Etats-Unis

L'horizon du « mur budgétaire » pour la dernière session du Congrès américain

Le président américain Barack Obama au Congrès à Washington, en janvier 2012.
Le président américain Barack Obama au Congrès à Washington, en janvier 2012. Reuters / Kevin Lamarque
Texte par : Raphaël Reynes
6 mn

Aux Etats-Unis, le Congrès se réunit à partir de ce mardi 13 novembre pour une dernière session avant l’arrivée des nouveaux élus. C’est ce que les Américains appellent la lame duck session. Les négociations avec la Maison Blanche autour du « mur budgétaire », brusque cure d'austérité annoncée pour janvier, devraient dominer cette session.

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De notre correspondant,

Littéralement, la session « canard boiteux » débute ce 13 novembre. Pas très reluisant à première vue. En fait, un tiers du Sénat et la totalité de la Chambre des représentants ont été renouvelés lors de l’élection du 6 novembre, mais l’actuel Congrès, le 112e de l’Histoire des Etats-Unis, va continuer de siéger jusqu’à la fin de l’année. La nouvelle législature ne prendra ses fonctions qu’au mois de janvier. C’est cette session parlementaire, qui dure de début novembre à fin décembre, que l’on appelle « boiteuse » aux Etats-Unis.

Une période d’attente pas si calme

Bien souvent, les grands dossiers sont renvoyés à la législature suivante, sauf quand le président perd sa majorité lors des élections de mi-mandat. Il arrive alors qu’il fasse passer certains textes de loi en urgence avant que l’opposition ne prenne la main. En 2010, Barack Obama avait ainsi poussé l’abrogation de la loi sur l’homosexualité au sein de l’armée. Mais cette année, c’est un peu différent.

D’abord parce que le président réélu se retrouve exactement dans la situation où il était avant l’élection. La Chambre des représentants est toujours entre les mains des républicains. Le Sénat est toujours dirigé par les démocrates. Et puis, il y a ce fameux « mur budgétaire » qui approche. Si le Congrès ne parvient pas à un accord avant la fin de l’année, les réductions d’impôts décidées sous George W. Bush expireront et un certain nombre de coupes budgétaires seront mises en action. Les deux partis s’accordent à dire que cette « falaise fiscale », comme l’appellent les Américains, mettra en péril l’économie du pays et ferait monter le chômage à plus de 9% avant la fin de l’année.

Désaccords entre démocrates et républicains

Ces deux dernières années, les deux camps se sont retrouvés à plusieurs reprises pour discuter de ce « mur budgétaire » sans jamais parvenir à s’entendre. Côté démocrate, on prône la suppression des réductions d’impôts pour les plus riches. Côté républicain, on préfère envisager d’importantes coupes budgétaires. Mais le temps presse, et Barack Obama a annoncé vendredi qu’il était prêt à discuter avec ses adversaires. « Le peuple américain a voté pour voir des actions, a clamé le président américain, pas de la politique politicienne habituelle. Vous nous avez élus pour nous pencher sur vos emplois, pas sur les nôtres. C’est dans cet esprit que j’ai invité les dirigeants des deux partis à la Maison Blanche, la semaine prochaine pour que nous puissions commencer à chercher un compromis ».

La réponse des républicains est arrivée très vite. « Je propose que nous évitions ensemble le "mur budgétaire" en faisant en sorte que 2013 soit enfin l’année où notre gouvernement s’atèle aux problèmes graves qui sont les nôtres, a répondu à Barack Obama Joe Boehner, président de la Chambre des représentants. Cela ramènera des emplois aux Etats-Unis et aidera à bâtir une économie plus forte et plus saine. Et une économie plus forte et plus saine, ça veut dire plus d’Américains au travail et plus de revenus, ce que souhaite le président. C’est l’occasion pour le président de montrer la voie. »

Les bonnes résolutions sont affichées. Sauf que ça s’annonce tout de suite plus compliqué. Dans le même discours, voilà ce qu’ajoute Joe Boehner à propos des allocations de retraite et Medicare, l’assurance maladie pour les plus âgés. « Ce n’est pas comme si les retraites et Medicare étaient financées, a-t-il déclaré. Il va falloir s’en occuper. Donc tout, tout ce qui est du côté des revenus et des dépenses doit être étudié. »

Ainsi, Joe Boehner prévient que les démocrates devront accepter de tailler dans les dépenses. Barack Obama, lui, rappelle que les républicains devront aussi accepter d’augmenter les recettes de l’Etat. Un sondage sortie des urnes, au moment de l’élection, montre que les électeurs américains y sont favorables, rappelle le président.
« Je refuse d’envisager toute approche qui ne serait pas équilibrée, a dit Barack Obama. Et mardi soir, une majorité d’Américains s’est montrée d’accord avec moi ».

Les deux camps obligés de s’entendre ?

A priori, il serait dans l’intérêt des démocrates comme des républicains de trouver un compromis pour éviter que les impôts n’augmentent brusquement au début de l’année ; à moins que de savants calculs politiques ne parviennent à convaincre les dirigeants des deux partis qu’ils ont intérêt à bloquer, une fois de plus, les discussions. Pour Olivier Richomme, maître de conférences à l’université de Lyon, les Etats-Unis vont peut-être bien aller dans le mur! « Je pense, dit-il, qu’il n’y aura pas d’accord. Car les élus qui sont en place en ce moment sont moins légitimes. De toute façon, c’est toujours plus ou moins difficile de passer quelque chose dans la « lame duck session ». Le plus logique, en fait, serait que les Etats-Unis se lancent de la falaise pour rebondir de plus belle juste après. »

Barack Obama recevra les patrons des deux partis vendredi 16 novembre. Avant cela, il se sera entretenu avec les dirigeants des syndicats et du patronat américain.

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