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Etats-Unis / Présidentielle 2012

Présidentielle américaine: une machine électorale aux rouages complexes

Le mode de désignation du président des Etats-Unis est inscrit dans la Constitution américaine de 1787.
Le mode de désignation du président des Etats-Unis est inscrit dans la Constitution américaine de 1787. Getty images/Dieter Spears
8 mn

Dans une poignée de jours, les Américains choisiront leur président au suffrage universel indirect. Ce vote est le résultat d’un long processus électoral qui n’a pas changé, ou si peu, depuis plus de deux siècles. Les différents Etats y jouent un rôle essentiel, de l’inscription des votants à la mise en place des machines à voter, dont certains citoyens outre-Atlantique ont déjà pu profiter.

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Le mode de désignation du président des Etats-Unis est inscrit dans la Constitution américaine de 1787. L’élection présidentielle étant une élection à deux degrés, le président des États-Unis est élu par un collège de 538 grands électeurs désignés Etat par Etat. Ce corps indépendant est un héritage de l’histoire américaine : les États-Unis étaient une République avant d’être une démocratie. L’élection du président était alors confiée aux citoyens les plus érudits et les plus vertueux : les grands électeurs.

Aujourd’hui, la procédure est toujours à l’œuvre. L’élection « finale » est la combinaison de 50 élections indépendantes dont les résultats sont déterminés par un calcul mathématique. Chaque Etat pèse un certain nombre de votes, qui sont attribués en bloc au gagnant de cet Etat, puis additionnés. Pour gagner, le candidat doit ainsi avoir réuni au moins 270 voix. Les scrutins pour les grands électeurs se déroulent en plusieurs étapes : des délégués à l'échelon local sont tout d'abord désignés par les électeurs au cours de « caucus » ou d'élections primaires.

Le poids démographique de chaque Etat joue dans le nombre de grands électeurs qui lui sont attribués. La répartition est proportionnelle mais pourtant le risque de décalage entre le vote populaire et la composition du collège électoral, comme en 2000, est possible. Avec un demi-million de voix d'avance sur George Bush au niveau national, le démocrate Al Gore avait remporté le scrutin populaire, mais en perdant la Floride sur un arrêt de la Cour suprême, qui avait refusé un nouveau décompte des voix, il avait été défait. Avant d’en arriver à ce stade de comptage, les administrateurs des différents Etats s’activent pour que tout soit en ordre de marche le 6 novembre prochain.

Un déroulement sibyllin

La procédure électorale américaine relève d’une incroyable complexité qui se gère Etat par Etat. Elle mobilise des milliers d’administrateurs locaux chargés de la préparation du scrutin et de sa bonne tenue. Cette préparation va de la vérification de l’éligibilité des candidats à celle de la légitimité des électeurs en passant par le choix de l’équipement électoral. Bref, c’est à un réel imbroglio administratif que sont confrontés les préparateurs du vote, tous ayant encore en mémoire la présidentielle de 2000 où les résultats avaient été contestés.

Préparation de machines à voter dans le Maryland.
Préparation de machines à voter dans le Maryland. REUTERS/Gary Cameron

Outre-Atlantique, il n’existe pas de loi électorale nationale comme c’est souvent le cas dans les pays européens. C’est le principe de limitation de l'intervention du gouvernement fédéral qui prédomine. Même si une loi de réforme (loi HAVA) a été adoptée en 2002 pour permettre plus de clarté et d’homogénéité dans le scrutin via une aide gouvernementale, l’organisation de celui-ci reste circonscrit à chaque Etat. En plus d’être responsable des inscriptions délicates des électeurs - risque de fraude, présence des « bulletins provisoires » etc - chaque circonscription mène le scrutin selon ses propres directives.

Ainsi, les bulletins de vote diffèrent par exemple selon le lieu. Ils peuvent être rédigés en plusieurs langues dans les Etats où se trouvent de fortes concentrations de populations non anglophones. Aussi, les bulletins sont aux frais des responsables locaux  - au même titre que le financement de la police, des écoles etc -, ce qui signifie que si un Etat est peu aisé financièrement, ses dépenses en matière électorale sont rarement une priorité...

