Grande-Bretagne / Equateur

Julian Assange obtient l’asile politique en Equateur, le début de tensions diplomatiques

Julian Assange, le 2 février 2012.
Julian Assange, le 2 février 2012. REUTERS/Andrew Winning

L’Equateur a sans surprise décidé d’accorder l’asile politique au journaliste australien Julian Assange. Le fondateur de l’organisation WikiLeaks est réfugié depuis près de deux mois dans les locaux de l’ambassade équatorienne à Londres. Annoncée jeudi matin 16 août par Ricardo Patiño, le ministre équatorien des Affaires étrangères, cette décision provoque un début de bras de fer entre Londres et Quito.

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Julian Assange s’est réfugié le 19 juin à l’ambassade équatorienne à Londres après avoir épuisé tous les recours judiciaires en Grande-Bretagne. Il veut échapper à l’extradition vers la Suède ou il est accusé de viol. L’Equateur considère que Julian Assange est poursuivi pour des raisons politiques et craint son extradition aux Etats-Unis : il faut rappeler que Wikileaks a diffusé des informations confidentielles sur la guerre en Irak, certaines de ces informations étant particulièrement choquantes comme cette vidéo dans laquelle des militaires américains tirent depuis leur hélicoptère sur des civils puis sur les gens qui viennent porter secours aux victimes. WikiLeaks a également divulgué les courriers confidentiels des ambassades des Etats-Unis provoquant un scandale diplomatique à l'échelle de la planète.

Après avoir interrogé Stockholm, les Equatoriens n’ont pu obtenir la garantie que Julian Assange ne serait pas extradé aux Etats-Unis. Washington, de son côté, a refusé de s’exprimer sur le sujet donc de dire si les autorités américaines allaient ou non demander l’extradition d’Assange.

Accusé de « sexe par surprise » en Suède

Ce qui est considéré comme un viol en Suède ne l’est pas dans le reste du monde. L’accusation parle de « sexe par surprise » ce qui en Suède consiste à avoir une relation sexuelle avec quelqu’un qui est consentant mais de refuser, par exemple, de mettre un préservatif. Les deux femmes qui accusent Julian Assange ont été ses amantes d’un jour. Elles soutenaient toutes les deux WikiLeaks et elles se sont rendues compte, en discutant par hasard, que Julian Assange avait eu des rapports non protégés avec l’une comme avec l’autre.

Elles ont donc considéré qu’il avait agi délibérément en refusant pour l’une d’interrompre son rapport sexuel quand le préservatif a rompu et en ayant un rapport avec l’autre au réveil alors qu’elle dormait encore. Des accusations difficiles à prouver et qui n’auraient donné lieu dans d’autres pays ni à des poursuites ni à un procès. Julian Assange crie donc au complot et accuse les Suédois de demander son extradition pour le livrer aux Etats-Unis.

Des Britanniques intransigeants

De leur côté, les Britanniques semblent déterminés à faire appliquer les décisions de justice sur leur territoire. « L'asile politique ne change fondamentalement rien », affirment les autorités.

« Nous ne permettrons pas à M. Assange de quitter le Royaume-Uni et il n'y a aucune base juridique selon nous pour agir ainsi», a pécisé William Hague lors d'une conférence de presse.

Londres a menacé de pénétrer de force dans la mission équatorienne, aux abords de laquelle des heurts ont éclaté entre forces de l'ordre et partisans d'Assange.

La Grande-Bretagne annulera le statut diplomatique de l'ambassade d'Equateur. Sur son site internet, l'ambassade d'Equateur à Londres affirme que la menace brandie par la Grande-Bretagne « constitue une violation évidente du droit international et des protocoles prévus par la Convention de Vienne ».

Intervenir ou « laisser pourrir » ?

Nous n'avons toujours pas résolu la tâche la plus difficile : trouver un moyen sûr pour que Julian Assange puisse partir en Equateur...

Brigitta Jonsdottir

Une intervention au sein de l’ambassade ou sur un véhicule diplomatique qui quitterait l’ambassade avec Assange à son bord aurait des conséquences diplomatiques immédiates. Les Equatoriens ont été très clairs sur le sujet mais quitte à intervenir, autant le faire en plein cœur du mois d’août, à un moment de l’année où il est difficile pour les Equatoriens comme pour Julian Assange de mobiliser des manifestants.

L’autre possibilité est que les Britanniques continuent à « laisser pourrir » la situation comme ils l’ont fait jusqu’à présent. Cela les oblige à maintenir un dispositif de surveillance de l’ambassade pour que Julian Assange ne leur échappe pas. Il est vrai que Julian Assange, qui s’est fâché avec certains de ses collègues de WikiLeaks, est isolé et il a de toute façon assez peu de soutiens en Grande-Bretagne. Sa participation à des émissions de télévision sur une chaîne pro-Poutine en Russie ou le soutien de Cuba ou du Venezuela qui voient en lui une victime des Etats-Unis, l'éloigne peu à peu de ses ambitions du début qui était de libérer la presse dans le monde.

L’Equateur peut compter sur plusieurs pays latino-américains pour l’appuyer : l’Argentine qui a un vieux contentieux avec la Grande-Bretagne depuis l’affaire de Malouines, où d’autres comme le Venezuela qui dénonce sans relâche les abus de la superpuissance américaine. L'Equateur, qui se range dans le bloc de gauche latino-américain, a demandé une réunion des ministres des Affaires étrangères de la région ainsi que de l'Organisation des Etats américains (OEA) pour soutenir sa position. Julian Assange devient un pion dans un jeu qui le dépasse.

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