Argentine

Margaret Thatcher, «dame de feu et de sang» pour les Argentins

Margaret Thatcher lors d'une visite surprise aux îles Malouines en janvier 1983.
Margaret Thatcher lors d'une visite surprise aux îles Malouines en janvier 1983.
Texte par : Jean-Louis Buchet
4 mn

S’il est un pays, en dehors de la Grande-Bretagne, qui a été marqué par Margaret Thatcher, c’est sans doute l’Argentine, en raison de la guerre des Malouines. Après la tentative de reconquête de ces îles situées au large de l’Atlantique Sud par la junte militaire de l'époque, la « dame de fer » réagit de manière intraitable et engage le Royaume-Uni dans un conflit qui fera 907 victimes.

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Pour les Argentins, la « dame de fer » a aussi été la dame du feu et du sang.

« Dame de fer », bien sûr, pour son refus d’ouvrir des négociations sur la souveraineté des îles Malouines, contre l’avis d’une partie de son gouvernement - un fait avéré depuis la déclassification des archives britanniques de l’époque.

« Dame de feu », parce que c’est elle qui décide, face à des militaires eux-mêmes réservés, de mettre sur pied une armada pour reconquérir les îles. Une reconquête qui n’a été possible qu’au prix de violents combats, en mer et dans les airs d’abord, sur terre ensuite.

Les 323 marins du « General Belgrano »

« Dame de sang » surtout, en raison de sa décision solitaire de torpiller le cuirassé « General Belgrano », coulé par un sous-marin nucléaire alors que les hostilités n’étaient pas encore déclarées. Le navire se trouvait au large des côtes argentines et ne représentait alors aucune menace pour la flotte britannique. En tout, 323 marins ont perdu la vie à cette occasion et la guerre devint inévitable.

C’est tout cela que les médias argentins ont rappelé ce lundi, quand a été connue la mort de Margaret Thatcher. Les sites internet des grands journaux ont immédiatement mis la nouvelle à la Une, avec des références à la guerre des Malouines. Les chaînes câblées d’information continue, très nombreuses en Argentine, ont ouvert leurs journaux sur le sujet, avec les mêmes rappels sur le conflit.

Réactions officielles ou politiques

Il n’y a eu aucune réaction officielle pour le moment. L’Argentine revendique toujours la souveraineté des Malouines et demande à la Grande-Bretagne - conformément aux résolutions de l’ONU - d’ouvrir des négociations sur le sujet. En revanche, la classe politique s’accorde pour dire que la décision du gouvernement militaire de l’époque de tenter de reconquérir les îles par la force a été une erreur. On sait maintenant que le gouvernement argentin voulait obliger les Britanniques à négocier et qu’il ne s’attendait pas à la réaction de Thatcher. Aujourd’hui, on comprend que c’est leur irresponsabilité qui a conduit à la guerre.

Reste cette affaire du « General Belgrano », qui a provoqué la moitié des pertes militaires argentines durant ce conflit. Et c’est pourquoi les associations d’anciens combattants ont réagi en regrettant que Margaret Thatcher n’ait pas été jugée pour ce qu’ils considèrent être un crime.

La rue indifférente

La mort de la « dame de fer » n’est pas la préoccupation première des Argentins : l’inflation ou les conséquences des inondations qui ont fait des dizaines de morts la semaine dernière à Buenos Aires et dans la ville de La Plata, occupent les esprits. Près de la moitié des Argentins n’étaient pas nés ou étaient de très jeunes enfants en 1982. Pour eux, la guerre des Malouines et Margaret Thatcher appartiennent aux livres d’histoire.

Quant aux autres, ceux qui ont vécu le conflit, ils n’oublient pas les 323 marins du « General Belgrano » morts dans les eaux glacées de l’Atlantique Sud, mais ils souhaitent désormais tourner la page.

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