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Etats-Unis / Guantanamo

Guantanamo: la torture de l’alimentation forcée en procès

Un médecin militaire montre le matériel utilisé à Guantanamo pour forcer l'alimentation des prisonniers grévistes de la faim, le 7 août 2013.
Un médecin militaire montre le matériel utilisé à Guantanamo pour forcer l'alimentation des prisonniers grévistes de la faim, le 7 août 2013. AFP PHOTO/Chantal Valery

Les autorités américaines ont soutenu lors du procès intenté par un détenu de Guantanamo que l’alimentation forcée par sondes était une procédure « fiable » et confortable ». Une appréciation qui révolte les détenus et leurs avocats qui parlent quant à eux de « torture ». Il s’agit du premier procès qui a duré trois jours portant sur les méthodes de confinement utilisées à Guantanamo depuis 2002.

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Sur les 779 personnes qui ont été emprisonnées dans la prison américaine de Guantanamo, 621 ont été transférées, neuf sont mortes durant leur captivité alors que 149 sont toujours détenues. C’est un de ces prisonniers, le Syrien Abou Dhiab qui est l’objet du premier procès jamais mené sur les méthodes utilisées sur les détenus en grève de la faim. Le cas de Abou Dhiab est emblématique : interné sans inculpation ni jugement depuis 2002, libérable depuis 2009, faute d’évolution dans sa situation, il mène grève de la faim sur grève de la faim. 

Une coercition parfaitement codifiée 
 

Le rappeur Mos Def teste l’alimentation forcée pour dénoncer les pratiques de Guantanamo.
Le rappeur Mos Def teste l’alimentation forcée pour dénoncer les pratiques de Guantanamo. YouTube

Un des avocats de ce détenu, Eric Lewis, insiste auprès des magistrats pour dire que dans le cas de son client, la grève de la faim est « le seul moyen qu’il a de protester pacifiquement contre sa détention ». Un moyen que ses geôliers veulent à tout prix empêcher. Et durant les trois jours qu’a duré le procès au tribunal fédéral de Washington, on a pu découvrir dans le détail tout ce qui était mis en œuvre pour forcer les grévistes de la faim à s’alimenter.

La procédure est précise. Dès qu’un détenu refusant de s’alimenter voit son poids « idéal » passer sous la barre des 85 %, elle s’enclenche. L’équipe dite « d’extraction de force des cellules » (FCE), munie d’une matraque et d’un bouclier anticrachats, surgit pour menotter, sangler et tirer le prisonnier. Les avocats d’Abou Dhiab décrivent le processus en se référant aux vidéos classifiées qu’ils ont pu visionner. La juge a aussitôt ordonné que ces vidéos soient rendues publiques, mais le gouvernement peut faire appel. C’est cet ensemble de mauvais traitements, dénoncé comme une torture, qu’espère faire cesser le Syrien en saisissant la justice américaine.

Ce que les autorités nomment laconiquement un « jeûne non religieux de long terme » peut être traité de manière différente selon que le gréviste de la faim est « soumis » ou pas, selon la terminologie utilisée par le procureur Andrew Warden. C’est ainsi qu’un ancien commandant de la prison relate l’« arrangement » trouvé avec six détenus plus souples qui avaient été autorisés à être nourris « sur un fauteuil normal en regardant la télévision », tant qu’ils restaient « obéissants ».

Intubé 1 300 fois

Mais pour son malheur, Abou Dhiab qui a 43 ans n’est pas de ceux-là. « Il a une longue histoire de désobéissance », souligne le procureur Warden rappelant trois agressions contre les gardiens, des insultes et des projections d’urine et d’excréments sur les membres des FCE. L’avocat de ce prisonnier insoumis, Eric Lewis, rappelle alors que son client est extrait de sa cellule par la contrainte, sanglé sur une chaise, nourri de force à l’aide de sondes naso-gastriques qui lui sont insérées et retirées plusieurs fois par jour.

Le prisonnier peut choisir le parfum de la préparation qui lui est administrée, fraise, chocolat, noix de pécan, vanille… et celui des bonbons qu’il pourra ensuite sucer, détaille le procureur qui ajoute qu’on va jusqu’à proposer des antalgiques si le prisonnier le demande. L’huile d’olive censée faciliter l’insertion des sondes a été supprimée ; les autorités militaires ont constaté qu’elle pouvait être à l’origine de pneumonies. Une procédure que la juge Gladys Kessler a elle-même qualifiée de « douloureuse et humiliante » avant d’ordonner que la presque totalité des débats soit publique, au grand dam du gouvernement qui avait demandé le huis clos complet.  

Attaché à une chaise de contention sur laquelle le détenu récalcitrant a la tête, les bras, les chevilles liés, on peut même ajouter un masque anticrachats, témoigne du personnel médical de Guantanamo. De son côté, le professeur de médecine Sondra Crosby de l’université de Boston, experte des victimes de tortures, est venue dire à la barre qu’Abou Dhiab ne demandait qu’à « être traité avec respect et humanité ». Au lieu de cela, il a été extrait de force de sa cellule et intubé quelque 1 300 fois alors qu’il « souffre de toute évidence », a témoigné le Pr Crosby, de douleurs importantes au dos et à une jambe. 

Abou Dhiab et cinq de ses codétenus « libérables » de Guantanamo sont appelés à être transférés en Uruguay. Un sondage réalisé dans ce pays montre que 56 % des sondés sont opposés à leur arrivée et 24 % favorables.

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