Brésil

Brésil: reprise du procès-fleuve du massacre de Carandiru

Le jour de l’ouverture du procès, le 8 avril 2013, les étudiants de la faculté de droit de Sao Paulo, ont plantés des croix représentants les 111 détenus tués.
Le jour de l’ouverture du procès, le 8 avril 2013, les étudiants de la faculté de droit de Sao Paulo, ont plantés des croix représentants les 111 détenus tués. Photo AFP / Nelson Almeida

Un procès très suivi a repris cette semaine au Brésil : celui de plusieurs dizaines de policiers militaires jugés pour leur participation à la répression sanglante d’une mutinerie dans une prison en 1992, où 111 prisonniers avaient été abattus de sang-froid.

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De notre correspondant à Rio de Janeiro,

L'intervention de la police à l'époque avait été suivi d’un véritable massacre à Carandiru, cette prison de Sao Paulo : 111 détenus avaient trouvé la mort. En avril dernier, 23 policiers avaient déjà été condamnés pour le meurtre de 15 détenus enfermés au premier étage de la prison. Abattus à bout portant, les mutins de la prison de Carandiru n’avaient eu aucune chance.

L'expert, chargé il y a 20 ans d'analyser les « scènes de crime », a été formel durant le procès : il n'y a pas eu d'affrontement entre policiers et détenus. Pour mettre fin à la mutinerie, les hommes de la police militaire ont abattu les prisonniers dans leur cellule. Près de 600 cartouches ont été tirées - sans que les policiers ne soient jamais mis en état de légitime défense.

Procès par étage

La justice brésilienne a décidé d’examiner le massacre en plusieurs fois, étage par étage. Cette fois-ci, 25 policiers sont jugés pour la mort de 73 détenus, enfermés au deuxième étage de la prison de Carandiru. Manqueront encore les troisième et quatrième étage qui doivent être jugés d'ici la fin de l'année.

Ce procès-fleuve a tardé. Jusqu’à cette année, seul le colonel en charge de l’assaut avait été jugé. Il avait été condamné, en 2001, à 632 ans de prison, pour usage excessif de la force, mais acquitté en appel. Finalement libéré en 2006, il avait été abattu quelques mois plus tard dans son appartement.

L'opinion publique se souvient

Toute la presse nationale se fait l’écho de cette repris, depuis la première audience lundi 29 juillet. Sur le site internet de la Globo, la chaîne de télévision la plus puissante du pays, on peut même suivre le déroulé des audiences minutes par minutes.

Vingt-et-un ans plus tard, tout le pays se souvient de l’assaut massif des policiers anti-émeutes dans la prison de Carandiru, et les images à l’époque ont marqué l’opinion. Devant les juges, les détenus survivant du massacre racontent comment ils ont dû ramasser les corps des mutins morts.

Contexte tendu à Sao Paulo

L’ONG de défence des droits de l’homme Human Rights Watch dénonce les exécutions extra judiciaires commises ces derniers mois par des policiers militaires de Sao Paulo. Dans au moins 22 cas, sur deux ans, HRW parle de morts suspectes où les témoignages crédibles font croire à des assassinats ciblés.

Certains observateurs penchent pour des règlements de compte entre policiers et trafiquants de drogue - dont malheureusement, d’après l’ONG, de nombreux innocents ont fait les frais.

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