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Etats-Unis / Economie

Detroit: la faillite contestée

Vue de Detroit, Michigan, Etats-Unis.
Vue de Detroit, Michigan, Etats-Unis. Mike Kline/Getty Images
5 mn

Berceau de l'industrie automobile américaine, la ville de Detroit s'est déclarée en faillite le 18 juillet 2013. Déclin industriel, dette accablante, exode de la population, mauvaise gestion financière ? Cette mise en faillite est le point d'orgue de soixante années de déclin.

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Detroit a contracté une dette absolument colossale : 18,5 milliards de dollars. Si elle n'est pas la première ville des Etats-Unis à se déclarer en faillite, elle est en revanche la plus importante.

Cela fait soixante ans que Detroit agonise lentement, sur fond de déclin industriel. « La ville n'est plus en mesure de générer suffisamment de revenus, explique Yan Cimon, professeur de stratégie à l'université de Laval à Québec. Elle voit sa population constamment diminuer et ses coûts d'entretien, notamment d'infrastructures, exploser. Donc c'est une ville qui a lentement décru, avec l'industrie automobile américaine. A mesure que les trois grands ont perdu des parts de marché, ils ont déménagé beaucoup d'usines notamment vers le sud des Etats-Unis donc ça a laissé Detroit sans base industrielle pour lui permettre de se renouveler ».

Les trois grands, ce sont les constructeurs Ford, Chrysler et General Motors. A mesure qu'ils ont délocalisé, la ville s'est dépeuplée passant de 2 millions d'habitants dans les années 60 à seulement 700 000 aujourd'hui. Elle a troqué son surnom d'autrefois, Motor city, pour Ghost city, la ville fantôme. « Aujourd'hui, l'équivalent de Manhattan est inhabité à Detroit. Pour une ville de cette taille, c'est énorme », conclut Yan Cimon.

Les affaires continuent

La faillite signifie avant tout que Detroit va pouvoir renégocier sa dette. C'est le fameux chapitre 9 du droit des faillites américain. Une fois la ville décrétée en faillite, elle suspend le remboursement de ses créances et des intérêts. Elle doit en parallèle soumettre un plan de restructuration de sa dette qui peut prévoir par exemple d'en allonger la durée, de réduire les taux d'intérêt ou encore d'en annuler un pourcentage de manière généralisée pour tous les créanciers.

Mais pour les habitants de Detroit, la faillite ne change rien. Dave Bing, le maire, insiste bien sur ce point : « Ce que les citoyens doivent comprendre c'est que la faillite ne changera rien pour eux. Nos employés seront toujours payés, nos services continueront de fonctionner. D'ici quelque temps, les choses s'amélioreront, surtout les services dont nos habitants ont besoin. Donc pendant que nous améliorons notre situation et essayons d'avoir plus de liquidités, nous devons penser à investir de nouveau dans la ville ».

Pour le gouverneur du Michigan, Rick Snyder, qui s'exprimait dans l'émission Face the Nation, la faillite représente même une opportunité pour la ville. Elle pourra assainir son économie, repartir sur des bases saines. « C'est une chance de stabiliser et de développer Detroit. La dette doit être réglée, mais ce qui est encore plus important c'est notre responsabilité envers les citoyens de Detroit. Nous avons défini des étapes pour améliorer les choses. Un nouveau chef de la police est déjà arrivé ainsi que de nouveaux véhicules. Il nous faut des programmes ciblés. Par exemple, la ville, l'Etat et l'Etat fédéral devraient ensemble obtenir 100 millions de dollars au cours de ce mois, pour remettre sur pied 78 000 infrastructures abandonnées depuis des années ».

La voix des retraités

Mais tous les habitants de la ville ne l'entendent pas de cette oreille, notamment les retraités qui protestent dans les rues de Detroit depuis l'annonce de la mise en faillite. Or, les retraités à Detroit sont légion : ils représentent deux habitants sur trois. Près de la moitié de la dette de la ville relève des fonds de pension et d'assurance médicale des employés et retraités de la ville.

Detroit ne dispose que de 2 milliards de dollars pour rembourser 12 milliards de dette « non garantie », dont les échéances sur les retraites. La procédure de faillite pourrait réduire fortement les obligations sur ces paiements et donc les pensions elles-mêmes. « Le gouverneur et l'expert qui gère la crise ont les mains libres pour privatiser n'importe quel service, écraser les retraites, mépriser nos contrats et piétiner nos droits », s'insurge Lee Saunders, le président de l'AFCME, le principal syndicat de la fonction publique américaine.

Les retraités ont d'ailleurs obtenu dès le 19 juillet d'une juge du Michigan qu'elle ordonne l'arrêt du processus. Elle estime que le chapitre 9 enfreint la Constitution de l'Etat. Reste à voir maintenant combien sa parole pèsera au tribunal fédéral des faillites, chargé du dossier.

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