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Chili

Chili: fermeture de la prison de luxe pour tortionnaires du régime de Pinochet

« Au revoir meurtriers, ni oubli, ni pardon », peut-on lire sur la pancarte brandie par ce militant, devant la prison de Cordillera, où étaient détenus les tortionnaires du régime d’Augusto Pinochet.
« Au revoir meurtriers, ni oubli, ni pardon », peut-on lire sur la pancarte brandie par ce militant, devant la prison de Cordillera, où étaient détenus les tortionnaires du régime d’Augusto Pinochet. REUTERS/Ivan Alvarado
Texte par : Claire Martin
4 mn

La prison de luxe pour les plus grands criminels de la dictature d’Augusto Pinochet, Penal Cordillera, à Santiago, vient d’être fermée sur décision du président chilien Sebastian Piñera. L’un des prisonniers a préféré se suicider avant son transfert, samedi matin.

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Le 11 septembre 2013, anniversaire des 40 ans du coup d’Etat lors duquel Augusto Pinochet a renversé la démocratie au Chili, Manuel Contreras, le plus grand criminel du pays après Pinochet, a donné des interviews télévisées. Alors qu’il purge une peine de plus de 360 ans de prison, il a expliqué alors qu’il ne se considère pas en prison et que le gardien est juste là «pour lui tenir sa canne».

Terrain de tennis et maisonettes individuelles

Le scandale a évidemment éclaté, d’autant que Manuel Contreras a raison. Le Penal Cordillera, créé il y a neuf ans pour les plus grands tortionnaires de la dictature dans une banlieue chic de Santiago, n’a rien d’une prison. Terrain de tennis, maisonnettes pour les détenus avec chauffage, petite cuisine, jardins, accès à internet, radios, télévisions... Ce à quoi il faut également ajouter le personnel, en nombre : une nutritionniste, un kiné, des médecins, un psychologue. Le Penal Cordillera est en somme « l’hôtel 5 étoiles », comme disent les Chiliens. C’est donc au nom du principe de l’égalité devant de la loi que le président chilien a décidé, jeudi 26 septembre, la fermeture de cette prison de luxe.

A (ré)écouter: Anniversaire du coup d'Etat de Pinochet

Les prisonniers qui y étaient détenus ont été transférés dans un hôtel 3 étoiles : l’autre prison pour tortionnaires de la dictature, le Punta Peuco, où sont déjà enfermés 44 détenus. Elle ressemble davantage à une prison. Son régime est aussi beaucoup plus strict et elle se situe à 50 kilomètres de Santiago. Ce transfert est donc ressenti comme un déshonneur. Certains ont d’ailleurs déposé plainte. Aucun des détenus n’estime avoir commis des crimes. Selon eux, ils n’ont fait que sauver la patrie du marxisme.

Un des détenus se suicide

Le transfert a eu lieu samedi dans la nuit. Mais il n’a concerné que neuf détenus, sur les dix initialement prévus. Le matin même, Odlanier Mena, l’un d’entre eux, a préféré se tirer une balle dans la tête. Il purgeait une peine de six ans de prison pour trois assassinats. A 87 ans, il a expliqué dans une lettre ne pas comprendre comment il pourrait recevoir les soins nécessaires à sa santé. Le Penal Cordillera se trouve en effet à côté de l’hôpital militaire.

Odlanier Mena bénéficiait d’une permission de sortie les week-ends et il avait chez lui 4 armes à feu, avec permis. Deux anomalies qui montrent combien ces prisonniers ne sont pas traités comme tel. Pendant longtemps, le pouvoir civil chilien avait peur du pouvoir militaire. C’est aussi parce que cette peur a disparu que le président chilien s’est permis de fermer la prison.

A (re)lire : Pinochet : l’Histoire le jugera

Un président de droite, qui plus est, dans un pays où la droite a soutenu et s’est formée sous Pinochet. La droite la plus dure, très pro Pinochet, minoritaire aujourd’hui, se sent d’ailleurs trahie. Pour elle, Sebastian Piñera est responsable de ce suicide. Ce qui choque aussi, c’est que les commandants en chef de l’armée de terre ont assisté aux obsèques. La «famille militaire», comme on l’appelle ici, protège toujours les tortionnaires.

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