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ARGENTINE/URUGUAY/BRÉSIL

Le Cône Sud face à ses dictatures

Le Parlement uruguayen a voté jeudi 27 octobre 2011 un projet de loi rendant imprescriptibles les crimes commis pendant la dictature  (1973-1985).
Le Parlement uruguayen a voté jeudi 27 octobre 2011 un projet de loi rendant imprescriptibles les crimes commis pendant la dictature (1973-1985). Reuters/Pablo La Rosa
Texte par : Michèle Gayral
3 mn

La condamnation d'Alfredo Astiz et de onze autres accusés à la perpétuité par un tribunal de Buenos Aires mercredi 26 octobre montre que l'Argentine traque aujourd'hui méthodiquement les crimes du régime militaire (1976 -1983). Les pays voisins commencent, eux aussi, à revenir sur la relative bienveillance avec laquelle ils avaient cru solder leurs propres dictatures.

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Le procès des exactions commises sur le site de l'Esma (Ecole de mécanique de la marine transformée en centre de torture), qui vient de se terminer en Argentine après deux ans de débats, a été rendu possible par l'abolition tardive des lois d'impunité, en 2003 seulement, sous l'impulsion du président Nestor Kirchner. Mais ce n'est que maintenant, plus tard encore par rapport aux régimes militaires des années 70 et 80, que l'Uruguay d'une part, le Brésil de l'autre, entreprennent de corriger leurs propres législations.

Uruguay : les crimes de la dictature désormais imprescriptibles

En Uruguay, on a eu ces jours-ci le sentiment d'une course contre la montre. Une loi dite « de caducité », approuvée par référendum à deux reprises, rendait pratiquement impossibles les poursuites judiciaires contre les tortionnaires. Jusqu'à ce que le Frente Amplio, coalition de gauche arrivée pour la première fois au pouvoir en 2005, décide d'autoriser dans la pratique certains procès, comme celui de l'ancien président Bordaberry ; mais sans toucher à cette fameuse loi de caducité que le Parlement a renoncé à amender.

Pourtant, une échéance choquante a conduit le Frente Amplio à agir, contre l'avis de l'opposition : les « homicides aggravés » seuls susceptibles d'être reprochés aux militaires allaient être prescrits ce 1er novembre. D'où l'urgence de les requalifier en « crimes contre l'humanité », imprescriptibles. Le Sénat uruguayen mardi, puis la chambre des députés ce jeudi, ont donc voté une loi en ce sens, retirant du champ de la loi de caducité les crimes de la dictature.

Brésil : une enquête sur la dictature

Au Brésil aussi on semble être enclin à un peu moins de complaisance envers un régime démantelé en 1985. Mais d'une façon encore plus timide. Aucun président brésilien n'a jusque-là envisagé de remettre en cause la loi d'amnistie qui protège les militaires, l'armée démocratique d'aujourd'hui ayant fait de cette éventuelle réforme un véritable casus belli ; même pas Dilma Rousseff qui, du fait de son adhésion à la guérilla marxiste de l'époque, a été torturée sous la dictature. Mais la Cour interaméricaine des droits de l'homme a jugé en 2010 cette loi d'amnistie sans effets juridiques.

Pour que la voix des victimes soit entendue, Brasilia a donc créé, ce mercredi, une commission pour enquêter sur les crimes de la dictature. Une « Commission de la vérité » qui ne satisfait pas pleinement les proches de ceux que le régime avait brisés, mais qui, d'après les parlementaires, fera la lumière sur la politique d'Etat d'extermination des opposants. Une initiative à rapprocher de celle qu'a prise, cette semaine encore, le Mercosur, qui enquêtera sur les agissements de l'Opération Condor, le réseau par lequel les pays du Cône Sud coordonnaient leurs politiques de répression des opposants.

Les brèches tardives apportées par l'Uruguay et le Brésil aux législations nationales d'impunité sont à mettre en rapport avec le nombre des victimes de leurs dictatures : 400 disparitions au Brésil, environ 200 en Uruguay. Des chiffres inférieurs à ceux reprochés à la junte argentine, dont la répression féroce a fait quelque 30 000 morts et disparus.

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