Colombie

Colombie et FARC vont mettre en place une Commission de la vérité

Des soldats récupèrent les corps de leurs camarades tués dans une attque des FARC.
Des soldats récupèrent les corps de leurs camarades tués dans une attque des FARC. REUTERS/Jaime Saldarriaga

La Colombie créera une Commission de la vérité. L'annonce a été faite à La Havane où se tiennent depuis deux ans et demi des discussions de paix entre le gouvernement colombien et la guérilla marxiste des FARC pour mettre fin à un demi-siècle de conflit civil. Une nouvelle qui redonne du souffle aux négociations.

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Avec notre correspondante à Bogota, Zoé Beri

Cet accord arrive à point nommé. Il y a deux semaines, les FARC avaient annoncé la reprise de leurs attaques après le bombardement d'un campement par l'armée. Et beaucoup en Colombie craignaient une interruption des négociations de paix. La nouvelle les aura rassurés : malgré la recrudescence des combats, les pourparlers continuent à avancer.

Et c'est la première fois que le pays décide de se doter d'une commission pour faire toute la lumière sur 50 ans de conflit interne durant lesquels plus de 200 000 personnes ont été tuées, 45 000 au moins ont disparu et près de 10% de la population a été déplacée par la violence.

FARC et gouvernement se sont donc engagés à créer un groupe indépendant de onze experts qui seront chargés d'établir les responsabilités de chacun : non seulement celles de la guérilla, mais aussi des autorités et des escadrons paramilitaires anti-guérilla. Cette commission devra également évaluer les conséquences du conflit dans les régions les plus durement frappées, faire valoir les droits des victimes et veiller à ce que ces faits ne se répètent pas. Une tâche très lourde qui ne se mettra en place qu'une fois la paix signée, précise le communiqué lu à La Havane.

Pas de poursuites pénales pour le moment

Concrètement, il s'agira d'une commission indépendante qui siègera pendant trois ans et qui aura pour objectif de « contribuer à la découverte de la vérité sur tout ce qui s'est passé pendant le conflit ». Mais ses activités ne seront pas judiciaires, les personnes qui y feront des déclarations ne pourront pas être poursuivies pénalement. Pour Camilo Gonzalez Posso, directeur de l'Institut pour le développement et la paix, c'est une bonne nouvelle qui permettra un apaisement dans le contexte actuel de regain de tensions entre gouvernement et FARC, même si cela ne règle pas toutes les questions.

Cette annonce montre aussi les difficultés du moment : tout ce qui concerne la justice doit encore faire l'objet de discussions, il n'y a pas encore eu d'accord entre le gouvernement et la guérilla sur ce que cela va signifier en termes d'accusations pénales, s'il y aura des peines de prison, pour qui, combien de temps. C'est tellement compliqué qu'ils ont reporté ces discussions à plus tard. Et pour l'instant, ils se concentrent sur les droits des victimes et l'éclaircissement historique, et c'est bien le sens de cette déclaration.

Camilo Gonzalez Posso

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