Armement

Conflits : quand les drones assurent la relève

Le «Predator» est l'un des appareils les plus répandus sur les théâtres d'opérations militaires.
Le «Predator» est l'un des appareils les plus répandus sur les théâtres d'opérations militaires. REUTERS/Pascal Rossignol

Il y a dix ans, les drones – ces avions sans pilote, armés ou non – faisaient massivement leur entrée sur les théâtres d’opérations militaires américains. Avec le retrait progressif des troupes d’Afghanistan, ces appareils auront la charge de poursuivre les « opérations anti-terroristes ». Une forme de stratégie de repli déjà éprouvée en Irak. Mais un luxe que les Européens ne peuvent pas encore se payer.

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« Nous allons avoir la lourde tâche de ne pas perdre les gains que nous avons engrangés », lançait Barack Obama, le 23 juin dernier, en annonçant le retrait de 33 000 soldats américains d’Afghanistan d’ici à l’été 2012. L’effort humain sera moindre. Et de la « contre-insurrection » menée jusque-là par le général Petraeus, efficace mais coûteuse en vies humaines, au « contre-terrorisme » préconisé par les « réalistes » de Washington, les drones seront les figures de proue de toutes les opérations.

Un scénario que l’Irak a également connu. Après l’invasion de 2003 et la mise en place du « Surge » en 2007 (l’accroissement du nombre de soldats couplé à des actions plus en phase avec les actes de guérilla), le pays continue de constater les survols de drones dans son ciel à mesure que les marines plient bagages. En Libye, la réticence américaine à se jeter dans un nouveau conflit s’est traduit par un usage mesuré de Predator équipés de missiles. Une contribution « modeste » comme l’a lui-même concédé le secrétaire à la Défense, Robert Gates, mais qui évite à Washington de s’impliquer plus nettement dans une intervention bien peu soutenue outre-Atlantique.

« Rechercher et détruire »

Mais le drone est également un outil d’appoint. Devant le chaos qu’a provoqué le soulèvement populaire yéménite du mois de mai, et les luttes tribales entre les partisans du cheikh al-Ahmar et les forces gouvernementales, la CIA a décidé, à la mi-juin, de déployer sa propre flotte de drones pour poursuivre sa lutte contre al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), en cas d'un départ forcé des forces américaines du Yémen.

 

Manifestation contre une attaque de drone à Multan au Pakistan, le 14 avril 2011.
Manifestation contre une attaque de drone à Multan au Pakistan, le 14 avril 2011. AFP/ STR

Une stratégie, généralisée donc, du « search and destroy » (« rechercher et détruire ») qui porte ses fruits mais qui échappe pour partie au regard des politiques. En effet, en 2008, l’administration Bush a autorisé le renseignement extérieur américain à opérer des attaques sur des cibles combattantes au Pakistan, qui ne figuraient pas nécessairement sur des listes que la Maison Blanche avait à approuver en amont. Une pratique controversée qui n’a pas prit fin avec l’arrivée au pouvoir de Barack Obama. A l’inverse, le nouveau résident de la Maison Blanche a simplifié le processus, laissant les mains libres au directeur de la CIA. Depuis, les attaques de drones dans les zones tribales pakistanaises provoquent fréquemment l’ire des autorités d’Islamabad qui répercutent sur Washington le mécontentement populaire dont elles sont elles-mêmes la cible.

Retard européen

Les drones se révèlent donc des outils incontournables de la guerre moderne, notamment ceux appartenant à la catégorie des MALE (moyenne altitude longue endurance), très prisés des militaires. Le retard européen dans ce domaine est criant : alors que l’armée américaine peut aligner 200 de ces appareils, la France, par exemple, n’en compte que quatre, des Harfang, qui plus est seulement destinés à des opérations de surveillance aérienne. Seules l’Italie et la Grande-Bretagne ont fait l’acquisition de drones américains Reaper capables de frapper des cibles au sol.

Le marché, lui, évalué à 64 milliards de dollars et largement dominé par les Etats-Unis et Israël, aiguise les appétits européens, et notamment français. Si bien que deux projets impliquant des firmes françaises, ou en partie, s’opposent aujourd’hui : Dassault Aviation et le Britannique BAE System proposent le Telemos auquel s’oppose le Talarion d’EADS. Deux appareils susceptibles de se mesurer au Reaper américain mais dont la concurrence rappelle dangereusement l’épisode du Rafale français face à l’Eurofighter européen. En attendant que soit choisi le prochain drone européen, et en prévision d’un long délai de livraison, c’est pourtant bien le modèle américain qui emporte l’adhésion des officiers français.

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