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EQUATEUR

En Equateur, trois ans de prison et 40 millions de dollars d'amende pour «injure» contre le président Correa

Le président Rafael Correa s'adressant à la presse, le 15 février 2012.
Le président Rafael Correa s'adressant à la presse, le 15 février 2012. REUTERS/Guillermo Granja
8 mn

Cette journée du 16 février 2012 est une journée noire pour la presse en Equateur. La Cour nationale de justice, la plus haute instance judiciaire équatorienne, a confirmé la peine de trois ans de prison pour les dirigeants du journal d'opposition El Universo. Elle a aussi confirmé l'amende de 40 millions de dollars infligée au journal.

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Le journal était poursuivi par le président équatorien Rafael Correa qui estimait avoir été injurié dans un éditorial accusateur. Dans cet article, le journaliste Emilio Palacio menaçait le président de poursuites pour « crimes contre l’humanité » pour avoir ordonné un assaut afin de mater une rébellion policière le 30 septembre 2010.

Ce jour-là, le président est séquestré dans un hôpital cerné par des policiers en colère contre ses réformes. Une fusillade a même éclaté aux abords de l’établissement de santé. L’éditorialiste publie alors un avertissement en direction du président Rafael Correa. Cet éditorial vaut aujourd’hui aux dirigeants du journal El Universo une peine de trois ans de prison et une amende de 40 millions d’euros.

L'appel et le recours à la Cour nationale de justice n'ont rien changé au jugement. Pour Benoit Hervieux, en charge de la zone Amériques à Reporters Sans Frontières, la confirmation de cette peine est extrêmement grave même si l'article pour lequel le journal a été condamné était plus que contestable : « c’est du lèse majesté. Demander 40 millions de dollars à un journal, ça veut dire que le journal disparait. C’est vraiment une catastrophe. »

Selon lui, les responsabilités sont engagées : « oui, il y a une responsabilité des éditeurs puisqu’ils ont accepté de publier dans leurs colonnes des accusations qui étaient très graves de la part d’Emilio Palacio. Néanmoins, on se retrouve avec une réponse aussi grave. L’amende est tellement colossale qu’elle condamne le journal à la fermeture. On pouvait imaginer une amende individuelle. Mais en évitant les peines de prison qui sont passées de mode dans les pays démocratiques. Si on devait enfermer tous les éditorialistes avec lesquels on n’est pas d’accord ou qu’on trouve injurieux, on n’aurait pas fini. »

Les responsables du journal ont déjà fait part de leur intention de saisir l’Organisation des Etats américains (OEA). Après une enquête, cette procédure peut amener vers un dépôt de plainte auprès de la Cour interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

Si cette condamnation est confirmée, elle signera la faillite du journal. Mais pour le président Rafael Correa, c’est une victoire pour lui et son pays. Il affirme qu’elle représenterait « un grand pas pour la libération de l’Amérique latine d’un des plus grands pouvoirs impunis ».

 

Correa vs la presse équatorienne

La guerre entre le président équatorien et la presse ne date pas d'aujourd’hui. Rafael Correa l’a déclaré dès son arrivée à la tête de l’Etat en 2007. Le dirigeant socialiste cible en particulier la presse privée. Le président Correa estime que cette presse est « corrompue » et « médiocre ». Alors, il n’hésite pas à attaquer en justice les journalistes et médias dès que l'occasion se présente. Et les critiques de la communauté internationale n’y changent rien.

L’affaire du quotidien El Universo n’a pas de caractère exceptionnel car les affaires de ce type se sont multipliées depuis 2007 et les montants des indemnisations se comptent toujours en millions.

Avant l’affaire du journal El Universo, deux autres journalistes avaient fait les frais de cette guerre. Juan Carlos Calderon et Christina Zurita ont été condamnés à verser un million de dollars chacun au président Rafael Correa en première instance par un tribunal de la province de Pichincha. Le président Correa les avait poursuivis pour diffamation et demandait 10 millions de dollars d’indemnisation.

En effet, dans leur livre Le Grand Frère, les journalistes avaient laissé entendre que le frère du président, l’homme d’affaires Fabricio Correa, avait obtenu des contrats d’un montant de 167 millions d’euros grâce à ses liens de parenté.

Le combat de Rafael Correa contre la presse ne s’arrête pas là. Il a par exemple placé sous tutelle certains médias. A la suite d’un référendum le 7 mai 2011, « un conseil de régulation » des médias a été créé. La question proposait la création d'un « conseil de régulation pour réguler la diffusion de messages télévisés, radiophoniques ou écrits à caractère violent, explicitement sexuel ou discriminatoire ». La censure fait alors peur surtout qu’une autre idée est actée celle « d’établir des critères de responsabilité des journalistes et des médias ».Malgré tout, la majorité des citoyens a donné le feu vert au président. 

En août 2011, alors que les manifestations se multiplient en faveur de la liberté d’expression, trois journaux sont poursuivis en justice. Ils sont accusés d’avoir mis en cause la version du soulèvement policier du 30 septembre 2010. C’est le jugement que paye aujourd’hui les dirigeants du journal El Universo avec trois ans de prison et une amende 40 millions de dollars pour les responsables du journal. Ce qui pourrait bien mettre le journal en faillite.

Rafael Correa l’avait déjà dit à l’époque : « il fera un procès à tous ceux qui attenteront à son honneur, à sa famille ou parleront du soulèvement policier ».

 

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