ETATS-UNIS

Attentat à Boston: piste islamiste ou d’extrême droite?

Un couple marche dans Boylston Street, à Boston, dans la soirée du 15 avril.
Un couple marche dans Boylston Street, à Boston, dans la soirée du 15 avril. REUTERS/Shannon Stapleton
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Le bilan, encore provisoire, de l'attentat perpétré à Boston lundi 15 avril est de trois morts et de plus de 170 blessés. Barack Obama a aussitôt promis «toute la force de la justice» contre les auteurs du carnage. L’enquête pour les identifier en est encore à ses premiers pas. Vincent Michelot, politologue spécialiste des Etats-Unis, fait le point sur les pistes possibles et sur les incidences prévisibles sur la politique américaine.

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RFI : les Etats-Unis vivent quotidiennement sous la menace d’attaques. Est-ce que ces explosions vous ont surpris ?

Vincent Michelot : Pas véritablement, dans la mesure où les Américains vivent constamment sous la menace d’une attaque. Et puis, ces derniers mois, on a vu que les règles en matière de transports aériens ont été facilitées. On ne peut pas dire que les Américains, particulièrement dans les villes, vivent en permanence avec la menace terroriste à l’esprit.

Elle est plus réelle dans les transports aériens. Mais pour celui qui fait un marathon, ou celui qui va faire ses courses, ou celui qui va à un match de baseball, la réalité du terrorisme est beaucoup plus distante.

Le FBI a été chargé de mener les investigations. Les enquêteurs se montrent très prudents pour le moment. Pourquoi une telle prudence selon vous ?

Tout simplement parce qu’il est impossible, à l’heure actuelle, de déterminer s’il s’agit d’une organisation interne, américaine, d’extrémistes antiétatiques, ou s’il s’agit d’une organisation terroriste extérieure, qui soit affiliée ou non au mouvement al-Qaïda.

Et il n’y a aucun élément, si ce n’est des indices physiques et des indices symboliques, comme la date, le choix du marathon de Boston, plutôt que de telle ou telle autre manifestation. Seuls ces indices nous permettent de pencher dans un sens ou dans un autre.

Concernant l’éventualité d’un acte venant de l’intérieur, quel mouvement aurait, selon vous, les capacités d’agir de la sorte ? Et pour quelles raisons ?

On note d’une part qu’il y a une certaine sophistication dans cet attentat, et puis, en même temps, un caractère très artisanal : tous les observateurs et des spécialistes du terrorisme l’ont noté. S’il s’était agi de faire un nombre considérable de victimes, on n’aurait pas employé ces explosifs assez peu puissants. Avec une même quantité d’un explosif beaucoup plus puissant, on aurait pu faire, non pas quelques morts et plusieurs dizaines de victimes ou de blessés, mais plutôt on serait dans les dizaines de morts et des centaines, voire des milliers, de blessés…

Le fait que ces explosions aient eu lieu le jour du « Patriot’s Day », qui commémore les premières batailles de la guerre d’Indépendance, peut avoir un lien, selon vous ?

Oui, bien sûr. Il y a la date symbolique du « Patriot’s Day » qui rappelle les premiers combats de la guerre d’Indépendance de 1775. Il y a également le fait que, le 15 avril, c’est la date limite pour la déclaration des impôts fédéraux. Et donc, là encore, on insiste sur cet Etat fédéral, soi-disant opprimant pour ces milices libertariennes.

Et puis il y a le marathon de Boston, qui est un grand moment de l’Amérique progressiste, puisque ça a toujours été une célébration de la tolérance, de la diversité, de l’intercommunauté. C’est une cible très fortement chargée en symbolique, pour des mouvements qui se refusent à concevoir que l’Amérique est aujourd’hui différente de ce qu’elle était il y a 200 ou 300 ans.

Les médias spéculent également sur la piste extérieure. On pense à al-Qaïda. Cela vous paraît-il crédible ? Les talibans pakistanais ont, eux, démenti toute implication dans ces explosions...

Il est beaucoup trop tôt pour évoquer l’une ou l’autre de ces deux pistes. Il y a plus d’indications qui tendent à faire penser qu’il pourrait s’agir d’une attaque venue de l’intérieur. Mais pour autant, aucun élément ne dément la possibilité d’une attaque venue de l’extérieur. On est dans la supputation. Il faut attendre que le FBI obtienne des indices supplémentaires qui feraient pencher la balance dans un sens ou dans un autre.

Le fait qu’il n’y ait pas eu de revendication immédiate peut-il renseigner sur les auteurs ?

Non. Là encore, on ne peut pas savoir. Est-ce que le but était d’impressionner ? Est-ce que c’était simplement de marquer un moment symbolique, à un lieu symbolique ? On ne connaît pas les motivations. Tant qu’on n’aura pas de revendication ou d’identification des auteurs, on ne pourra pas se prononcer.

Barack Obama a pris la parole très tôt, après les explosions pour rassurer ses compatriotes. Quelles peuvent être les conséquences politiques pour le chef de la Maison Blanche ?

On est dans un moment d’unité nationale. Il l’a rappelé hier (lundi 15 avril, ndlr) lors de son discours. Il a quasiment repris une des phrases qui l’a rendu célèbre en politique, à savoir que, ce soir-là il n’y avait « pas de démocrates ou de républicains, mais des Américains. »

Et l’unité nationale profite toujours à celui qui l’exprime. Ici, le président des Etats-Unis. Pour autant, c’est une ligne très fragile, très difficile à tenir. Il ne peut pas exploiter ces attentats à des fins politiques ou partisanes. On pense notamment à la question du débat sur le port d’armes. D’un autre côté, il lui est difficile de ne pas être très présent sur un dossier qui met à la fois la crédibilité et la sécurité des Etats-Unis en jeu, à un moment où, dans un certain nombre de points du globe, les Etats-Unis sont en pleine guerre.

Pour finir, Vincent Michelot, pensez-vous que ce drame peut relancer une sorte de psychose de l’attentat aux Etats-Unis ?

Les Américains n’ont jamais vécus dans une psychose de l’attentat, sauf dans la période qui a suivi le 11 septembre, qui est un véritable choc. Mais on n’a pas eu de longues périodes, comme on a pu les avoir en France ou dans d’autres pays européens, pendant lesquelles on avait des vagues d’attentats. Aux Etats-Unis, le seul moment où on a une psychose de l’attentat, c’est après le 11 septembre. Même après les attentats d’Oklahoma City, pendant la présidence Clinton, il n’y en avait pas eu. Pourtant ces attentats ont fait un nombre de morts considérable.

Il faut ramener les choses à de justes proportions. Oui, les Etats-Unis ont été choqués et frappés sur leur territoire. Mais est-ce que la suite va déboucher sur une psychose ou finalement un retour à l’ordre naturel ? Attendons.
 

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