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Etats-Unis/Cuba

Cuba-Etats-Unis: «un coup politique extrêmement habile d'Obama»

Le président Barack Obama s'exprime depuis la Maison Blanche le 17 décembre 2014 et annonce la normalisation des relations diplomatiques avec Cuba.
Le président Barack Obama s'exprime depuis la Maison Blanche le 17 décembre 2014 et annonce la normalisation des relations diplomatiques avec Cuba. Reuters
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L'annonce du rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et La Havane est une « décision historique » pour le pape François, l’un des acteurs du rapprochement. Pour le président du Venezuela , il s'agit d'un « geste courageux et nécessaire pour l’histoire ». La fin d’un demi-siècle de rupture, « le rêve d’un continent où règnera la paix totale » pour le président colombien, Juan Manuel Santos. L'émotion est perceptible. Quel impact ces annonces simultanées peuvent avoir aux Etats-Unis ? François Durpaire, maître de conférence à l’université de Cergy-Pontoise, répond aux questions de RFI.

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RFI : Est-ce que ce changement de ligne répondait à une véritable attente de l’opinion aux Etats-Unis ?

François Durpaire : Exactement. Une des raisons de cette préparation de la normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis, c’est que l’opinion américaine y est favorable : 67 % des Américains étaient favorables à la normalisation. Donc l’opinion américaine a évolué. Et là, Barack Obama a fait évoluer l’opinion publique américaine. Alors cette année, il y a eu deux choses. D’abord l’image, c’était celle de Barack Obama serrant la main de Raul Castro. C’était au stade de Soweto à l’occasion de l’hommage rendu à Mandela. Puis les hommages rendus notamment de John Kerry à Cuba, dans son rôle en Sierra Leone, en Guinée, sur la lutte contre Ebola. Donc l’opinion américaine finalement a évolué progressivement et dans cette opinion américaine, les citoyens américains d’origine cubaine, les plus anciens faisant partie d’associations anti-castristes et étant toujours sur des positions extrêmement fermes, mais leurs enfants, les petits-enfants citoyens américains, qui ont beaucoup changé sur le sujet et dans la majorité comme l’ensemble des Américains souhaitent une normalisation.

La colère de ceux hier qui dénonçaient la trahison : ce sentiment est donc aujourd’hui très minoritaire ?

Oui, les images de ceux qui protestaient, ce sont les parents et les grands-parents. Les plus jeunes, eux, se félicitent. Puis il y a aussi un peu de schizophrénie c’est-à-dire que même ceux qui sont hostiles en théorie à ce rapprochement seront contents d’aller à Cuba, de revoir leurs tantes, leurs oncles, leurs frères et seront contents aussi d’envoyer les fameuses «remesas». Toutes les diasporas connaissent les mandats que l’on envoie au pays. Et dans ce qui est nouveau, c’est que Obama annonce que les Cubains aux Etats-Unis pourront envoyer jusqu’à 2 000 dollars par trimestre à leur famille à Cuba.

En effet, il va y avoir toute une série de décisions à suivre. Forcément, la plus spectaculaire, ce sera l’embargo. Mais là, la réponse, ce n’est pas directement entre les mains de Barack Obama ?

C’est tout à fait exotique que d’un point de vue français : la politique étrangère ne se décide pas à la Maison Blanche, en tout cas pas seulement. C’est un équilibre des pouvoirs entre le Congrès et la Maison Blanche. Et là le Congrès, c’est lui qui a la possibilité de lever ou non l’embargo. C’est donc un coup politique extrêmement habile de Barack Obama. Souvenez-vous il y a quelques semaines, en novembre, à l'occasion des Midterms, on disait que Barack Obama était le « Lame duck président », « le président canard boiteux », celui qui peut-être avait déjà fini son mandat. Et depuis des annonces sur l’immigration, 5 millions de clandestins vont être régularisés.

Et puis cette annonce très forte sur Cuba. Il met le Congrès dans les cordes, c'est-à-dire devant ses responsabilités. Si le Congrès bloque - vous avez souligné que l’opinion américaine était favorable à ce rapprochement -, il apparaîtra finalement comme l’institution qui empêche cette cohabitation d’avancer et de produire des actes concrets. Donc c’est très habile, d’autant plus qu’au sein du Congrès, un certain nombre de républicains sont ou seront probablement candidats à la présidentielle. On pense à Marco Rubio. Il est d’origine cubaine et est très lié au lobby anti-castriste. Il a donc dû faire des déclarations qui dénoncent le rapprochement d’Obama. Si Marco Rubio se coupe d’une partie du reste de la communauté hispanique, ce sont peut-être les espoirs présidentiels qui s’envolent.

En citant cet homme, vous citez justement la Floride ?

Il est sénateur de Floride.

Un Etat très important, on peut dire même un Etat-clé pour toute présidentielle américaine ?

Exactement. Barack Obama ne tient pas ses victoires 2008 et de 2012 seulement à la Floride, mais aussi au fait que la Floride est devenue bleue, c’est-à-dire démocrate, au cours de ces deux dernières présidentielles. Elle avait fait défaut à Al Gore et c’était la victoire de George W. Bush, pour quelques voix contestées. La Floride est un Etat en balance. Et en Floride, les Cubains, pour la première fois de l’histoire, ont voté démocrates notamment parce qu’il y a eu une mobilisation forte des jeunes Cubains, des moins de 30 ans. Et ces moins de 30 ans sont favorables au rapprochement vers Cuba. Donc c’est un événement de politique étrangère qui est un événement historique, un événement qui touche également les relations avec l’Amérique Latine. L’an prochain en 2015, il y aura le sommet des Amériques. Et c’est sans doute aussi une des raisons de la décision de Barack Obama, mais c’est aussi un événement de politique intérieure pour les Etats-Unis.

François Durpaire, auteur de Histoire des Etats-Unis aux éditions PUF dans la collection «Que sais-je ?»

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