Etats-Unis

La Cour suprême des Etats-Unis se penche sur la constitutionnalité de la réforme de la santé

Le bâtiment de la Cour suprême des Etats-Unis.
Le bâtiment de la Cour suprême des Etats-Unis. Getty Images / Bill Clark
Texte par : Julien Jeffredo
5 mn

C'était une promesse phare de la campagne de Barack Obama en 2008 : fournir une couverture santé au 32 millions d'Américains qui en sont dépourvus, soit parce qu'ils ne sont pas assez riches pour s'offrir une assurance, soit parce qu'ils ne sont pas assez pauvres pour profiter du Medicaid destiné aux plus démunis. Après de longues négociations avec les républicains, une loi a été promulguée en 2010 mais sa mise en oeuvre est encore incertaine, eu égard les nombreux recours judiciaires déposés. Ce jeudi 10 novembre 2011, la Cour suprême des Etats-Unis doit dire si elle s'estime compétente ou non pour en juger. Cette décision pèse déjà sur la campagne de Barack Obama pour sa réélection.

Publicité

Près d'un siècle que le Congrès américain en débattait, et plusieurs présidents s'y étaient déjà essayés, en vain. Dernier en date : Bill Clinton qui avait échoué en 1993. Barack Obama, lui aussi, a été très vivement attaqué par les républicains. Malgré tout, il arrache un compromis. Le projet de loi est voté au Sénat, puis à la Chambre des représentants. Et le 30 mars 2010, le président américain promulgue la loi. Mais les républicains n'avaient pas dit leur dernier mot et ils ont trouvé un autre moyen de faire barrage à la réforme.

« Ayant perdu au Congrès, ils ont reporté la bataille sur l'autre forum c'est-à-dire le juridique. Maintenant c'est à la Cour suprême de décider si elle accepte l'affaire ou non. Le suspens va durer quelques mois supplémentaires, fin juin au plus tard. Nous serons au cœur de la campagne électorale », explique Anne Deysine, spécialiste de la politique et de la justice américaine à l’université Paris X-Nanterre.

Un calendrier, on le voit, qui n'avantage pas Barack Obama puisque selon un sondage récent, seulement 34% des Américains seraient favorables à cette réforme.

Des Américains peu séduits par la réforme

L'opinion n'en perçoit pas les avantages car les principales dispositions de la réforme n'entreront en vigueur qu'en 2014. En résumé, le président américain fait les frais des critiques sans pouvoir, pour l'instant, montrer les bénéfices de sa loi. La mesure rebaptisée «Obamacare » est dénoncée par les républicains comme une atteinte aux libertés individuelles. En fait, c'est le caractère obligatoire de l'assurance qui leur pose problème. Pourtant, Barack Obama a tenu bon.

« N'importe quel président qui parvient à faire passer une loi de cette ampleur et de cette complexité, est un président qui a réussi. Dans l'histoire des Etats-Unis, il y a peu de présidents qui ont un tel actif législatif à leur crédit », note Vincent Michelot, spécialiste de l'histoire politique des Etats-Unis à Sciences-Po Lyon.

Paradoxalement, toute l'hostilité que le président américain a rencontré pendant son mandat pourrait bien le servir pour 2012. « Il va s'attribuer ce qu'il a eu de positif ces derniers mois et ces dernières années. A l'inverse, il va dire que ce qui s'est passé de négatif, on le doit aux républicains qui ont bloqué systématiquement, toutes ses initiatives. Ce n'est pas rare aux Etats-Unis. C'est même la règle : Un président est élu. Au bout de deux ans, il perd sa majorité parlementaire. Et après quatre ans, la plupart du temps, il est réélu », remarque François Durpaire,auteur de plusieurs ouvrages consacrés à Barack Obama.

La différence, cette fois-ci, c'est que le pays traverse sa pire crise économique depuis 1929 et que le taux de chômage atteint 9%. Aucun président américain n'a jamais été réélu dans ces circonstances. Les prochaines semaines seront donc décisives pour inverser la tendance de l'emploi.

Le scenario de la défaite pour mobiliser

Barack Obama brandit la menace d'une défaite pour reconquérir ses partisans, notamment les jeunes. Ce sont eux qui lui ont permis de gagner en 2008, mais eux aussi qui lui ont cruellement manqué pour les élections de mi-mandat en 2010 et dont il cherche le soutien pour 2012. C'est pourquoi depuis le soir du dimanche   deux clips sont diffusés sur son blogue avec ce leitmotiv : « Et si le président Obama n'était pas réélu? ».

Des visages émus en plan serré sur fond d'une musique mélodramatique. Le clip consiste tout simplement à rediffuser le discours de Barack Obama au lendemain de son élection. « Cette victoire vous appartient » disait-il en 2008 à ses partisans. Une façon de leur rappeler que celle de 2012, plus difficile à arracher, dépendra encore plus d'eux.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail