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A la Une : libération de Florence Cassez, ce qu’en pense la presse mexicaine

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« Florence Cassez est libre », « Le faux montage de son arrestation a finalement permis la libération de la Française », ou encore, « Enfin les retrouvailles », au-dessus d'une photo de Florence et de son père Bernard, tous les deux vêtus de gilets pare-balles, à la sortie de la prison de Tepepan, tels sont les titres des journaux mexicains aujourd'hui. Le journal El Occidental souhaite même en français un « Bon voyage » à l'ex-détenue. 

Une libération qui ne fait pas l’unanimité
 
Mais cette libération est loin de faire l'unanimité au Mexique. Si l'ensemble de la presse mexicaine s'accorde à dire qu'il fallait en effet qu'un nouveau procès s'ouvre pour Florence Cassez, sa libération et son départ immédiat pour la France suscitent de nombreuses critiques.

Ainsi El Excelsior titre : « Cassez est libre, mais est-elle innocente ? » « Le Mexique avait beaucoup à gagner à libérer Florence Cassez », estime l'éditorialiste. « Il est clair que le nouveau président mexicain Enrique Peña Nieto n'avait pas envie de commencer son mandat sur fond d'une brouille diplomatique avec la France. Donc pour Peña Nieto, la meilleure manière de prouver que sous son mandat, la justice mexicaine fonctionnera, était de laisser Florence repartir en France où les droits pour le livre et le film, qui retraceront sa mésaventure, sont déjà vendus ». Et El Excelsior de conclure : « Cette décision de la Cour est donc ce qu'on peut appeler ' politiquement correcte '. Mais elle ne l'est pas sur le plan juridique, loin de là. Car la question centrale reste en suspens : Florence Cassez est-elle innocente ou coupable ? »

Justement, la décision de la Cour suprême, est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle pour le fonctionnement de la justice au Mexique ? Cette question non plus ne fait pas l'unanimité dans la presse mexicaine aujourd'hui. El Universal se félicite de la libération de Florence Cassez. Le quotidien estime que la décision de la Cour suprême représente un excellent espoir pour les Mexicains qui, tous les jours, sont victimes de tromperies et de maltraitances de la part des autorités.

A l'inverse, El Informador critique le « deux poids deux mesures » qui découle de l'affaire Cassez : « Nombreux sont ceux qui saluent aujourd'hui la décision de la Cour suprême », constate le journal. « Ils estiment que le fait que la Cour ait reconnu que la Française n'a pas eu droit à un procès équitable et que la présomption d'innocence n'a pas été respectée, constitue une formidable nouvelle pour tous les Mexicains. Ils espèrent qu'à partir de maintenant, la Cour suprême nous protégera des abus des autorités et de la police, de tous ces juges et magistrats qui décident de la vie d'accusés sans appliquer ces règles de base. Mais ils se trompent », s'exclame El Informador. « Si la justice rendue à Cassez s'appliquait à tous les Perez, les Gomez, les Hernandes et les Gonzales qui croupissent dans les prisons mexicaines sans même avoir été jugés, on réglerait d'un coup le problème de la dramatique surpopulation carcérale. Mais il n'en sera rien ! Des centaines de milliers de Mexicains sont détenus sans qu'ils aient droit à un procès équitable. Pour eux, la décision concernant Florence Cassez ne changera rien, car ils ne bénéficient ni d'appuis politiques ni d'appuis diplomatiques ».

Pour les victimes, la libération de Cassez ouvre la porte à l’impunité
 
Puis, il y a évidemment les victimes d'enlèvements qui font entendre leurs voix. A l'instar d'Ezequiel Elizalde, qui a été l'une des victimes de l'enlèvement pour lequel Florence Cassez avait été condamnée à soixante ans de prison. Dans les colonnes du journal La Prensa, il laisse éclater sa colère : « La décision de la Cour suprême de libérer la Française est une saloperie ! Vous rendez-vous compte ? Elle ouvre la porte aux criminels et à l'impunité la plus totale dans notre pays ! ».

Pour le président de la Commission de justice du Sénat mexicain, ce mercredi « était un jour triste. Mademoiselle Cassez est repartie chez elle. Elle laisse derrière elle les victimes qui n'auront pas la satisfaction un jour que justice leur soit rendue », a expliqué Roberto Gil au quotidien Expresso.

La classe politique mexicaine divisée

Expresso souligne par ailleurs que la classe politique mexicaine est, elle aussi, partagée concernant la libération de Florence Cassez. Ainsi, le dirigeant du parti gouvernemental à l'Assemblée mexicaine, Manlio Fabio Beltrones, a salué la décision de la Cour suprême avant de regretter que l'attitude de la justice ces sept dernières années ait provoqué une crise bilatérale entre le Mexique et la France. De son côté, le sénateur Javier Lozano, membre du PAN, le parti de l'ancien président Felipe Calderon, qualifie la libération de Florence Cassez de « véritable honte » avant de conclure : « Il ne manquerait plus qu'on lui fasse une haie d'honneur à sa sortie de prison ».

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