Brésil / Architecture

Disparition: Oscar Niemeyer ou l'audace du modernisme

Oscar Niemeyer soutenant la candidature de Dilma Roussef à Rio en 2010.
Oscar Niemeyer soutenant la candidature de Dilma Roussef à Rio en 2010. Getty Images

Surnommé par certains «le poète du béton armé», l’architecte brésilien Oscar Niemeyer s’est éteint mercredi 5 décembre 2012 à l’âge de 104 ans. Il laisse une œuvre considérable dont les fleurons les plus connus sont le Congrès national du Brésil, la Cathédrale de Brasilia et le Musée d’art contemporain de Niteroi, près de Rio. Communiste convaincu, il a également conçu le siège du PCF à Paris et participé à l’élaboration de l’immeuble de l’ONU à New York.

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« Vous allez voir, je vais disparaître le jour de mon centenaire. Personne ne me retrouvera », minaudait Oscar Niemeyer au micro RFI d’Annie Gasnier fin 2007, à la veille de son centième anniversaire. « Le plus important, reprenait-il, c’est la vie. Le passé mais surtout, le présent. La vie, un monde meilleur, c’est pour ça qu’il faut vivre. Le reste, c’est pas important. »

Béton et courbes

Disparu, Oscar Niemeyer l’est bel et bien désormais mais il aura survécu à son centième anniversaire pour finalement s’éteindre ce mercredi 5 décembre à l’âge de 104 ans. Derrière lui, il laisse une œuvre colossale : environ six cents projets, menés à bien pour la plupart, durant une carrière qui se sera étirée sur près de huit décennies.

Considéré comme le pape de l’architecture moderne, Niemeyer a dompté le béton armé, le modelant souvent dans des volumes imposants, adoucis toutefois par de longues courbes qui restent la marque de fabrique de l'architecte brésilien. En jouant avec les mots, on peut même écrire que son futurisme s'est parfaitement inscrit dans son époque.

Il faisait partie des onze architectes qui ont créé le siège des Nations unies à New York.
Il faisait partie des onze architectes qui ont créé le siège des Nations unies à New York. (CC)/Wikipédia

Issu d’une famille bourgeoise, Oscar Niemeyer a fait ses études à l’Ecole nationale des beaux-arts de Rio dans les années 1930 à une époque où perçaient Frank Lloyd Wright aux Etats-Unis, Ludwig Mies en Allemagne et Le Corbusier en France, trois autres maîtres, chacun dans leur style, de l’architecture moderne.

C’est d’ailleurs par admiration pour Le Corbusier qu’il le rejoignit dans l’édification du siège des Nations Unies à New York dont l’immeuble fut  achevé en 1952.

Guère convaincu par le classicisme qu’on lui enseigna aux Beaux-Arts, le jeune architecte a fait scandale en 1943 avec l’une des premières créations : l’église Pampulha de Belo Horizonte dont les formes ondulées ne furent guère du goût du clergé local. Il faudra d’ailleurs attendre six ans après sa création pour voir un office religieux y être célébré. Quinze années plus tard, Niemeyer se voit néanmoins confier le design de la cathédrale de Brasilia, l’une de ses créations majeures.

A Brasilia, son empreinte

A Brasilia, capitale en forme d’avion poussée dans la savane en moins de cinq ans par la volonté du président Juscelino Kubitchek, Niemeyer a pu donner libre cours à son imagination et à son sens de la démesure, signant aussi, au fil des ans, le Congrès national du Brésil, le Palais présidentiel, le Ministère des Affaires étrangères, ou encore l’Institut des sciences.

Bien qu’il ait bâti de nombreux bâtiments officiels du pays, Oscar Niemeyer a toujours gardé ses distances avec le pouvoir et s’est même exilé en France durant cinq ans (de 1967 à 1972) pour fuir la dictature. Militant communiste, c’est à cette époque qu’il a conçu le siège du PCF, place du colonel Fabien dans le XIXe arrondissement de Paris, lequel ne fut toutefois achevé qu'en 1980. En 2007, il confiait pourtant à l‘hebdomadaire Marianne que ses deux réalisations préférées étaient le bâtiment des éditions Mondadori de Milan en Italie et l’université de Constantine en Algérie.

« La première chose que je fais quand j’aborde un travail, c’est commencer par réduire les appuis, confiait-il à RFI en 2007. Quand on réduit les appuis, l’architecture devient plus audacieuse. Les espaces deviennent plus généreux et l’architecte peut alors créer une architecture nouvelle, qui provoque l’étonnement et peut devenir une œuvre d’art. »

La Cour suprême de Brasilia, la ville où Niemeyer a le plus laissé son empreinte.
La Cour suprême de Brasilia, la ville où Niemeyer a le plus laissé son empreinte.

Comme Le Corbusier, Oscar Niemeyer a signé de nombreux immeubles d’habitation, certains gigantesques comme le Copán à Sao Paulo, une HLM de 1 000 logements où cohabitent 5 000 personnes.

La photographe Emmanuelle Bernard qui y a vécu disait ceci à propos du Copán : « Ce qui est différent, c’est qu’il y a toutes sortes de gens. L’échange est très intéressant car, quand on se ressemble trop, ça rend très claustrophobe. »

Toujours jeune

« On sent surtout des formes, reprenait-elle. On est dans des murs différents car tout est en courbe. Les couloirs sont en courbe. Et à l’intérieur des appartements, on sent qu’on n’est pas dans du « carré »... Et puis surtout, il y des baies vitrées qui vont du sol au plafond. Il y a énormément de lumière et une vue superbe. »

Marié une première fois à 25 ans, en 2005 Oscar Niemeyer avait épousé sa secrétaire, de 38 ans sa cadette, à l’âge de 98 ans. « Il a cent quatre ans mais c’est comme s’il en avait quatre-vingts et voulait en avoir vingt », s’était-elle amusée récemment. Toujours jeune d’esprit, l’architecte centenaire n’aura jamais cessé de travailler, mais uniquement pour créer. « Je n’ai jamais voulu être riche. Cela m’aurait trop fait honte », affirmait cet admirateur de Fidel Castro, de Lula et d'Hugo Chavez. 

Archives RFI :

 

Quelques unes des réalisations les plus marquantes d'Oscar Niemeyer

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