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Brésil

Municipales au Brésil: victoire du parti de l’ex-président Lula, miné par le «Mensalao»

Le nouveau maire de Sao Paulo, Fernando Haddad, à l'annonce de sa victoire le 28 octobre.
Le nouveau maire de Sao Paulo, Fernando Haddad, à l'annonce de sa victoire le 28 octobre. REUTERS/Nacho Doce
7 mn

Le Parti des travailleurs a remporté une importante victoire en gagnant le second tour des municipales à Sao Paulo, dimanche 28 octobre. Ce succès, qui ferait presque oublier les pertes de nombreuses autres grandes villes brésiliennes, était quasi inespéré pour le parti de la présidente de la République fédérale Dilma Roussef, touché par un scandale de corruption sans précédent. Ces élections étaient une étape cruciale avant la présidentielle de 2014 dans ce pays de 194 millions d’habitants.

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Fort des soutiens des membres influents du Parti des travailleurs (gauche) tels que Dilma Roussef et Luiz Inacio Lula da Silva, l’ex-président du pays, c’est un homme peu médiatique qui est dorénavant le maire de cette ville de onze millions d’habitants, dotée d'un budget de 20 milliards de dollars.

Fernando Haddad, 49 ans, obtient 55,6 % de voix contre 44,4 % à son principal rival du PSDB (social démocrate, opposition), José Serra, 70 ans. Ce dernier, ex-gouverneur de Sao Paulo, avait déjà subi un sérieux revers lors de la présidentielle de 2002 contre Lula puis contre Dilma Roussef. « Je veux remercier du fond de mon cœur le président Lula pour sa confiance, son orientation et son soutien, sans lequel il m'aurait été impossible de gagner cette élection », a déclaré le nouvel élu, ancien ministre de l’Education sous Lula, avant de remercier l’actuelle présidente Dilma Roussef.

Car les analystes prédisaient que le vainqueur des municipales serait le candidat des églises évangéliques, Celso Russomanno, un avocat et ex-présentateur télé favori des sondages.

Lula, faiseur de roi

Tout laisse à penser que la présence de Lula en tant que soutien au candidat Fernando Haddad pour la mairie de Sao Paulo a eu un rôle non négligeable dans la victoire du Parti des travailleurs. Lula a accompagné son poulain à une douzaine de meetings ! D’ailleurs, loin de Sao Paulo, dans la capitale de l’Etat du Sergipe, Aracaju, une intervention télévisée de Lula en faveur du candidat local du PT a permis à ce dernier de gagner dix points dans les sondages avant le premier tour des municipales... Lula se réaffirme ici plus que jamais, comme il l’avait fait en 2010 pour faire élire Dilma Roussef, en faiseur de rois.

Remporter la mairie de Sao Paulo est une victoire incontestable. La capitale de l’Etat du même nom, dans le sud-est du Brésil, est la plus grande ville du pays et d’Amérique latine. C’est aussi la capitale culturelle du Brésil et son principal centre économique. Sao Paulo représente 12 % du PIB brésilien. Fernando Haddad a promis de s’attaquer au plus vite au « mur de la honte (…) qui sépare les plus riches et les plus pauvres dans cette ville qui compte parmi les plus inégales du monde ».

Un scandale qui a laissé des traces

Stéphane Monclaire

Bien avant le premier tour des municipales le 7 octobre dernier, les analystes et observateurs pronostiquaient une défaite du Parti des travailleurs en raison des répercussions du scandale de corruption et de détournement de fonds qui l’a éclaboussé.
Début août en effet a commencé le plus grand procès anticorruption de l’histoire du Brésil. Dans ce scandale, de nombreux responsables du Parti des travailleurs sont mis en cause, accusés de « corruption active » par la plus haute juridiction du pays. Parmi eux, de vieux amis de Lula, reconnus coupables d’avoir institué un système d’achat de votes de députés de partis alliés entre 2003 et 2005.

Mais Lula a été épargné lors de ce procès dit du « mensalao » (littéralement « la mensualité ») et blanchi par la justice. Dans la capitale économique brésilienne, les habitants ont préféré choisir le changement plutôt que la continuité et ainsi ne pas prendre en compte dans leur vote ce scandale qui fait désormais jurisprudence. D’autant plus que, d’ordinaire, le PT a du mal à rassembler des voix dans la capitale économique. Les électeurs, déçus par la détérioration continue du trafic routier, de la sécurité et des infrastructures, ne se sont ainsi prononcés qu’en faveur d'un changement sans tenir compte du scandale.

Défaite modérée dans les autres grandes villes

Si le Parti des travailleurs a gagné brillamment Sao Paulo et a prouvé qu’il n’était pas « mort », le tableau est moins glorieux dans les autres grandes villes brésiliennes. Dans cinquante villes de plus de 200 000 habitants, ce sont près de 32 millions de Brésiliens qui ont voté ce 28 octobre pour le second tour des municipales. Parmi ces villes figurent dix-sept capitales de la république fédérale (26 Etats), dont Salvador, Fortaleza et Curitiba.

Au lendemain de ces municipales, le PT au pouvoir reste en troisième position, même s’il progresse sensiblement au niveau national. En 2012, il gagne ainsi 634 mairies, contre 558 en 2008. Mais le Parti des travailleurs ne dirige plus que quatre capitales, contre six en 2008 et neuf en 2004. Fortaleza, Recife et Vitoria ont été perdues. Quant à Rio de Janeiro, la ville hôte des Jeux olympiques de 2016, elle est restée dès le premier tour au centriste Eduardo Paes, avec le soutien du PT au pouvoir.

Les deux grands autres partis politiques sont en net recul. Le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB, centre), membre de la coalition gouvernementale, reste le premier du pays. Il recule cependant nettement, avec 1 024 mairies remportées contre 1 207 en 2008. Le PSDB conserve pour sa part son deuxième rang national, mais recule également, avec 702 mairies conquises contre 788 il y a quatre ans.

Le scrutin de dimanche devrait reproduire le rapport de force traditionnel entre le PT et le PSDB, qui gouvernent le pays en alternance depuis 18 ans. Il est certain que le Parti des travailleurs, grâce en partie au succès remporté à Sao Paulo, sort renforcé de ces municipales. Et cela à deux ans à peine de la prochaine élection présidentielle.

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