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Venezuela

Dialogue national au Venezuela: les raisons d'un échec

Scènes de guérilla urbaine à Caracas durant les manifestations.
Scènes de guérilla urbaine à Caracas durant les manifestations. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Une conférence de paix à l’appel du président vénézuélien Nicolas Maduro s’est tenue au palais de Miralflores le 26 février dernier pour trouver une issue politique à la crise qui secoue actuellement le pays. Alors que de nombreux Vénézuéliens appellent à un dialogue sincère avec le pouvoir, les manifestants ont refusé la proposition de «dialogue national» du président Maduro.

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Les uns n'ont pas été invités. Les autres ne veulent pas de dialogue mais le départ du président Nicolas Maduro et de son gouvernement. C'est qu'il y a différents groupes parmi les manifestants au Venezuela, et tout d'abord les étudiants. C'est par eux qu'a commencé cette vague de contestation et ils représentent la grande majorité des manifestants. Les étudiants n'ont pas été invités par le président à la conférence de paix. Pourtant Nicolas Maduro dit vouloir instaurer un dialogue entre tous les secteurs de la société vénézuélienne. Mais le fait est qu'il n'a pas invité les représentants de la plus grande partie des manifestants, à savoir les étudiants.

Un second groupe de manifestants ne souhaite pas de dialogue avec le pouvoir. C'est une partie de l'opposition politique qui ne veut pas négocier avec le régime chaviste. Cette partie assez radicale est menée par Leopoldo Lopez. Quand les étudiants ont commencé à manifester, il a appelé la population vénézuélienne à se joindre à la mobilisation pour obtenir le départ de Nicolas Maduro et de son gouvernement. Leopoldo Lopez est depuis quelques semaines emprisonné. Les autorités l’accusent d'incitation à la violence. L'opposition, elle, parle d'une détention pour motif politique.

Mais Henrique Capriles, candidat malheureux à la dernière élection présidentielle et dirigeant de l'opposition, a lui bien été invité par le président Maduro. Et pourtant il n'est pas allé à cette conférence de paix… Henrique Capriles a expliqué que le dialogue pour la paix de Nicolas Maduro n'était qu'une « farce », une opération de communication présidentielle, destinée avant tout à redorer l'image du chef d'Etat vénézuélien auprès de la communauté internationale. Et Henrique Capriles ne veut pas se prêter à se jeux. « Il ne s'agit pas d'aller au palais de Miraflores pour se faire prendre en photo », a-t-il déclaré. La méfiance de l'opposition s'explique par le fait qu'aucun cadre n'a été donné à ce dialogue et que le régime chaviste n'en est pas à son premier plan de paix : en quinze ans, il y en a eu une vingtaine... Tous sont restés lettre morte.

Des raisons politiques…

Henrique Capriles est dans une situation difficile. L'an dernier il a été le champion d'une grande coalition d'opposition, la MUD, dans laquelle s'étaient réunis de nombreux partis d'opposition pour remporter l'élection présidentielle. Mais cette coalition est très hétéroclite. Et le discours plutôt modéré d'Henrique Capriles ne fait pas l'unanimité compte tenu de la situation au Venezuela. Capriles, lui, croit en un changement politique par la voie démocratique. Mais il est difficile pour lui de se rendre à une conférence avec le gouvernement, alors que c'est ce même gouvernement qui a emprisonné Leopoldo Lopez et, rappelons-le, avec lui plusieurs dizaines d'étudiants qui sont détenus de manière tout à fait arbitraire. Si, dans ces conditions, Capriles avait participé au dialogue avec le gouvernement, il aurait certainement perdu sa place de leader de l'opposition.

Au sein de l’opposition on se pose la question de savoir si Henrique Capriles a eu raison de ne pas se rendre à ce rendez-vous. Pendant la réunion au palais présidentiel, il était surtout question des problèmes économiques qu’affronte le Venezuela. Mais les 20 morts, les arrestations, les détentions arbitraires, la violence exercée par les milices, armées au temps d’Hugo Chavez, et plus généralement l'insécurité, tous ces points fondamentaux n'ont pas été abordés lors de cette conférence. Pour Henrique Capriles, l'absence de ces thèmes montre bien que le président Maduro n'a aucune volonté d'instaurer un réel dialogue de paix. Mais au sein de l’opposition, certains objectent à Henrique Capriles qu'il aurait pu, lui, parler de ces thèmes s'il y était allé. Ainsi, le dirigeant de l’opposition est piégé dans l'éternel dilemme de la stratégie de la chaise vide.

La libération des étudiants, une condition au dialogue

Pour les étudiants, la première condition nécessaire à tout dialogue serait déjà de libérer leurs camarades actuellement en prison. Ensuite, il faudrait que le pouvoir les invite à participer à un dialogue national. Puis, il est fort probable que les étudiants voudraient obtenir des garanties pour que les violations des droits de l'homme et l'élucidation des circonstances qui ont conduit à la mort de 20 personnes durant les manifestations soient mises à l'ordre du jour.

Nul ne sait quelle pourrait être la forme que pourrait prendre un éventuel dialogue de paix. Aussi bien l'église catholique vénézuélienne que différents pays, dont le Chili, ont proposé leur aide pour trouver une issue démocratique à la crise, notamment par le biais d'une médiation. Mais pour l'instant, le gouvernement vénézuélien n'a pas réagi.

Samedi dernier, Nicolas Maduro a appelé à une nouvelle conférence de paix qui devrait se tenir ce mercredi à Caracas. Cette fois-ci, il a officiellement et publiquement invité les représentants des mouvements d’étudiants. Le président a également renouvelé son invitation à Henrique Capriles. La balle est maintenant dans le camp des adversaires du président vénézuélien.

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