Chaque bulletin est adapté à une machine à voter particulière. De nos jours, rares sont les contrées où l’on va voter avec son crayon pour mettre une croix en face du candidat choisi. Mais de nombreux systèmes informatisés dépendent encore de bulletins de papier, par la suite scannés afin d’enregistrer les votes. C’est le système à scanner optique. Dans d’autres circonscriptions, les électeurs ont affaire aux vieilles machines à levier ! La machine à cartes perforées est pour sa part toujours légion dans grand nombre d’Etats. Lors de l’infortune de 2000, les électeurs devaient quant à eux insérer leur carte dans un appareil qui l’alignait avec une image et perçait les trous… Aujourd’hui, sécurité oblige, les appareils électroniques d’enregistrement direct avec écran tactile sont en vogue, et  le matériel désuet est peu à peu remplacé, avec l’aide financière de l’Etat fédéral.

A l’affût du vote anticipé

La création du vote anticipé fait de plus en plus d’adeptes. Les circonscriptions mettent à disposition des électeurs des machines à voter dans les lieux publics jusqu’à trois semaines avant la date officielle du scrutin, ce qui offre une large souplesse aux votants. A deux semaines du vote, plus de 10,5 millions d’Américains ont ainsi déjà choisi leur candidat pour la présidentielle.

A Chicago, Barack Obama vote le 25 octobre et promeut la procédure du vote anticipé.
A Chicago, Barack Obama vote le 25 octobre et promeut la procédure du vote anticipé.

Selon un sondage Reuters/Ipsos publié le 27 octobre, jusqu'à 40% des Américains pourraient ainsi se rendre aux urnes avant le 6 novembre. Parmi ceux ayant déjà voté, les sondages notent une large avance de Barack Obama sur son concurrent républicain Mitt Romney. Les deux candidats ne cessent d'exhorter les électeurs à voter avant la date officielle du scrutin, notamment dans les Etats indécis qui pourraient faire basculer l'élection présidentielle.

Ainsi, le 16 octobre dernier, la Cour suprême a autorisé les votes anticipés dans l’Etat de l'Ohio. Des activistes démocrates, accusant le camp républicain, dirigeant cet Etat, de chercher à limiter la procédure de vote anticipé, mènent un combat juridique assidu. L’autorisation de la procédure de vote anticipé est donc un point supplémentaire pour le président dans cet Etat clé qui pourra déterminer l'issue de la présidentielle. En 2008, Barack Obama, conscient que les minorités ethniques dans l'Ohio et sur l'ensemble du territoire américain sont généralement acquises au Parti démocrate, avait déjà profité pleinement de ces opérations de vote anticipé.

A ce jour, 32 Etats sur 50 permettent le vote anticipé en personne, dont des Etats cruciaux comme la Floride, la Caroline du Nord, le Wisconsin, l'Iowa, le Colorado et le Nevada. Tous les autres Etats proposent le vote par correspondance, certains ne requérant aucun justificatif d'absence. Dans ce cas, des bulletins de vote sont mis à la disposition des électeurs avant le jour de l’élection. Des citoyens ont la possibilité de s’inscrire comme « électeurs absents de façon permanente ». Ils reçoivent alors à l’avance leur bulletin de vote par courrier à leur domicile. L’Oregon est le seul Etat à organiser ses élections entièrement par correspondance.

Tous les ingrédients sont ainsi réunis pour que les électeurs américains se rendent massivement aux urnes pour la présidentielle. Une chance peut-être de voir le taux d’abstention décroître dans un pays où il est fortement élevé. En novembre 2008, l’abstention a atteint 43,2%. Dans ce scrutin où Barack Obama et Mitt Romney sont au coude à coude, tout risque de se jouer dans les derniers jours et le résultat de ne tenir qu’à un fil. D’autant plus qu’il semblerait que la météo et la tenue vestimentaire des prétendants et de leurs épouses puissent influencer le choix de certains Américains…

 

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