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États-Unis / Corée du Nord / Cinéma

Piratage chez Sony: le risque d’une vague d’autocensure

Une image d’une autre époque quand les menaces n’étaient pas encore prises au sérieux. Photo du 11 décembre, lors de la première de « The Interview qui tue » à Los Angeles: D. Sterling (scénariste), S. Rogen (réal.), E. Goldberg (réal.), J. Weaver (prod.).
Une image d’une autre époque quand les menaces n’étaient pas encore prises au sérieux. Photo du 11 décembre, lors de la première de « The Interview qui tue » à Los Angeles: D. Sterling (scénariste), S. Rogen (réal.), E. Goldberg (réal.), J. Weaver (prod.). REUTERS/Kevork Djansezian

La décision de Sony d'annuler purement et simplement la sortie du film « L’Interview qui tue !», une comédie qui met en scène l’assassinat du leader nord-coréen Kim Jong-un, a déclenché une avalanche de réactions dans le monde entier. Et d’autres projets sont également touchés suite à ces menaces de pirates informatiques, originaires de Corée du Nord, selon le FBI, cité ce vendredi 19 décembre par la chaîne NBC.

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Tout commence par un piratage informatique d'une ampleur inédite, fin novembre. Des dizaines de milliers de documents appartenant à Sony Pictures, courriels, numéros de sécurité sociale, adresses des employés, se retrouvent sur la Toile. Certains courriers sont très embarrassants pour le studio américain. Par exemple, quand Amy Pascal, la coprésidente de Sony critique les goûts de Barack Obama en matière de cinéma, propos à la limite du racisme. Ou quand un réalisateur traite l'actrice Angelina Jolie de « duchesse », sans parler du fait qu’on découvre que, à Hollywood, les actrices sont moins payées que les acteurs. Plus grave encore, cinq films qui devaient sortir prochainement sont piratés, et l'un des secrets industriels les mieux gardés du cinéma - le scénario du prochain James Bond - est dévoilé.

« Souvenez-vous du 11-Septembre 2001 »

Ensuite, la menace s'est faite beaucoup plus précise. Les pirates qui se font appeler « Les Gardiens de la Paix » ont menacé de commettre des attentats lors de la sortie de L'Interview qui tue !, produite par Sony, comédie potache qui met en scène deux journalistes américains chargés d'éliminer le leader nord-coréen Kim Jong-un. « Souvenez-vous du 11-Septembre 2001 », « Sony a fait un très mauvais film, et bientôt le monde sera plein de crainte »… Voilà la teneur des messages écrits, selon le FBI, par des pirates nord-coréens. Un régime autiste et dictatorial soupçonné de vouloir déstabiliser les infrastructures vitales de ses ennemis, Séoul et Washington en en tête. Le réseau de télévision et le réseau bancaire de la Corée du Sud ayant déjà été paralysés début 2013.

« Une grave atteinte à la sécurité nationale »

A l’heure actuelle, il est extrêmement difficile à dire si les menaces d’attentats sont réelles. En tout cas, la Maison Blanche qualifie l'affaire de « grave atteinte à la sécurité nationale » et les plus grands cinémas aux États-Unis ont rapidement déprogrammé L'Interview qui tue !, qui devait sortir le jour de Noël. Par la suite, Sony a annulé la sortie du film dans le monde entier. Il ne sera même pas diffusé en DVD. Selon plusieurs experts, en réalité, c'est la menace des pirates de diffuser d'autres secrets industriels de Sony qui a le plus pesé dans le choix de saborder L'Interview qui tue !.

Une première inquiétante

Une pareille annulation est en tout cas une première inquiétante. Même un film polémique comme La Dernière Tentation du Christ de Martin Scorsese est sorti en salles, malgré des attentats d'intégristes catholiques en 1988. L'annulation de L'Interview qui tue ! provoque donc des réactions à la mesure de l'événement. Nombre d'acteurs et de réalisateurs dénoncent un acte d'autocensure, une menace sur la liberté d'expression, un « précédent troublant » pour le sénateur républicain John McCain qui prédit d'autres cyberattaques. L'écrivain brésilien Paulo Coelho a déjà offert 100 000 dollars pour racheter les droits du film par qui le scandale est arrivé, et le diffuser sur son blog.

« Pyongyang » est le suivant sur la liste

Pyongyang, l'adaptation du génial roman graphique du Canadien Guy Delisle, a déjà fait les frais de cette affaire. L'auteur avait vécu dans la capitale nord-coréenne pour superviser la production de dessins animés. Fox, concurrent de Sony, avait acheté les droits de la BD. Mais Guy Delisle a appris ce 19 décembre au matin que cela ne se ferait pas. Sur son blog il écrit : « On aurait pu imaginer qu’une grosse multinationale résisterait devant les menaces d’une bande de hackers nord-coréens. Apparemment, ils ont su toucher là où ça fait mal ».

 

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