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Cuba/Etats-Unis

Rapprochement Cuba-Etats-Unis: les doutes et les espoirs des Cubains

Un carrefour de La Havane, près du centre historique.
Un carrefour de La Havane, près du centre historique. RFI/Véronique Gaymard
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry sera à Cuba ce vendredi pour une visite historique qui devrait consacrer le rétablissement des relations diplomatiques entre Washington et La Havane. Dans les faits, l’ambassade américaine a été officiellement rouverte le 20 juillet dernier, mais le déplacement de John Kerry se veut symbolique. Une levée du drapeau devant l’ambassade et une grande cérémonie publique devraient marquer ce rapprochement historique. Un rapprochement qui inquiète de nombreux dissidents cubains mais qui représente pour d’autres beaucoup d’espoirs.

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Lors de sa visite à Cuba, John Kerry a prévu de rencontrer des dissidents. Mais il le fera à l’abri des regards et des caméras, lors d’une réception privée dans la résidence de l’ambassadeur américain. Un geste qui devrait apaiser les craintes d’une partie de l’opposition cubaine.

Dimanche dernier de nombreux dissidents cubains sont descendus dans les rues de La Havane pour manifester contre le président américain. Ils se disent inquiets de perdre leur principal soutien, les Etats-Unis, dans leur lutte contre le régime en place. Une manifestation qui s’est soldée par 90 arrestations.

Cette crainte de perdre un allié de poids ne concerne pas toute l’opposition cubaine selon Sebastián Arcos, ancien prisonnier politique et directeur associé de l’Institut d’Etudes cubaines de l’Université internationale de Floride : « Il y a une partie de l’opposition qui estime qu’avec ce changement, réalisé de manière inconditionnelle et unilatérale, on rate l’opportunité d’exercer une pression sur le régime cubain et, en effet, ce changement élimine de facto les Etats-Unis comme allié traditionnel. »

Selon Sebastian Arcos, une autre partie de l’opposition cubaine estime au contraire que ce rétablissement des relations entre La Havane et Washington est une bonne chose puisque le régime ne pourra plus l’accuser d’être instrumentalisé par les Etats-Unis.

« La liberté n'existe pas »

Chez d’autres, ce n’est pas l’inquiétude ou la méfiance qui prédomine, mais plutôt la désillusion. Avec 350 pesos par mois (environ 14 dollars), José, un quadragénaire qui travaille dans le bâtiment, peine à joindre les deux bouts. Il voudrait en finir avec « le communisme, et qu'arrive le socialisme, pour que tout le monde soit libre. » Car il estime que jusqu’à présent « la liberté n'existe pas, et encore moins la liberté d'expression ». Face au gouvernement et au système, il invite les Cubains à « lutter pour un meilleur futur. »

José jette un regard amer sur son propre sort et a peu d'espoir malgré le rapprochement diplomatique effectif depuis le 20 juillet dernier : « ici, avec ce système, on ne va jamais s'en sortir. C'est pour ça qu'on dit qu'on veut partir. Ce n'est pas par méchanceté, c'est pour mieux vivre, pour donner une vie meilleure à notre famille, à nos enfants. » Le soir, il sort sur le Malecon, la promenade du front de mer à La Havane, pour se rafraîchir dans la torpeur de l'été.

« Il est temps d’aller de l’avant »

Tous ne partagent pas le même regard désabusé. Luis Garcia, par exemple, se dit confiant sur les suites du rétablissement des liens diplomatiques entre Cuba et les Etats-Unis. Ce retraité de 70 ans, qui loue des chambres de sa maison à des étrangers pour arrondir sa petite retraite, voit ce rapprochement « avec beaucoup d’optimisme ». Mais selon lui, ce n’est qu’une première étape : maintenant, « on a besoin d'un second pas pour que le pays puisse véritablement se développer, sans pression, qu'on puisse avoir suffisamment d'argent, que tout le monde fasse des affaires avec nous » explique-t-il.

Pour Luis, les effets de ce rapprochement sont déjà très concrets, notamment avec un vol direct Houston-La Havane. « Depuis le 17 décembre, il y a déjà eu beaucoup d'Américains qui sont venus jusqu'ici avec l'objectif de s'installer lorsque le blocus sera allégé, jusqu'à ce qu'ils arrivent à l'éliminer totalement », observe-t-il. Après des années « très dures », « 50 ans de pénuries » et une crise « devenue plus forte », le retraité voit les choses du bon œil et estime « qu'il est temps d'aller de l'avant. »

Un avis que partage Pablo Morales Marchan, un jeune blogueur. Il a bénéficié de la section d'intérêt et il espère que cela va continuer et s'étendre avec l'ouverture de l'ambassade. Il estime que ce qui se passe maintenant est le « premier pas d'une longue marche pour apprendre à limer les aspérités, les différences, les compréhensions surtout entre les peuples qui sont les plus importants. »

Ce rapprochement entre les deux pays est selon lui l’occasion pour Cuba de « s’ouvrir au monde » et inversement. « Je voudrais que les gens viennent connaître la réalité cubaine in situ, dans le pays, et que ce ne soit plus un stéréotype pour les gens qui sont soit d'un côté, soit de l'autre. Qu'ils apprennent à voir la réalité cubaine telle qu'elle est, à partir de ses propres acteurs, du peuple cubain lui-même », argumente le trentenaire.

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