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Etats-Unis

Les Etats-Unis commémorent les 50 ans de leur «Bloody Sunday»

Une femme et sa fille font un selfie devant le pont Edmond Pettus, le 6 mars 2015, 50 ans après la marche historique pour les droits civiques de 1965.
Une femme et sa fille font un selfie devant le pont Edmond Pettus, le 6 mars 2015, 50 ans après la marche historique pour les droits civiques de 1965. REUTERS/Tami Chappell
Texte par : RFI Suivre
4 mn

Les Etats-Unis commémorent ce samedi 7 mars leur « Bloody Sunday », un dimanche sanglant qui a endeuillé le pays voilà exactement 50 ans, le dimanche 7 mars 1965. A Selma dans l'Alabama, malgré les lois mettant fin à la ségrégation, les autorités refusaient à l'époque d'enregistrer les électeurs noirs. La manifestation pacifique organisée ce jour-là sera finalement réprimée dans le sang. Barack Obama, son épouse Michèle et leurs deux filles vont participer à cette marche, en compagnie des manifestants de l'époque.

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Avec notre envoyée spéciale à Selma,  Anne-Marie Capomaccio

Selma est en ébullition depuis deux jours. La venue d'un président des Etats-Unis dans la petite ville est un évènement en soi, mais la présence du premier président noir de l'histoire du pays sur le pont Edmond Pettus, à l'endroit même où les policiers ont chargé sur les manifestants il y a 50 ans, est un symbole que chacun, dans la communauté noire, veut immortaliser.

Âgée de 87 ans, Della Bryant est une militante pour les droits civiques depuis les années 1940. Elle sera dans la tribune d'honneur et n'a pas l'intention de se contenter de commémorer lavictoire de 1965. « On célèbre les 50 ans ! Mais nous reculons ! », regrette-t-elle. « C'est ce que je vais lui dire. Nous repartons en arrière et vous ne le réalisez peut-être pas ! »

Elle fait bien sûr allusion à la ville de Ferguson, qui connaît depuis l'été dernier des émeutes récurrentes, après qu'un policier a tué le jeune Michael Brown. Deray McKesson arrive lui-même de Ferguson avec l'espoir que Barack Obama prenne clairement position sur le problème racial qui, selon lui, n'est pas réglé aux Etats-Unis. « Il y a une ébullition qui traverse le pays, les gens manifestent et sont en colère. La police tue des Noirs dans toute l'Amérique et donc j'espère qu'il ne va pas passer sous silence cette réalité. »

Deux Afro-Américains sur cinq sous le seuil de pauvreté

La région de Selma est l'une des plus déshéritées des Etats-Unis. C'est une bourgade où, de l'avis de tous, on assiste a une « reségrégation » sociale. Dans ce comté, 40% des Africains-Américains vivent sous le seuil de pauvreté.

Ma mère est morte et j'ai entendu les adultes expliquer que si elle n'avait pas été Noire, elle aurait survécu.

Linda Lowery, manifestante à Selma en 1965

Linda Lowery a 64 ans. Mais le 7 mars 1965, elle était l'une des plus jeunes manifestantes de la marche pour le droit de vote, sur le pont Edmond Pettus de Selma. « A cette époque, je pensais que les choses allaient changer pour nos parents, s'ils avaient le droit de vote », se souvient-elle. La jeune Linda avait entendu Martin Luther King prêcher dans la petite église baptiste de son quartier. L'éloquence du pasteur avait réveillé en elle des souvenirs douloureux. « La première fois que j'ai compris la ségrégation, j'avais sept ans. Ma mère est morte et j'ai entendu les adultes expliquer que si elle n'avait pas été Noire, elle aurait survécu. Sous-entendu : elle aurait pu aller à l'hôpital des Blancs. »

C'est ainsi que Linda est devenue militante, à 14 ans. L'adolescente sera grièvement blessée sur le pont. Ses cicatrices réveillent, les jours de pluie, de bons et de mauvais souvenirs. Car pour Linda, les manifestations de Selma ne rappellent pas seulement la violence des suprématistes blancs. Le Pont Edmond Pettus est aussi le lieu où elle a rencontré celle qui est aujourd'hui encore sa meilleure amie. Une jeune californienne blanche, qui avait répondu à l'appel de Martin Luther King.

Annonces concrètes

Tout le monde à Selma met l'accent sur les disparités sociales. L'égalité des droits, cela ne suffit plus, dit-on ici. La population attend non seulement une prise de position de Barack Obama sur le sujet, mais des annonces concrètes, sur l'éducation et l'économie. Ce discours de Selma est donc une sorte d'examen de passage pour le premier président africain-américain.

Martin Luther King lors d'une marche pour le droit de vote des Afros-Américains entre Selma (Alabama) et Montgomery, en mars 1965.
Martin Luther King lors d'une marche pour le droit de vote des Afros-Américains entre Selma (Alabama) et Montgomery, en mars 1965. Getty Images/Express/William Lovelace

On s'attend à une grande émotion, 50 ans après la violente répression de la manifestation, un demi-siècle après le passage de la loi qui a obligé les Etats du Sud à respecter le droit de vote des Noirs. Et cela n'a pas été facile, car la résistance des suprématistes blancs a été forte.

Pour beaucoup d'anciens qui étaient sur le pont Edmond Pettus en 1965, « si Barack Obama est à la Maison Blanche, c'est grâce au courage de ceux qui ont manifesté. Si Barack Obama est président, c'est grâce aux marcheurs de Selma. »

→ Retrouvez notre dossier spécial sur les droits civiques des Africains-Américains

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