Brésil / Apple

Au Brésil, les produits Apple se font attendre

Le directeur marketing brésilien Breno Masi est fan des produits Apple.
Le directeur marketing brésilien Breno Masi est fan des produits Apple. DR
Texte par : Taíssa Stivanin
6 mn

C’est devenu presque une habitude pour les fans brésiliens d’Apple. Dès que la marque annonce un lancement, ils s’envolent en Amérique du Nord s’acheter le produit dernier cri. Des voyages qui se justifient, selon eux, par l’arrivée tardive des smartphones et tablettes au Brésil. Le pays n’est vraiment pas une priorité pour la marque à la pomme, malgré l’installation d’une usine Foxconn qui fabrique l’iPhone et l’iPad.

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Il y a tout juste deux semaines, le directeur marketing brésilien Breno Masi a pris l’avion pour faire la queue devant l’Apple Store à New York et s’acheter un iPad Mini, le dernier lancement de la marque. Cet aller-retour de 72 heures, dont 24 passées dans l’avion, n’est pas vraiment exceptionnel pour lui. Cette année, M. Masi l’a déjà fait « au moins » 16 fois. Un voyage qui se justifie, selon lui, par sa passion mais aussi pour son travail. Directeur d’une grande entreprise d’applications pour smartphones, il raconte ne pas pouvoir attendre que le produit arrive au Brésil – les délais peuvent dépasser trois mois. Dans le passé, l’iPhone 3G, par exemple, a mis environ un an pour arriver dans les mains des consommateurs brésiliens.

Le Brésil est négligé par Apple

« Je ne peux pas attendre. Si je vois le produit, il faut que je l’ai dans mes mains. Certains disent que je suis fou », sourit M. Masi. Parmi ses dernières folies, rester 24 heures dans une file d’attente en septembre pour se procurer le nouvel iPhone 5 – cette fois, il devrait arriver au pays en décembre. Les délais se rétrécissent mais, comme d’habitude, le Brésil ne figure pas dans la liste des premiers pays fournis en iPhone 5. De quoi froisser les fans, d’autant plus que le pays est un marché en pleine expansion, doté de 83 millions d’internautes. Il reste néanmoins négligé par la marque à la pomme qui privilégie les États Unis, l’Europe et l’Asie, même si cette stratégie n’est pas officiellement reconnue. Contacté par RFI, Apple Brésil n’a pas souhaité faire de commentaires, une approche habituelle de son service de communication.

Les produits Apple brésiliens sont les plus chers au monde !

Actuellement, s’acheter un iPhone au Brésil peut donc s’avérer un véritable parcours du combattant - il n’y a pas d’Apple Store dans le pays et la vente a lieu dans les magasins partenaires. L’achat en ligne n’est pas non plus sans risque : outre le délai de livraison après la commande, on se heurte à des taxes internes, voire le blocage du produit par les autorités brésiliennes. L’approvisionnement en pièces ne satisfait pas non plus la demande et remplacer quoi que ce soit sur son téléphone peut donc s’avérer long, et agacer plus d’un Apple-maniaque ! A tout cela, s’ajoute forcément le prix. Selon un reportage publié dans le quotidien Folha de S. Paulo, les produits Apple au Brésil sont les plus chers au monde ! A titre d’exemple, en France un iPhone 5 peut être acheté à environ 850 €, tandis qu’au Brésil, les fans parient sur un prix d’au moins 3000 R$ – environ 1200 €.

Steve Jobs aurait refusé d’ouvrir un Apple Store à Rio

Les difficultés s’expliqueraient aussi par les taxes imposées aux produits importés, dont ceux fabriqués par Apple. Outre les taxes douanières, les entreprises doivent s’acquitter d’au moins quatre impôts avant la mise en marché. Tout cela aurait découragé jusqu’à présent un engagement plus durable d’Apple dans le marché brésilien, comme démontre un épisode qui a eu lieu il y a deux ans. En 2010, la ville de Rio de Janeiro aurait proposé un espace pour l’ouverture du premier Apple Store du pays, une idée promptement refusée par Steve Jobs. Selon la presse brésilienne, qui a suivi l’affaire à l’époque, l’ancien patron d’Apple aurait répondu : « on ne réussit déjà pas à exporter nos produits à cause des taxes imposées par le Brésil. Ce n’est pas intéressant d’investir dans ce pays ! » Une citation qui n’a évidemment pas été confirmée par Apple, mais l’anecdote a longtemps servi d’exemple pour illustrer les difficultés des entrepreneurs.

Des produits Apple made in Brazil

Depuis, le gouvernement brésilien fait des efforts. En 2011, la présidente Dilma Rousseff a signé au Brésil un accord avec le président de la filiale d’Apple, Foxconn, Terry Gou. Il prévoyait l’ouverture d’une usine dans le pays pour fabriquer l’iPad et l’iPhone, ce qui a été fait. Pour cela, l’entreprise a bénéficié d’importantes subventions. L’un des objectifs serait, en plus de la création d’emplois, de baisser le prix des tablettes de 30% et bien sûr, de diminuer les importations. Déception pour les consommateurs : les premiers produits Apple made in Brazil sont arrivés au mois de juillet sans aucune réduction. Pire, une partie du lot aurait même été envoyée à l’étranger. Le gouvernement justifiant, qu’il ne peut pas obliger la marque à baisser ses prix, mais qu’il parie sur la concurrence.

La certification des produits, une longue procédure

Pour compliquer encore plus cette équation, avant toute mise en marché, les produits Apple doivent être certifiés par l’Anatel, l’agence brésilienne des télécommunications. L’entreprise doit donc envoyer à l’agence les pièces détachées de smartphones, clavier sans fils, batteries et d’autres appareils électroniques pour être analysées séparément. Elles sont ensuite envoyées en laboratoires certifiés pour subir une batterie de tests, une procédure qui dure environ un mois. Après quoi, les produits reçoivent un label qui autorise la vente. Toute la procédure est consultable en ligne par n’importe quel consommateur. « Un produit non homologué peut ne pas marcher. De plus, des portables non homologués peuvent même affecter les communications entre les tours de contrôle du trafic aérien » a expliqué le service de communication d’Anatel par email à RFI. « Cette transparence est positive », explique M. Masi, « mais rajoute un délai supplémentaire. » En attendant, lui et ses amis continuent de prendre l’avion.

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