Etats-Unis/Russie

Vladimir Poutine et Barack Obama, la mésentente à peine cordiale

Vladimir Poutine et Barack Obama, au Mexique, en 2012.
Vladimir Poutine et Barack Obama, au Mexique, en 2012. REUTERS/Jason Reed
Texte par : RFI Suivre
8 mn

Le tête-à-tête entre Barack Obama et Vladimir Poutine n'aura donc pas lieu le mois prochain. Les deux dirigeants devaient se voir en marge du sommet du G20 à Saint-Pétersbourg, début septembre, mais les relations entre la Russie et les Etats-Unis sont loin d'être au beau fixe. La Maison Blanche l'a laissé entendre en termes diplomatiques mercredi 7 août. Les deux géants sont en désaccord sur de nombreux dossiers, mais c'est bien l'affaire Snowden, et l'asile temporaire accordé par Moscou au jeune informaticien, qui semble avoir motivé la Maison Blanche à hausser le ton.

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Avec notre correspondant à Washington, Jean-Louis Pourtet

L’octroi de l’asile par la Russie à Edward Snowden aura été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis quelque temps, Vladimir Poutine multiplie les gestes inamicaux à l’égard des Etats-Unis. Dans une interview mardi soir, Barack Obama lui a d'ailleurs reproché de vivre avec la mentalité de l’ère de la Guerre froide.

Le Kremlin a choisi d’ignorer les multiples demandes de Washington d’expulser Snowden. Nombreux ont alors été ceux qui, au Congrès américain et dans les médias, ont demandé à Obama de snober Poutine, en refusant de le rencontrer avant le sommet du G20 de Saint-Pétersbourg, auquel, en revanche, il participera.

Deux personnalités qui ne s'apprécient guère

Jay Carney, le porte-parole de la Maison Blanche, a diplomatiquement expliqué que l’annulation du sommet de Moscou était due à l’absence de progrès dans les questions bilatérales telles que le contrôle des armements, le commerce et les droits de l’homme. Il a tout de même ajouté que la «décevante décision» de la Russie d’accorder l’asile à Edward Snowden avait aussi joué un rôle.

Mais la décision de Washington illustre le clash de deux fortes personnalités qui ne s’aiment guère. Elle montre aussi d’une certaine façon qu’avec les années, Barack Obama a mûri, et commence à se rendre compte que son désir de 2008 de tendre la main à tous les adversaires des Etats-Unis ne lui avait pas rapporté les dividendes qu’il espérait.

Des intérêts communs malgré tout

Toutefois, les deux pays conservent des intérêts communs. La coopération continue, notamment dans la lutte contre le terrorisme. C’est pourquoi, en dépit de cette annonce spectaculaire de l’annulation de la visite d’Obama à Moscou, les Etats-Unis ne rompent pas les ponts.

Pour preuve, les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des deux pays se réunissent ici à Washington, ce vendredi. Selon la porte-parole du département d’Etat, Jen Psaki, la Syrie, le nouveau traité de désarmement nucléaire START, l’Afghanistan et l’Iran sont inscrits à l’ordre du jour.

Cela n'aurait pas été constructif à ce moment précis. Mais il est important de maintenir un dialogue régulier avec la Russie concernant les thèmes sur lesquels nous sommes d'accord et ceux avec lesquels nous ne sommes pas d'accord.

Jen Psaki : «Les conditions n'étaient pas réunies pour pouvoir avancer sur les problématiques majeures dans le cadre d'une rencontre de président à président»»

Pour la presse russe, une période délicate s'ouvre entre les deux pays

Avec notre correspondante à Moscou, Anastasia Becchio

« Les Américains fuient les pourparlers sérieux. Leur décision aura inévitablement des conséquences politiques ». Voilà comme une source au sein du Kremlin, citée par Kommersant, analyse les choses, pronostiquant une période de gel dans les relations. La crise ne devrait pas se résoudre rapidement, c'est l'opinion des experts interrogés par le quotidien des affaires Vedomosti. Selon Maria Lipman, de l’Institut Carnegie à Moscou, les difficultés dans les relations entre les deux pays portent un caractère « stratégique et durable ». La politologue s’attend à une réponse virulente de la part du Kremlin, comme cela avait déjà été le cas après la loi Magnitski, qui a abouti à l’interdiction d’adopter des enfants russes par des familles américaines.

La Russie réagira de façon négative, car « elle préparait cette visite de longue date et y comptait beaucoup », renchérit le directeur du Conseil pour la politique extérieure et la défense, dans les pages de Kommersant. Pour Fedor Loukianov « les Etats-Unis ont politisé l’affaire Snowden, en en faisant une question de principe ».

L'affaire Snowden, un catalyseur

Les sujets de tension entre Moscou et Washington ne manquent pas : le bouclier antimissile, la sécurité globale, les droits de l’homme, la Syrie… autant de dossiers qui enveniment des relations, qui n’ont fait que se détériorer depuis le retour au Kremlin de Vladimir Poutine, il y a quinze mois. Et l'affaire Snowden est venue s'ajouter à tout cela, comme une sorte de catalyseur. Dans Nezavissimaya Gazeta, Serguei Rogov, le directeur de l’Institut du Canada et des Etats-Unis de l’Académie des sciences russes à Moscou, explique que si Snowden était parti, la situation aurait pu se calmer en dépit des autres problèmes. Mais Snowden est un « un facteur absolument incontrôlable ». « Les Chinois s’en sont rapidement débarrassés, explique l'expert, mais nous, nous n’avons pas su et n’avons pas voulu. Maintenant il est notre problème et un prétexte pour une crise dans les relations russo-américaines ». 


Pour François Durpaire, historien et spécialiste des Etats-Unis, la détérioration des relations entre ces deux pays est antérieure à l’affaire Snowden. Il analyse l'état de ces relations au micro de Jean-Baptiste Letondeur.

Ce n'est pas le contenu du désaccord qui compte, c'est plus la relation qui pose problème. Finalement une relation de post-guerre froide

François Durpaire

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