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Brésil/Présidentielle

Bataille de dames pour la présidentielle au Brésil

Dilma Rousseff (g.) et Marina Silva (dr.), lors du dernier débat télévisé précédant le premier tour de la présidentielle brésilienne, le 2 octobre 2014.
Dilma Rousseff (g.) et Marina Silva (dr.), lors du dernier débat télévisé précédant le premier tour de la présidentielle brésilienne, le 2 octobre 2014. REUTERS/Ricardo Moraes

La confrontation entre la présidente sortante Dilma Rousseff et Marina Silva, celle qui se voit bien lui ravir la place à la faveur du scrutin du 5 octobre, gagne en intensité. Mais plus on se rapproche du vote, plus Dilma Rousseff qui brigue un second mandat, creuse l’écart si on en croit les derniers sondages.

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Toutes les deux ont été des partisanes de Lula au sein du Parti des travailleurs (PT). L’une y est restée, l’autre pas. Et ce sont d’improbables circonstances, la mort en août 2014 dans un accident d’avion d’Eduardo Campos, candidat du Parti socialiste brésilien (PSB) qui a propulsé Marina Silva en première ligne. Là où campe une Dilma Rousseff plus décidée que jamais à conserver son fauteuil pour quatre ans de plus. 

L’incarnation du rêve brésilien
 

Manifestation à Belem, au Brésil, le 17 juin 2013 contre la dégradation des services publics, la corruption du gouvernement, la violence policière.
Manifestation à Belem, au Brésil, le 17 juin 2013 contre la dégradation des services publics, la corruption du gouvernement, la violence policière. REUTERS/Paulo Santos

A 56 ans, le parcours de Marina Silva qui se verrait bien en première présidente noire du pays, résume à lui seul une certaine idée du rêve brésilien. Née dans une famille noire, pauvre de 11 enfants, en pleine Amazonie brésilienne, elle travaille avec les siens à la récolte du latex. Elle a déjà 16 ans quand elle apprend à lire, le même âge quand elle perd sa mère. Se succèdent ensuite les emplois les plus précaires, la tentation de devenir religieuse à laquelle elle renonce finalement en découvrant la Théorie de la  libération avant de rallier les évangéliques de l’Assemblée de Dieu. Elle poursuit sa formation jusqu’à l’obtention d’un diplôme de professeur d’histoire.

Aux côtés de Chico Mendès elle s’investit dans le syndicalisme, notamment dans la défense des seringuieros (récolteurs de latex) au sein du syndicat Centrale unique des travailleurs (CUT). Cette organisation est liée au Parti des travailleurs de Lula qu’elle rejoint en 1985. Marina Silva est dès lors en marche vers la politique ; elle est élue sénatrice à 36 ans, la plus jeune de l’histoire du Brésil, avant de devenir ministre de l’Environnement de 2003 à 2008 dans le gouvernement du président Lula Da Silva.

Déjà en 2008, elle s’oppose à Dilma Rousseff qui se trouve être alors la directrice du cabinet de Lula après avoir été sa ministre de l’Energie. L’actuelle présidente remporte la manche. Marina Silva démissionne, isolée au sein du gouvernement et incapable de résister aux pressions des écologistes de Greenpeace qui lui reprochent son manque de fermeté dans la lutte contre la déforestation illégale. Elle quitte le PT de Lula et change quatre fois de parti en 3 ans, un nomadisme qui lui est reproché vertement par Dilma Rousseff lors d’un récent débat télévisé.

 
Jeanne d’Arc de la guérilla

A 66 ans, la présidente sortante peut en effet se prévaloir de sa fidélité politique elle qui a rallié le Parti des travailleurs en 2000. Dilma Rousseff a été surnommée la Jeanne d’Arc de la guérilla en raison de son rôle au sein du commando de libération nationale, le mouvement de résistance à la dictature militaire. Autant de faits qui en font une adversaire à la stature impressionnante.

Mais il en faudrait bien plus pour faire reculer Marina Silva qui a déjà affronté Dilma Rousseff lors de la présidentielle de 2010. Une belle bagarre où elle avait obtenu sous la bannière du  Parti vert du Brésil quelque 19 millions de voix en terminant troisième du premier tour. Une performance remarquable pour un parti aux moyens modestes.

Pour sa campagne actuelle, Marina Silva surfe sur la fronde sociale de 2013 et espère obtenir le vote de ceux, nombreux, qui rejettent l’hégémonie des grands partis. Alors que ses adversaires lui reprochent le creux de son slogan « réinventer la politique », dans un dernier élan, vendredi soir, elle a promis une prime aux familles pauvres bénéficiant déjà du programme d’allocations Bolsa Familia, instauré par Lula.

Malgré tout, la population noire et métisse qui représente aujourd’hui plus de la moitié des 202 millions de Brésiliens n’est pas davantage acquise à la candidate noire que ne le sont les plus démunis. Ces derniers restent en effet fidèles au Parti des travailleurs de Dilma Rousseff qui a mis en place des programmes d’aides sociales et de mesures d’appui au logement qui profitent à plus de 40 millions de pauvres. Cela n'empêche pas toutefois les accusations de corruption de pleuvoir sur la candidate du PT à propos de pots-de-vin versés à des parlementaires de sa majorité par l'entreprise pétrolière publique Petrobras.  

20 % des électeurs toujours indécis
 

Au Brésil, Aecio Neves du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) est crédité de 20% des suffrages pour le premier tour de la présidentielle, le 5 octobre 2014.
Au Brésil, Aecio Neves du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) est crédité de 20% des suffrages pour le premier tour de la présidentielle, le 5 octobre 2014. REUTERS/Pilar Olivares

Les convictions religieuses affichées par Marina Silva, adepte des évangéliques, se heurtent à l’agnosticisme assumé de Dilma Rousseff. Là aussi les positions de la première sur le mariage gay ou l’avortement, plutôt opposées à celles des jeunes urbains, ne garantissent pas pour autant le vote des évangéliques ou des néo-pentecôtistes en pleine expansion dans le plus grand pays catholique du monde.

Cela dit, Marina Silva n’a pas rendu les armes contre son adversaire qu’elle espère bien contraindre à un second tour. Le problème pour elle, à la veille du scrutin, est que Dilma Rousseff a repris la main. L’écart entre les deux candidates se creuse au profit de la présidente sortante et voit du coup remonter dans les sondages un troisième prétendant, Aecio Neves du Parti social-démocrate brésilien (PSDB), le rival historique du Parti des travailleurs.

Si aucun de la dizaine de candidats en lice n’obtient la majorité absolue ce dimanche, un second  tour aura lieu le 26 octobre. Deux jours avant le scrutin plus de 20 % des Brésiliens se disaient toujours indécis sur leur vote qui est d’ailleurs obligatoire : du jamais-vu, constatent les spécialistes.

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