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Drogue/Amérique latine

Le florissant marché de la drogue en Amérique latine

Guetty Images

Alors que les chefs d’Etat et de gouvernement de 34 pays latino-américains se retrouvent, ce vendredi, en sommet  en Colombie, plusieurs dirigeants estiment que les politiques de lutte contre le trafic de stupéfiants ont échoué. Ils pensent qu’une légalisation des drogues pourrait réduire les profits et donc l’impact d'un commerce qui pèse aussi sur les économies de la région, même si cela n'apparaît pas forcément dans les statistiques...

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Si l’on s’en tient aux chiffres, le poids de la drogue dans les économies de la région peut sembler faible. D’après l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNDOC), les profits bruts réalisés par les trafiquants de cocaïne en Amérique latine représentent 18 milliards de dollars, en 2009, soit à peine 0,6% du PIB régional. Les estimations varient toutefois selon les régions. L’Organisation internationale de contrôle des stupéfiants (OICS) estime que la valeur ajoutée de la cocaïne transitant par les pays d’Amérique centrale en direction des Etats-Unis avoisine 5% du PIB de la sous région.

Au Mexique, le département d’Etat américain évalue le revenu annuel lié au trafic de drogue en général (cocaïne, héroïne, méthamphétamine, marijuana) entre 15 et 30 milliards de dollars, soit 3% du PIB. En Colombie, la part du trafic de cocaïne dans l’économie nationale a baissé. Elle serait passé de 6,3% dans les années 80 à 1% en 2010, selon un expert cité par leWall Street Journal.

Impact réel sur les économies

Mais ces estimations ne traduisent pas l’impact réel de l’argent de la drogue sur les économies. La corruption liée au trafic est endémique, notamment au Mexique et dans de nombreux autres pays d’Amérique latine.« Les profits se répartissent entre un nombre réduit de personnes, ajoute Michel Gandilhon, chercheur à l’Observatoire français des drogues et toxicomanie (OFDT). Au Mexique, on estime que quelques dizaines de milliers de personnes en vivent, auxquelles on doit y ajouter les politiciens et fonctionnaires corrompus. Cela veut dire que des milliards sont concentrés entre très peu de mains ». Ces mains deviennent« incroyablement puissantes, au point de menacer la paix civile », ajoute-t-il. Selon le magazine Forbes, Joaquim Guzman, le chef du cartel de Sinaloa, est l'un des hommes les plus riches du monde avec une fortune estimée à 1 milliard de dollars.

En outre, l’argent de la drogue, en particulier de la cocaïne est une manne énorme pour les groupes armées, comme les Farc (Forces armées révolutionnaires de Colombie)*. « Les revenus engendrés par la cocaïne leur rapportaient environ 300 millions de dollars par an il y a dix ans, de quoi monter une véritable petite armée (18 000 hommes avec uniformes, soldes et armement) », précise Michel Gandilhon. En Amérique centrale, les cartels et les gangs liés à la drogue sèment la violence et déstabilisent les Etats, donc leur économie.

Enormes marges bénéficiaires

Malgré les multiples saisies et les milliards investis dans la lutte contre les stupéfiants, le trafic reste florissant, à commencer par celui de la cocaïne produite exclusivement en Colombie, au Pérou et en Bolivie. D’après l’UNDOC, plus de 700 tonnes de poudre blanche ont été saisies en 2010 pour une production mondiale totale de plus de 1 000 tonnes. Mais cela ne décourage pas les organisations criminelles. Car leurs marges bénéficiaires sont énormes. Selon les Nations unies, sur les 85 milliards de dollars** générés par le trafic mondial de cocaïne en 2009, 84 sont allés dans les poches des trafiquants et 1 milliard dans celle des paysans producteurs de feuilles de coca, matière première de la cocaïne.

Du producteur de coca au consommateur de cocaïne : une escalade de profits

-En 2010, en Colombie, une organisation criminelle achetait le kilo de feuilles de coca séchées aux paysans pour en moyenne 1,3 dollars (selon une étude de l'UNODC). Sachant qu’il faut 100 kilos de coca pour obtenir un kilo de cocaïne, produire un kilo de cocaïne coûtait 130 dollars en achat de feuilles de coca.

-Selon la DEA, l'agence antidrogue américaine, un kilo de cocaïne s’achetait ensuite, entre 1 500 et 3 000 dollars en Colombie.

-Au Mexique, le même kilo valait entre 10 000 et 12 000 dollars. 

-Ce même kilo était vendu sur le marché de gros à New York entre 17 000 et 36 000 dollars.

-Le kilo « coupé » à 50% était ensuite revendu au détail 120 dollars le gramme, soit 240 000 dollars.

Dénonçant l’échec de la lutte antidrogue depuis 30 ans, les partisans d’une légalisation des stupéfiants en Amérique latine affirment que cela pourrait faire chuter les prix et donc rendre le commerce moins attractif. Le problème est que la plus grosse partie de la cocaïne est exportée vers l’Amérique du Nord et l’Europe. Deux régions du monde où, même si le débat sur la légalisation existe, il n’est pas question pour l’instant de remettre en cause les politiques répressives en matière de stupéfiants. Même les Pays-Bas, plus libéraux en la matière et accusés de laxisme par les autres Etats occidentaux, reviennent petit à petit sur leur politique de tolérance. L’impact d’une légalisation dans les seuls pays d’Amérique latine risquerait donc d’être limité.

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*Les groupes paramilitaires combattant les Farc ont aussi été impliqués dans le trafic de cocaïne.

**Il s’agit d’une moyenne. Les estimations oscillent entre 75 milliards et 100 milliards.

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