Venezuela / Reportage

Le scandale des prothèses PIP touche aussi le Venezuela

Une Vénézuelienne montre le certificat de ses implants PIP.
Une Vénézuelienne montre le certificat de ses implants PIP. RFI/François-Xavier Freland

Dans ce pays où règnent les Miss Univers et la chirurgie esthétique, où les jeunes filles ont l'habitude de se faire opérer de la poitrine dès 15 ans, entre 20 000 et 40 000 femmes pourraient être concernées. Une manifestation a réuni vendredi à Caracas une centaine d'entre elles, venues signer une plainte collective contre la marque française PIP.

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Avec notre correspondant à Caracas

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Une prothèse déchirée et retirée, à Caracas. RFI/François-Xavier Freland

Elles sont une centaine à faire la queue devant le cabinet d'avocats Andrea De Leon, chargé de remettre au tribunal la plainte collective de ces femmes victimes du scandale des implants mammaires PIP.

Quelques minutes plus tard, devant les nombreuses caméras, l'avocat maître Gilberto Andrea, s'explique : « Comme vous le savez, cette entreprise est en faillite, parce qu'on a découvert la fraude, et l'entreprise a été mise sous contrôle judiciaire. Mais ensuite, il y a un lien de responsabilité et de solidarité entre l'Etat français et cette entreprise. Et donc, cela va faire partie de notre deuxième plainte. Nous allons demander une indemnisation pour préjudice moral ».

Dehors, une jeune femme, Anjoly Suarez, sort de son sac une prothèse PIP qui lui a été retirée récemment, provoquant un nouvel attroupement de journalistes autour d'elle. La prothèse est éventrée. Pendant plusieurs mois, elle a ressenti des douleurs : « Je me suis faite opérée en 2006. Puis en 2009, j'ai commencé à ressentir des douleurs dans le dos. Au même moment, ma poitrine est devenue dure comme une pierre. Alors plus tard, je suis allé voir un autre chirurgien qui m'a finalement retiré la prothèse en question, et c'est là qu'ils se sont rendus compte qu'elle était déchirée, et que c'était une prothèse PIP ».

Dans ce groupe de femme inquiètes, se trouve une franco-venezuelienne, Sophie Taravela. Elle est venue avec son mari et leur petite fille rejoindre la manifestation du jour. Française, comme la marque de prothèses en question , elle ne comprend pas : « Quand on voit tout ce nombre de femmes qui ont été opérées avec le même produit, on se dit mais comment c'est arrivé tout ça, comment a pu se passer une telle chose… Surtout en étant un produit français, on pense quand même sur la qualité ».

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La carte de porteur d'implant PIP. RFI/François-Xavier Freland

Dans son bureau climatisé, à quelques encablures de la manifestation, Emile Anon Adohi, homme d'affaire franco-ivoirien, importe depuis dix ans des prothèses françaises d'une autre marque vers le Venezuela. Apparemment nerveux, il se dit pourtant rassuré, il n'a jamais vendu de prothèse PIP et pointe du doigt le manque de contrôle au Venezuela.

« Ici vous avez l'arrivée de toutes les prothèses chinoises, coréennes, dont on ne sait pas où elles sont fabriquées. On ne sait pas d'où ça sort, il n'y a pas de traçabilité. Aujourd'hui, je pense que nos produits sont de qualité. Nous, on a vraiment pas de problème. Le problème c'est que les gens ils confondent toujours, les prothèses françaises, ils les ramènent toujours aux prothèses PIP. Nous on a eu beaucoup, beaucoup de coups de fil de femmes opérées qui nous demandent de quelle marque sont nos prothèses ».

Devant l'ampleur du phénomène, le gouvernement vénézuélien a aussitôt annoncé le retrait gratuit des implants mammaires défectueux dans les centres de santé publics du pays. Reste que beaucoup de femmes, qui ne font pas confiance aux médecins du service public, devraient se diriger vers des cliniques privées où l'on propose le retrait express des implants PIP pour 5000 euros, soit le double du prix moyen pour la pose de ces prothèses.

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