Chili/Education

Chili : le mouvement des élèves et des étudiants touche-t-il à sa fin?

A gauche « L'éducation publique n'est pas à vendre », à droite « Maman, papa, je ne sais quoi choisir l'éducation ou manger »
A gauche « L'éducation publique n'est pas à vendre », à droite « Maman, papa, je ne sais quoi choisir l'éducation ou manger » RFI/Claire Martin

Les jeunes sont en grève pour demander une réforme du système éducatif chilien. Si la population soutient leur mouvement, lycéens et étudiants pourraient bien reprendre le chemin du lycée et de l’université sans avoir atteint leur objectif : changer le rapport de force entre le secteur public qui dépérit et le secteur privé, devenu presque incontournable dans le système éducatif chilien.

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Après quatre mois de mobilisation, le gouvernement de Sebastian Pinera invite les étudiants et les élèves du secondaire au dialogue. Ces derniers craignent qu’il s’agisse seulement d’une tactique politique pour mettre fin au mouvement. Jusqu’ici, le gouvernement n’a montré aucun signe d’ouverture aux revendications de la jeunesse chilienne : une éducation gratuite pour tous, publique et de qualité.  

Le mouvement étudiant chilien en images-cliquez pour regarder

« Tous les élèves veulent retourner en classe », admet Camilo Ballesteros, représentant de la Confech, la plus grande organisation étudiante du Chili. Après 4 mois de mobilisation et de manifestations, l’usure dans les rangs des étudiants et des élèves du secondaire en grève se fait sentir. Aucun d’entre eux ne veut redoubler ou perdre sa bourse d’étude. « Mais nous ne mettrons fin au mouvement, reprend Camilo, que si le gouvernement donne de réelles garanties au pays que le système éducatif va changer ».

C’est pour cette raison que la Confech a mis des conditions hier, le 12 septembre 2011, à sa venue à la table des négociations, en réclamant notamment la diffusion des négociations à la télévision ou par twitcam, pour garantir la transparence des discussions et le gel des projets de loi sur l’éducation en discussion au Congrès, qu’ils jugent insuffisants. Une contre-proposition que le ministre de l’Education, Felipe Bulnes, n’a daigné recevoir en mains propres. Son sous-secrétaire a reçu les étudiants.

Ce maintien à distance ne trompe pas sur le rapport de force entre le mouvement des jeunes et le pouvoir exécutif. Après que Manuel Gutierrez, tout juste âgé de 14 ans, a été tué le 5 août 2011 par une balle policière, il est devenu difficile pour le gouvernement chilien de ne répondre au mouvement que par la répression. Le président a appelé au dialogue, à la surprise de tous. Mais un concours de circonstance, une semaine plus tard, lui a donné, une nouvelle fois, du répit : le crash en mer d’un avion transportant 21 personnes, dont le très célèbre présentateur chilien, Felipe Camiroaga.

La presse oublie alors le mouvement étudiant. Depuis, le gouvernement fait tout pour retrouver les restes des passagers. Un feuilleton qui, à la longue, ressemble fort à celui des 33 mineurs. « Cette tragédie a redonné, en quelque sorte, l’avantage au gouvernement, précise l’historien Alfredo Riquelme. Il semble être revenu à sa stratégie antérieure qui consiste à miser sur l’usure et les divisions internes du mouvement ».

Un mouvement lycéen et étudiant pourtant soutenu à 80 % par la population chilienne. « Ce que l’on demande est juste et faisable ! », s’exclame Giorgio Jackson, cet étudiant ingénieur de 24 ans devenu l’un des symboles du mouvement. En 1981, Augusto Pinochet ouvre les portes de l’Education au privé. La coalition de centre-gauche, la Concertacion, qui gouverne le pays au sortir de la dictature, et ce pendant vingt ans, renforce encore la privatisation d’un système éducatif aujourd’hui parmi les plus chers et les plus privatisés au monde. « L’éducation publique est complètement délaissée », souligne Giorgio Jackson. « A tel point que d’ici 15 à 20 ans, si rien ne change, cette éducation publique n’existera plus ! ».

Non seulement l’éducation actuelle oblige les familles à s’endetter, elle renforce les inégalités sociales, mais elle est mauvaise. « Le problème que soulèvent les étudiants et les élèves du secondaire, explique l’économiste Marcel Claude, c’est que l’éducation a perdu tout son sens et s’est convertie en une marchandise lucrative ». Il ajoute : « Grâce aux emprunts que les étudiants font pour étudier, les banques ont gagné 366 millions d’euros en cinq ans ». Des emprunts pour lesquels le gouvernement se porte garant. Autrement dit, si l’étudiant ne paie pas ses dettes, l’Etat rachète la dette de l’étudiant aux banques, à des taux d’intérêts importants. Le surendettement des étudiants devient alors le problème de l’Etat.

L’autre grand gagnant du système sont les universités privées. Si elles n’ont pas le droit de faire du profit selon la Constitution, elles violent la loi au su et au vu de tous depuis trente ans. « Les entreprises-universités doivent gagner facilement chaque année environ 1,4 milliard d’euros », estime Marcel Claude.

Pour les étudiants et les élèves du secondaire, le système sera d’autant plus difficile à changer qu’il convient aux hommes politiques. « Alors que toute la société est en faveur de nos revendications, nos représentants n’ont pas intérêt à les adopter, soupire Oscar Medel, étudiant ingénieur de 21 ans. La plupart d’entre eux ont des intérêts financiers directs dans l’éducation. En commençant par trois ministres au sein même du gouvernement actuel ». 

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