Etats-Unis / Election présidentielle

A Chicago, sur les premiers pas de Barack Obama en politique

C'est à Chicago que la vocation de Barack Obama pour la vie publique est née.
C'est à Chicago que la vocation de Barack Obama pour la vie publique est née. Getty Images
Texte par : RFI Suivre
5 mn

La soirée électorale des démocrates aura lieu à Chicago, au palais des congrès McCormick Place, situé sur les bords du lac Michigan. Après avoir sillonné à un rythme effréné l’ensemble des Etats-Unis, Barack Obama est revenu en ce jour de vote dans son fief. C’est en effet à Chicago qu’il a fait ses premiers pas en politique.

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De notre envoyée spéciale à Chicago, Stefanie Schüler

En ce lundi après-midi, l’immense salle du McCormick Place ressemble à un gigantesque chantier. Des grues installent projecteurs et écrans géants, des porte-palettes se faufilent entre des tas de fer et de bois encore empilés, et une armée de travailleurs s’affairent autour des tribunes en cour de construction.

Au milieu de la salle, William assemble fièrement des planches sur lesquelles Barack Obama posera ses pieds, d’ici quelques heures. « On est des charpentiers et on est en train de construire la scène pour le président, se réjouit-il. J’ai vécu dans le même quartier que lui, il y a 20 ans. Et quand il nous avait dit qu’il serait le premier président noir des Etats-Unis, tout le monde s’était moqué de lui. On pensait qu’il était fou ! Et cette nuit, il va encore gagner ! »

Le palais des congrès McCormick Place accueillera pour cette soirée électorale des démocrates 2 500 journalistes venus du monde entier pour couvrir l'évènement et quelque 10 000 partisans. C’est bien moins qu’il y a quatre ans, quand 240 000 personnes avaient ovationné l’élection historique de Barack Obama dans l’immense jardin public du Grant Parc.

Altgeld Gardens, terrain des premiers combats d’Obama

A quelques kilomètres de là, à Altgeld Gardens, dans l’extrême sud de Chicago, les habitants se préparent aussi aux résultats. Altgeld Gardens est un quartier de logements sociaux encerclé par des autoroutes, des dépotoirs et d’anciens sites industriels toxiques.

Dans l’une des petites maisons en brique se trouve l'association People for Community Recovery. « J’ai rencontré Barack Obama parce qu’il a travaillé pendant des années avec ma mère. On s’est souvent croisés chez elle, et j’ai aussi assisté à plusieurs réunions en sa présence, raconte sa responsable, Cheryl Johnson. Il était déjà très intelligent et éloquent, tout comme aujourd’hui. Il était très sensible aux problèmes que nous avions à l’époque. Ma mère disait toujours qu’elle l’admirait beaucoup ».

C’était au milieu des années 80. Barack Obama n’avait que 23 ans et sortait tout juste de l’université de Colombia. Aux côtés de la mère de Cheryl, Barack Obama s’est battu. Pour le désamiantage des maisons. Pour la construction d’une bibliothèque. Pour l’amélioration des infrastructures.

Dans la laverie d’Altgeld Gardens, James Conran se souvient de cette époque : « J’ai croisé Barack Obama quand il était venu ici en tant que travailleur social. A l’époque je ne savais bien évidemment pas qui il était. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’il était devenu le président ». « C’était un gars normal. Pas ce genre d’homme politique qui essaye de vous vendre un truc, mais quelqu’un qui vous montre ce qu’il sait faire. Quelqu’un d’honnête qui nous montrait l’exemple », se remémore James Conran.

La méthode du jeune Obama : mobiliser le voisinage. « Il n’a pas tout simplement pris les choses en main, non ! Il a montré aux habitants du quartier comment eux devaient prendre les choses en main pour que la situation change dans notre communauté ! », explique Cheryl Johnson.

Un taux de chômage à 42%

Pendant sa campagne présidentielle en 2008, Barack Obama a souvent parlé d'Altgeld Gardens, affirmant qu'il y avait reçu le meilleur enseignement de sa vie. « Il s'est rendu compte que les obstacles que les habitants du quartier devaient franchir pour avoir une meilleur qualité de vie étaient trop nombreux. Je pense que ça a beaucoup pesé dans sa décision de retourner à la fac de droit. Il s'est dit : ce sont les lois, les politiques qui doivent changer », affirme encore Cheryl Johnson.

Aujourd'hui, le taux de chômage à Altgeld Gardens est de 42%. Plus de six habitants sur dix vivent sous le seuil de pauvreté. Le quartier est miné par la violence. Certains voisins estiment avoir été délaissés par leur ancien sauveur, Obama. Un discours que Sonia Jones ne veut pas entendre. « Le président n’est pas responsable de tout ! Chacun peut faire des choses pour que le quartier s’améliore, tempête-t-elle. Eduquez vos enfants ! Eduquez les enfants des autres ! On doit apprendre de parler aux gens avec respect pour qu’on reçoive du respect en retour ! Une fois qu’on a appris ça, on a fait un pas en avant ! »

Dans ce quartier, les habitants voteront une fois encore pour Barack Obama. Leurs attentes sont cette fois-ci plus réalistes.

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