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PARAGUAY

Paraguay: le président Fernando Lugo destitué par le Sénat

Des paysans partisans du président Fernando Lugo, venus le soutenir avant le début de la procédure expresse de destitution qui le visait, à Asuncion, le 22 juin 2012.
Des paysans partisans du président Fernando Lugo, venus le soutenir avant le début de la procédure expresse de destitution qui le visait, à Asuncion, le 22 juin 2012. Reuters / Mario Valdez
6 mn

La victoire de Fernando Lugo en 2008 était considérée comme historique. Jamais un président de gauche n’a dirigé ce petit pays d’Amérique latine, le plus pauvre du cône sud. Retour sur l’ascension politique de l’ancien « évêque des pauvres », qui s'est trouvé vendredi 22 juin 2012 lâché par ses anciens alliés et s'est vu officiellement démis de ses fonctions, à l'issue d'un procès politique en destitution de quelques heures mené devant le Sénat. Le nouveau président, Federico Franco, 46 ans, a immédiatement prêté serment au Parlement.

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En 2006, à 54 ans, Fernando Lugo, évêque de San Pedro, la région la plus pauvre du Paraguay, enlève sa soutane et se lance en politique. Un vieux rêve qui remonte au temps de la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989). Sa famille a été persécutée, son père emprisonné, lui-même a choisi l’exil et a passé quatre ans à Rome.

Son choix de quitter le giron de l’Eglise lui vaut des ennuis avec le Vatican. Il passe outre. Après une campagne électorale intense pendant laquelle il sillonne le pays et se montre à l’écoute des plus démunis, Fernando Lugo est finalement élu président le 20 avril 2008. C’est un exploit pour cet homme à la chevelure et à la barbe poivre et sel. Il réussit à mettre fin à 61 ans de règne de la droite, incarné par le parti Colorado.

Cette victoire, il la doit surtout à une promesse, répétée sans cesse dans ses discours de candidat : lancer une réforme agraire. Il voulait en finir avec les répartitions injustes des terres, héritage du colonialisme et d’une guerre qui a opposé le pays au cours du XIXe siècle à ses trois voisins, le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay. La guerre de la Triple Alliance a laissé le pays exsangue, anéantissant près de 90% de la population masculine.

En 1970, de prospères producteurs de soja brésiliens s’installent sur les terres les plus fertiles du pays, des terres qui se trouvent sur les rives du fleuve Paraná, à la frontière avec l'Argentine et le Brésil. C’était le dictateur Alfredo Stroessner qui les avait vendues aux Brésiliens dans des conditions très avantageuses.

Des sans-terre déçus des promesses non tenues

Sans surprise, ces grands propriétaires se mobilisent contre la réforme agraire. Déjà, pendant sa campagne, Fernando Lugo a reçu des menaces de mort. En 2009, il affirmé avoir déjoué une tentative de putsch contre lui. Lâché par ses alliés libéraux et confronté à une majorité de droite au Parlement, il doit finalement abandonner ses projets de réforme, ce qui lui coûte cher en termes de popularité. De nombreux sans-terre commencent à envahir des terrains. D’autres viennent manifester en campant dans la capitale Asunción pour réclamer des écoles, de l’eau, de l’électricité. Car sans infrastructure, impossible de cultiver des terres.

La presse s’empare aussi de sa vie privée. Elle révèle l’existence de plusieurs enfants que Lugo aurait eus alors qu’il était encore évêque. Le président finit par reconnaître la paternité pour un garçon. En 2010, son état de santé se dégrade. Victime d’un cancer du système lymphatique, il se rend régulièrement au Brésil voisin pour suivre un traitement. Il en sort guéri et annonce ne plus vouloir briguer un deuxième mandat à la présidence en 2013.

Au Vénézuéla, Hugo Chavez réagit à l'élection de Federico Franco

Avec notre correspondant à Caracas, François-Xavier Freland

« Nous ne reconnaissons pas le nouveau président illégal au Paraguay. Là-bas, la répression a commencé. » T-shirt rouge, veste noire, le président Chavez, plutôt calme, s'est exprimé ainsi, brièvement sur la destitution du président Lugo. Quelques minutes avant de recevoir dans son palais présidentiel, le chef d'Etat iranien, Mahmoud Ahmadinejad en visite au Vénézuéla.

En ligne de mire, dans son discours toujours très anti-impérialiste, la droite paraguayenne connue pour ses méthodes radicales, et soutenue surtout par les grands propriétaires terriens. Dans le sillage de Chavez, une condamnation de l'Alba, l'alliance alternative, des pays de la gauche radicale, condamnation surtout de l'Unasur, l'organisation intergouvernementale sud-américaine. Plusieurs chefs d'Etat ont dénoncé tour à tour ce que le président équatorien Rafael Correa a qualifié de « coup d'Etat constitutionnel ».

Aussitôt, la chaîne internationale vénézuélienne Telesur a bousculé ses programmes pour assurer toute la soirée une émission spéciale, diffusant en boucle les premières images d'affrontements entre forces de l'ordre et manifestants pro Lugo dans les rues d'Asunción.

Beaucoup d'observateurs y voient des similitudes avec la situation vécue au Honduras, il y a trois ans, presque jour pour jour. L'ancien président, Manuel Zelaya, avait été renversé par un coup d'Etat, le 28 juin 2009, après un long conflit institutionnel l'opposant au Congrès dans son pays.

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