Etats-Unis

A Baltimore, enseignants, pasteurs et gangs appellent au calme

A la tombée de la nuit, le 28 avril, la police de Baltimore parcourt la ville pour prévenir de l'entrée en vigueur imminente du couvre-feu.
A la tombée de la nuit, le 28 avril, la police de Baltimore parcourt la ville pour prévenir de l'entrée en vigueur imminente du couvre-feu. Mark Makela/Getty Images/AFP

A Baltimore, des milliers de militaires et de policiers ont été déployés mardi 28 avril au soir, en amont du couvre-feu d'une semaine établi après de violentes émeutes. Peu après l'entrée en vigueur de celui-ci, la police est intervenue pour disperser plusieurs dizaines de manifestants qui avaient bravé l'interdiction. Mais dans l'ensemble, la nuit a connu un calme relatif.

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Avec notre envoyée spéciale à Baltimore, Anne-Marie Capomaccio

La journée de mardi, précédant l’instauration du couvre-feu, fut une journée étrange. Tout le monde était dans la rue. Aux côtés d’une présence policière conséquente se trouvaient ainsi des jeunes, des familles avec des enfants en bas âge et de nombreux responsables communautaires, des pasteurs, des enseignants. Tous parcouraient les rues des quartiers défavorisés de Baltimore, pour inciter les manifestants à rester calmes.

Les journalistes, présents aussi en nombre, ont assisté à un scénario étonnant : les gangs de Baltimore (lire notre encadré ci-dessous) se sont unis et organisés en force d’interposition entre la police et les manifestants pour éviter les violences. Ces organisations criminelles qui gèrent le trafic de drogue ont donc également arpenté les rues de Baltimore pour inciter les jeunes à respecter le couvre-feu.

Faire inculper les responsables de l’arrestation de Freddie Gray

Pour les responsables de la communauté afro-américaine, l’objectif essentiel aujourd’hui est d’inciter ses ressortissants à penser à ce qui les a motivés, au départ, à descendre dans la rue, à savoir les violences policières et la mort du jeune Freddie Gray. Les leaders afro-américains souhaitent ainsi à la fois alimenter et maintenir la mobilisation, mais sans violence, jusqu’à la fin de l’enquête. Ils espèrent l’inculpation des officiers de police ayant pris part à l’arrestation qui a conduit à la mort du jeune homme.

C’est un défi compliqué car Baltimore est une ville particulière. Cette grande agglomération, qui compte quelque 600 000 habitants, a laissé une partie de ses citoyens de côté. Le contraste est saisissant entre les quartiers ouest, où l’on vit dans une extrême pauvreté, et le centre-ville, cossu, qui ignore ses banlieues. Dans ce district, tout le monde condamne les pillages, mais chacun comprend la frustration qui a conduit ces jeunes à la violence… 


 ■ Les gangs de Baltimore s'unissent et appellent au calme

Les leaders des gangs de Baltimore, unis, et qui s’organisent en force d’interposition entre la police et les jeunes manifestants, personne n’aurait pu l’imaginer. Certainement pas les autorités qui ont accusé ces organisations criminelles d’être à l’origine des pillages, après les obsèques de Freddie Gray.

Dans cette ville, l’une des plus violentes des Etats-Unis, Orlando Guerio, leader des Bloods appelle au calme. Selon lui, la lutte contre les violences policières vaut bien cette union sacrée. « Nous sommes là pour empêcher les jeunes de piller les magasins. Ce n’est pas comme ça qu’on manifeste pour Freddie Gray. J’ai un casier judiciaire, j’ai commis des crimes… Rien de tel ne s’est jamais produit dans cette ville. Les gangs n’ont jamais été unis, ils le sont aujourd’hui ! », explique Orlando Guerio.

Le pasteur Pamela Coleman était aussi dans les rues de l’ouest de Baltimore pour accompagner sa communauté. L’objectif, dit-elle, est de se concentrer sur ce qui est important, et aujourd’hui, c’est la suite de l’enquête sur la mort de Freddie Gray. Elle salue la présence des leaders de gangs : « C’est bon pour Baltimore que tout le monde dans la ville s’implique, tous ceux qui veulent restaurer la paix. Et parmi eux, les leaders des gangs… Et bien ainsi soit-il. »

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