études de médecine et devient pédiatre. En 1965, elle entre au parti communiste.

Elena Bonner (à g.), en compagnie d'Andrei Sakharov (centre) et de Sofia Kallistratova en 1986.
Elena Bonner (à g.), en compagnie d'Andrei Sakharov (centre) et de Sofia Kallistratova en 1986. (CC) M.A.Kallistratova et al

En 1970, elle rencontre le physicien Andreï Sakharov. Le père de la bombe H est en train de créer le Comité pour la défense des droits de l’homme et des victimes politiques. Elena Bonner l'épouse en 1971. Elle sera sa plus fidèle collaboratrice, et son porte-parole.

En 1975, lorsque Sakharov, privé de visa par les autorités soviétiques ne peut se rendre à Oslo pour recevoir son prix Nobel de la Paix, Elena Bonner fait le voyage et lit un discours en son nom.

À plusieurs reprises, sous la pression d'Andreï Sakharov, les autorités soviétiques lui octroient le droit de se rendre à l'étranger pour des soins ophtalmiques.

En 1976, Elena Bonner-Sakharov fonde avec d'autres militants des droits de l'homme le Groupe Moscou-Helsinki. Quatre ans plus tard, son mari est exilé à Gorki (aujourd'hui Nijni-Novgorod), une ville interdite aux étrangers. Elle passe son temps entre cette ville et Moscou, avant d'être elle-même arrêtée et condamnée à 5 années d'exil à Gorki. En 1981, les deux époux font une première grève de la faim pour obtenir l'autorisation de leur bru de rejoindre leur fils aux États-Unis.

En 1985, Andreï Sakharov entame une longue grève de la faim pour obtenir de Mikhaïl Gorbatchev un visa pour sa femme qui doit subir une très lourde intervention.

Après la mort de son mari en 1989, elle poursuit leur combat.

En 1994, elle proteste contre le génocide du peuple tchétchène et démissionne de la Commission sur les droits de l'homme, mise en place par Boris Eltsine. Elle ne ménage pas ses critiques sur la façon de gérer le conflit tchétchène et dénonce l'autoritarisme « héritier des services de sécurité soviétique » (KGB) de Vladimir Poutine. L’année dernière, elle fut la première à signer la pétition « Poutine doit s’en aller ».

Extrémiste sur la question israélo-palestienne, elle attaque la position internationale du Quartet qui prône la solution de deux États israélien et palestinien.

Malade, elle se faisait soigner aux États-Unis. « Chaque jour où je suis encore en vie, disait-elle, j’essaie d’en faire le bilan. Cela tient en trois mots : ma vie fut originale, tragique et belle ».

Les organisations européennes de défense des droits de l'Homme, la Commission européenne et le Parlement européen lui ont rendu hommage dimanche à Bruxelles.
Le Parlement européen décerne chaque année depuis 1988 le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit, doté de 50 000 euros, récompensant les personnes ayant oeuvré pour les droits de l'homme.

* Komintern : Internationale communiste. Le Komintern désigne la IIIe Internationale dissoute en 1943 par Joseph Staline et remplacé par le Kominform en 1947.

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