VENEZUELA

Présidentielle au Venezuela: un pays entre émotion et polarisation

Nicolas Maduro brandit un portrait d'Hugo Chavez lors d'un meeting le 9 avril 2013.
Nicolas Maduro brandit un portrait d'Hugo Chavez lors d'un meeting le 9 avril 2013. Acosta / AFP

Dimanche 14 avril 2013, les Vénézuéliens doivent élire un nouveau président qui succédera à Hugo Chavez, mort le 5 mars dernier. La campagne électorale officielle s’est terminée ce jeudi avec les derniers meetings des deux principaux candidats, Nicolas Maduro et Enrique Capriles. A deux jours du scrutin, la tension entre les deux camps est palpable.

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La campagne officielle pour cette élection présidentielle n’a duré que dix jours. Dix jours pendant lesquels Nicolas Maduro, dauphin désigné par Hugo Chavez avant sa mort, le 5 mars dernier, et Henrique Capriles, candidat d’une vaste coalition de l’opposition, n’ont cessé de se lancer dans des attaques verbales d’une rare violence.

Nicolas Maduro a accusé l’opposition d’avoir fomenté un attentat contre lui et des actes de sabotage dans les installations énergétiques afin de déstabiliser le pays avant l’élection présidentielle. Henrique Capriles a traité Nicolas Maduro - entre autres - de « menteur » pour avoir occulté la vérité sur l’état de santé de Hugo Chavez.

Henrique Capriles lors d'un meeting, le 11 avril 2013.
Henrique Capriles lors d'un meeting, le 11 avril 2013. Rawlins / Reuters

Ce que les Vénézuéliens n’ont en revanche pas entendu durant cette campagne, c’est une confrontation d’idées politiques. Il y a bien eu quelques thèmes qui ont émergé ici et là, dans un flot de tirades de haine que se sont envoyées les deux candidats. Par exemple, le problème de l’insécurité, l’augmentation du salaire minimum ou encore l’inflation galopante. Mais dans l’ensemble, aucune proposition concrète n’a été mise sur la table.

« Capriles tente de susciter des émotions liées au rêve »

Au lieu de programmes politiques précis, les deux candidats ont chacun joué la carte de l’émotion. « Nicolas Maduro a tenté de surfer sur la vague de l’émotion suscitée par la mort de Hugo Chavez », explique Mariana Bacalao, spécialiste de la communication politique au Venezuela. 

Dernier meeting du dauphin de Chavez

« Pour remporter le scrutin, Maduro a fait appel au sentiment de gratitude que l’électorat chaviste ressent vis-à-vis du président défunt. Henrique Capriles, lui, tente de susciter des émotions liées au rêve que représente sa candidature : il offre aux électeurs de l’opposition l’occasion d’espérer un avenir meilleur dans un contexte qui est très difficile pour eux. »

Nicolas Maduro multiplie les références au Comandante. Un site internet (lien en espagnol) s'amuse même à comptabiliser le nombre de fois où Maduro prononce les mots « Chavez » ou « Comandante ».

Dernier meeting de campagne de Nicolas Maduro, le 11 avril 2013.
Dernier meeting de campagne de Nicolas Maduro, le 11 avril 2013. Bravo / Reuters

« Faire perdurer l’héritage du Comandante »

Dans ce climat très chargé en émotion, et malgré l'absence totale de débat d'idées durant la campagne, les Vénézuéliens savent qu’ils ne choisiront pas seulement entre deux candidats mais entre deux visions idéologiques de ce qui devrait être le Venezuela de demain.

William Martinez vit dans un des quartiers défavorisés de Caracas. A 63 ans, il a appris à lire et à écrire grâce aux missions sociales instaurées par Hugo Chavez, dont il reste un fervent admirateur. Ce dimanche, il va voter pour Nicolas Maduro.

« Pour les gouvernements du passé, nous étions des bons à rien », se souvient William Martinez. « Personne ne nous prêtait attention et on nous traitait comme des citoyens de deuxième ou troisième classe. La révolution bolivarienne nous a donné une voix. Cette alternative politique que nous avons reçue en héritage de notre "Comandante", nous devons savoir la faire perdurer ».

Nicolas Maduro, le 9 avril 2013.
Nicolas Maduro, le 9 avril 2013. Rawlins

Société polarisée

De leur côté, les opposants du régime chaviste voient en la mort de Hugo Chavez justement l'occasion de changer la politique vénézuélienne. « Je vote pour Henrique Capriles parce que je crois en la démocratie », explique Ricardo Raojal, étudiant à Caracas.

« Ce n’est pas bon qu’un même gouvernement reste 14 ans au pouvoir. Certes, le gouvernement chaviste a réalisé de bonnes choses mais il a surtout fait beaucoup de mal. C’est un gouvernement qui a de la rancœur contre certaines classes sociales. Et pour moi, c’est inacceptable. J’estime que nous sommes tous des Vénézuéliens, nous sommes un seul pays ! C’est pour ça que je crois vraiment que Capriles peut gagner. »

Avec la mort d'Hugo Chavez, la polarisation de la société vénézuélienne n'a pas disparu pour autant. Désormais, elle ne concerne plus seulement la vie publique mais également la sphère privée. « C’est le président Chavez lui-même qui a fabriqué cette polarisation », souligne Nydia Ruiz, anthropologue et chercheur au centre d’études du développement de l’université centrale du Venezuela.

L'enjeu de l'abstention

« Hugo Chavez a voulu construire deux pays séparés, explique la chercheuse. Son pays devrait être le pays socialiste, antagoniste et même ennemi de l’autre pays. Cette division entre les Vénézuéliens a donc été provoquée par le pouvoir. Aujourd’hui, beaucoup de gens, des frères, de vieux amis, ne se parlent plus. Il faut que ça finisse ! Je crois que la popularité de Capriles en ce moment est due en partie au fait que les Vénézuéliens en ont marre de cette polarisation, de cette division tellement profonde. »

Si Henrique Capriles jouit en effet d'une grande popularité au Venezuela il n'est pas pour autant le favori de cette élection présidentielle. Tous les sondages donnent Nicolas Maduro largement en tête, avec au moins dix points d'avance sur le candidat de l'opposition.

Néanmoins, les partisans d'Henrique Capriles ne baissent pas les bras. Ils comptent sur le fait qu'une partie des anciens électeurs d'Hugo Chavez ne pourraient pas voter pour Nicolas Maduro, jugé par beaucoup comme pas assez charismatique pour remplacer le père fondateur de la révolution bolivarienne. Le vrai enjeu de ce scrutin pourrait donc bien être le taux de l'abstention dimanche prochain.

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