Etats-Unis

Quand le révérend Cordy Tindell Vivian raconte sa rencontre avec Martin Luther King

Martin Luther King.
Martin Luther King.

Le pasteur Cordy Tindell Vivian, 89 ans, préside la Southern Christian Leadership Conference, fondée par Martin Luther King. Cet ami et compagnon de lutte du révérend américain s’est vu décerner au début du mois la Médaille présidentielle de la liberté par Barack Obama, le plus grand honneur réservé aux civils aux Etats-Unis.

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RFI : Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec Martin Luther King ?

Cordy Tindell Vivian : Oui, c’était à l’université Fisk, à Nashville au Tennessee, lorsqu’il s’est vu remettre un diplôme honoris causa pour son œuvre dans la ville de Montgomery. C’était en 1957, l’année suivant la victoire du boycott des bus de Montgomery, et je faisais partie des rédacteurs du journal de l’église, et donc je suis allé l’interviewer.

Quelle a été votre première impression, avait-il déjà les qualités d’un futur grand leader ?

Bien sûr, aucun doute là-dessus. Quand vous échangiez avec lui, vous voyiez tout de suite que vous étiez en présence d’un homme doté d’un intellect hors du commun. Je l’ai vérifié lorsque j’ai rejoint son équipe. Régulièrement, alors que nous discutions d’un projet, Martin entrait dans la pièce et demandait à l’un des membres de l’équipe de direction de présenter l’action que nous préparions. Et alors que nous avions tous l’impression que notre projet était fin prêt et qu’il nous restait simplement à le mettre en œuvre, King intervenait, posait des questions, et nous amenait à repenser tout un tas d’aspects du projet. Il ne cherchait pas à faire le malin, mais il voulait partager, parce qu’il voyait des choses qui nous échappaient à nous, et grâce à lui nous procédions à des ajustements qui nous permettaient d’améliorer nos actions. C’est l’une des choses que j’appréciais le plus chez Martin.

Et paraissait-il déjà déterminé, disposé à accomplir d’importants sacrifices pour la cause qu’il défendait ?

Le simple fait de chercher à apporter la liberté aux Afro-Américains dans le Sud de la soit-disant démocratie américaine, vous exposait à être tué à n’importe quel moment ! La maison de King a été bombardée, et la bombe a failli emporter sa femme et son nourrisson. Mais cela ne l’a pas arrêté, ni lui ni son épouse d’ailleurs.

Lui arrivait-il de vous consulter lors de la rédaction de ses discours ? Etait-ce un travail personnel ou collectif ?

Personne n’avait les talents de King pour la rédaction de discours, et personne n’avait ses talents d’orateur. Par exemple : sa désormais célèbre lettre de la prison de Nashville. Il l’a rédigée sur du papier toilette ! Il n’avait pas de bibliothèque. Il avait tout dans la tête. C’est une lettre qui a été reproduite dans tous les livres d’histoire, dans tous les lycées et toutes les universités du pays. Et les citations de King ont encore du sens aujourd’hui. Je me souviens de la première fois où je l’ai entendu parler en public, c’était sur la non-violence. Il disait : « La violence ne génère rien d’autre que la violence. Elle ne résout rien, seule la non-violence peut anéantir la violence. » Martin Luther King a largement fait appel à l’action directe non-violente. Car c’est dans le feu de l’action que vous découvrez qui vous êtes. C’est dans l’action que vous pouvez trouver des solutions. Parler ne suffit pas, car c’est dans l’action que vous pouvez vraiment mesurer la profondeur de votre réflexion.

Martin Luther King a également dit qu’il rêvait qu’un jour les hommes soient jugés non en fonction de leur couleur mais en fonction de leur caractère, de leur personnalité. Diriez-vous que ce rêve est devenu réalité aux Etats-Unis aujourd’hui ?

Aux Etats-Unis, si vous étiez un Noir, les Blancs vous considéraient comme un arriéré, comme une personne stupide qui n’avait pas de valeur en tant qu’être humain. C’est ça le contexte, c’est pourquoi il espérait qu’un jour nous ne serions plus jugés en fonction de notre couleur, comme nous l’étions à l’époque, et comme nous le sommes partiellement encore aujourd’hui. Ce rêve, de plus en plus, est en train de devenir réalité, même s’il y a encore des gens qui ne partagent pas cet avis. La Southern Baptist Church, la plus importante organisation protestante aux Etats-Unis, qui était connue pour ses positions racistes, a commencé à changer de position trente ans après la mort de Martin Luther King !

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