Etats-Unis

Quelle justice pour la violation des droits civiques aux Etats-Unis?

New York, le 5 décembre 2014. Des manifestants ont envahi les rues de Manhattan et d'autres villes pour une deuxième nuit de protestations.
New York, le 5 décembre 2014. Des manifestants ont envahi les rues de Manhattan et d'autres villes pour une deuxième nuit de protestations. REUTERS/Eric Thayer

Plus de 200 personnes ont été arrêtées la nuit dernière à New York lors des manifestations contre l'impunité accordée à des policiers responsables de la mort plusieurs citoyens noirs. Des manifestations ont également eu lieu à Chicago, Boston, Philadelphie, Baltimore. Tant les méthodes policières que le système judiciaire sont pointés du doigt.

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La colère ne faiblit pas à New York et les manifestations devraient encore rassembler ce vendredi plusieurs milliers de personnes, rapporte notre correspondant à New York, Karim Lebhour. La mère d'Eric Garner, très présente sur les plateaux de télévision, a appelé à continuer de protester, un mouvement alimenté par les funérailles, ce vendredi, d'un jeune homme noir de 28 ans, tué il y a une dizaine de jours, dans une cage d'escaliers, à Brooklyn, par une balle perdue. Le policier assure avoir tiré par erreur.

Capacité judiciaire limitée

Pour tenter de calmer le jeu, le ministre de la Justice, Eric Holder a promis l'ouverture d'une enquête de portée nationale sur de possibles motivations racistes dans la mort d'Eric Garner. Mais la capacité d’action de la justice, dans ce genre d’affaires, reste limitée.

La loi américaine interdit en effet de mettre en accusation une même personne deux fois pour un même crime. Dans le cas Eric Garner, comme dans d’autres affaires similaires, le ministère de la Justice n’a donc pu qu’initier une enquête sur les éventuels agissements violant les droits civiques. « La mise en examen ne se fait pas au niveau, dans ce cas-là, de l'acte d'homicide, mais au niveau de la violation des droits civiques de l'individu. La difficulté pour le ministère de la Justice est à la fois de prouver l'intentionnalité de la violation des droits civiques des individus qui, dans ce cas-ci, sont morts, mais aussi de démontrer qu'il y a eu effectivement violations des droits civiques », explique Philippe Golub, professeur à l’université américaine de Paris.

Signe de ces difficultés : le ministère de la Justice n'a pas rendu la moindre décision dans son enquête sur la mort, il y a deux ans, de Trayvon Martin, un jeune Noir tué dans une banlieue de Miami par un voisin hispanique, relaxé au titre de la légitime défense. Après les récentes affaires, hautement médiatisées, la volonté politique semble bien là, mais encore faut-il en avoir les moyens. « Fin janvier, les deux chambres du Congrès vont être sous contrôle du parti républicain. Un très grand nombre des membres sont soit conservateurs, soit ultra-conservateurs et ne sont pas naturellement portés à agir de façon décisive dans ce domaine », poursuit Philippe Golub.

Des changements de méthodes dans la police

Le président Obama a promis d’agir pour « un renforcement de la confiance » entre les forces de l'ordre et les gens de couleur. L'appel à des réformes dans la police de New York a également été entendu par le maire, Bill de Blasio. Des policiers en patrouille portaient pour la première fois des bodycam, des petites caméras sur leurs uniformes, destinées à enregistrer leurs interactions avec le public.

New York veut rapidement étendre ce programme de caméra à tous les officiers de police, à la fois pour inciter les policiers à respecter les procédures, mais aussi pour décourager les fausses plaintes et fausses accusations à l'encontre de la police.

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