Argentine

Nouvelle vague de protestation de la police en Argentine

Policiers en grève au siège du gouvernorat de la province de Catamarca, le 6 décembre 2013.
Policiers en grève au siège du gouvernorat de la province de Catamarca, le 6 décembre 2013. REUTERS/Ariel Pacheco
Texte par : Jean-Louis Buchet
4 mn

En Argentine, le gouvernement doit faire face à des protestations de policiers dans deux provinces, un mois après une grève de la police qui s’était étendue à une grande partie du pays et qui avait été suivie de pillages et d’émeutes. Le pays risque-t-il de connaître des scènes de violence comparables à celles de décembre dernier, qui avaient fait 14 morts ?

Publicité

De notre correspondant à Buenos Aires,

Un déchaînement de violence semblable à celui de la fin de l’année est peu probable et d’abord, parce que cette fois-ci, le gouvernement a réagi vite. Dès que l’agitation policière a commencé à Córdoba, la province où les protestations avaient démarré en décembre, le pouvoir a envoyé sur place d’importantes forces de gendarmerie. Ensuite, parce que depuis le retour au calme, dans plusieurs provinces de nombreux gradés et agents ont été démis de leurs fonctions pour avoir incité à la grève – en principe interdite à la police – ou, plus grave, pour avoir participé aux violences.

Des officiers considérés comme sûrs ont été placés aux postes de commandement. Rappelons que le mouvement du mois dernier avait affecté les polices provinciales, mais non les forces de sécurité nationales, c’est-à-dire la police fédérale et la Gendarmerie, qui sont aujourd’hui sur le qui-vive.

Malaise dans la police

Cette nouvelle agitation est néanmoins le symptôme d’un malaise. À l’origine des protestations du mois dernier, il y avait des revendications salariales, et il est un fait que les policiers sont mal payés. Aujourd’hui, ceux qui relancent l’agitation dans les provinces de Córdoba et d’Entre Ríos affirment vouloir se mobiliser pour le respect des accords salariaux signés après la grève.

Mais la situation est beaucoup plus complexe que cela. À Córdoba, Entre Ríos et d’autres provinces, la justice a inculpé et détenu des dizaines de policiers pour leur participation à la grève et dans certains cas aux pillages qui ont accompagné le mouvement. Dans certaines provinces, des policiers ont été identifiés à la tête des groupes de jeunes qui dévalisaient des magasins pour emporter, en général, du matériel électronique et des vêtements de sport.

Ajoutées à la concordance entre le début des grèves et les pillages, et à la manière dont le mouvement s’est étendu de province en province, ces inculpations tendraient à prouver qu’il y a eu en décembre une action concertée entre certains policiers et des délinquants. Et ce serait surtout pour entraver les enquêtes judiciaires en cours qu’une partie de la police s’agite à nouveau aujourd’hui.

Soupçons de corruption dans la police

La corruption d’une partie des forces de sécurité est une réalité. Certains gradés, en province, ont des liens avec le grand banditisme. Ils amassent des fortunes en couvrant la prostitution, les jeux clandestins, le trafic de drogue ou les vols à main armée. Et ils laissent des miettes aux policiers de base mal payés qu’ils dirigent, qui arrondissent leur salaire avec les dealers et les petits délinquants.

C’est sans doute la trame des événements de décembre. Mais le plus grave, depuis quelques années, est la pénétration des narcotrafiquants mexicains et colombiens, au pouvoir de corruption beaucoup plus important. À Córdoba, le mois dernier, la grève a commencé après la mise à l’écart de commissaires soupçonnés d’être liés aux barons de la drogue. On est loin d’une situation comparable à celle du Mexique ou de la Colombie. Mais la classe politique argentine ne semble pas avoir pris conscience de ce phénomène et tarde à réagir.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail