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Littérature / Etats-Unis / Prix Femina

Richard Ford, lauréat du prix Femina étranger

L'écrivain Richard Ford, lauréat du prix Femina étranger 2013 pour «Canada».
L'écrivain Richard Ford, lauréat du prix Femina étranger 2013 pour «Canada». Editions de L'Olivier

Canada, le nouvel opus de l’Américain Richard Ford, a été couronné par le prix Femina pour le roman étranger. Superbement traduit de l’anglais, ce roman raconte la perte de l’innocence d’un adolescent des années 1960 grandissant au sein d’une nature majestueuse et d’hommes au passé trouble. Récit brutal et poignant dont l’action se situe entre le Montana aux Etats-Unis et le Saskatchewan au Canada.

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La littérature américaine a la cote auprès des dames du Femina dont le prix du meilleur roman étranger vient d’être attribué pour la troisième année successive à un romancier étatsunien. Après Julie Otsuka pour son roman Certaines n’avaient jamais vu la mer (Phébus) et Francisco Goldman en 2011 pour Dire son nom (Christian Bourgois), le prix vient d’être attribué à Richard Ford pour son opus Canada (L’Olivier), paru en traduction française cet automne. A la fois roman d’apprentissage et roman philosophique, ce livre raconte la quête du bonheur et du sens dans l’Amérique de la post-Seconde Guerre mondiale.

Sans fioriture ni pathos

Canada s’inscrit dans la grande fiction américaine du XXe siècle qui raconte à travers des destins individuels l’histoire de l’Amérique contemporaine. En cela, Ford est

La couverture du livre "Canada" de Richard Ford qui a reçu le prix Femina étranger 2013.
La couverture du livre "Canada" de Richard Ford qui a reçu le prix Femina étranger 2013. L'Olivier

le digne héritier des Faulkner et des Raymond Carver dont le romancier se réclame, même si l’homme doit aussi son style sans fioritures ni pathos, collant au plus près à la réalité, aux ateliers d’écriture universitaires par lesquels il est passé. Sa légèreté de ton, devenue une marque de fabrique de la prose de Richard Ford, est perceptible dès les premières lignes du roman : « D’abord, je vais raconter le hold-up que nos parents ont commis. Ensuite les meurtres, qui se sont produits plus tard. C’est le hold-up qui compte le plus, parce qu’il a eu pour effet d’infléchir le cours de nos vies à ma sœur et à moi. Rien ne serait tout à fait compréhensible si je ne le racontais pas d’abord… »

Légèreté ne signifie nullement absence de profondeur ou de complexité, comme en témoigne le récit épique de vie, de mort, de fuite et de retrouvailles que Ford met en scène dans son nouvel opus. Ses protagonistes Dell Parsons et sa sœur jumelle ont 15 ans lorsque leurs pauvres parents décident d’aller braquer une banque pour renflouer leurs finances familiales déclinantes.

Couple sans histoires, les Parsons finiront leurs jours en prison, alors que leurs enfants sont livrés à eux-mêmes et à des adultes sans scrupules qui feront d’eux leur souffre-douleur. Personnage central du récit, Dell est séparé de sa sœur. Fuyant l'assistance publique, il quitte le Montana et s’enfuit vers le Canada où il est pris en charge par un autre exilé mystérieux et manipulateur dénommé Arthur Remlinger. Celui-ci se révèlera rapidement sous son vrai jour. C’est dans la violence et les « diableries », que ce dernier va déchaîner, que se forge le destin du jeune Dell.

Dérive hallucinée

Revenant dans la dernière partie du livre sur la dérive hallucinée de sa jeunesse, le narrateur-personnage, qui a entre-temps réussi à s’arracher à la force brutale dont il a été trop longtemps otage, tente de comprendre la cohérence de sa vie. Et si la cohérence de toute vie était simplement l’absence de cohérence ? « […] La vie est une forme qu’on nous présente vide, le romancier fait dire à son personnage. Alors, si la signifiance des choses nous pèse, elle ne fait rien de plus. Le sens caché en est quasi absent. »

Tel est l’enseignement de ce beau roman qui frappe par sa puissance narrative et par la réflexion que son auteur conduit en filigrane sur les questions graves de la vie, du bonheur, de la solitude et de la survie. Canada est le septième ouvrage sous la plume de Ford, qui a reçu de nombreux prix dans son pays, notamment le prix Pulitzer en 1996 pour un précédent roman intitulé Indépendance.

Extrait (Canada)

« Ma mère disait que j'aurais tous les matins du monde pour y réfléchir au réveil, et qu'alors il n'y aurait personne pour me dire quoi penser. J'en ai eu des matins, en effet. Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-entend Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intégrer en un tout où le bien ait sa place, même si, avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie, comme disait ma sœur. On essaie, tous tant que nous sommes. On essaie.»


Canada, par Richard Ford. Traduit de l’anglais par Josée Kamoun. Editions de l’Olivier, 478 pages, 22,50 euros.

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