République dominicaine

«Air cocaïne»: quatre Français prennent 20 ans ferme à Saint-Domingue

French pilots Pascal Fauret and Bruno Odos
French pilots Pascal Fauret and Bruno Odos AFP PHOTO/Erika Santelices
Texte par : RFI Suivre
9 mn

L'affaire avait été surnommée « Air cocaïne » : quatre Français, dont deux pilotes professionnels, arrêtés en mars 2013 en République dominicaine, alors qu'ils s'apprêtaient à décoller à bord d’un avion rempli de drogue - 680 kg de cocaïne. Ce samedi 15 août, ces quatre ressortissants français ont été condamnés à égalité à 20 ans de prison ferme. Ils clament tous leur innocence. Les avocats plaidaient l'acquittement et ont annoncé leur intention de faire appel.

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Vingt ans de prison pour trafic de drogue. Ce sont les sanctions les plus lourdes d’un procès qui impliquait 14 personnes au total. A Saint-Domingue ce samedi, les pilotes Pascal Fauret et Bruno Odos, le passager Nicolas Pisapia et « l'apporteur d'affaires » Alain Castany, qui travaillait avec la compagnie ayant affrété l'appareil, ont tous été reconnus coupables du crime « d'association en vue de (...) posséder des drogues illicites », selon la déclaration lue au tribunal après dix heures de délibérations. Parmi les dix Dominicains poursuivis pour complicité, six ont été acquittés et les quatre autres ont écopé de peines comprises entre cinq et dix ans de réclusion.

Les quatre Français avaient été arrêtés dans la nuit du 19 au 20 mars 2013. La police dominicaine, sur la base d’informations communiquées par les Etats-Unis (DEA), les avait interceptés sur le tarmac de l'aéroport de Punta Cana, dans l’est de la République dominicaine, à bord d’un Falcon 50 qui abritait aussi 26 valises contenant 680 kg de cocaïne. Dans la foulée de l'opération, environ quarante personnes - militaires chargés de la sécurité aéroportuaire, agents des douanes et de la police - avaient été arrêtées. La majorité d'entre elles ont été relâchées au fil des mois suivants.

Philippe Heneman, président du comité de soutien: «Voilà: pas de réseau, deux pilotes et deux autres Français qui passaient par là, la peine maximale»

L'entourage des deux pilotes français est en colère

Après 15 mois de détention, les quatre Français ont pour leur part été jugés libres. Ils le resteront jusqu’à ce que leur peine soit définitive, avec interdiction de quitter le territoire. Durant le procès, leurs avocats ont plaidé l’acquittement, expliquant que rien ne prouvait que les accusés savaient que de la drogue se trouvait à bord de l’avion. Les deux pilotes se sont par exemple bornés à expliquer que la responsabilité du contrôle des bagages relevait des autorités locales et non de l'équipage.

De son côté, dans son réquisitoire, le procureur Milciades Guzman a affirmé le contraire. Selon lui, les valises sont arrivées sur le tarmac « par un trou percé dans le grillage jusqu'à l'avion, en présence des pilotes ». Il a été suivi dans ses réquisitions par le tribunal.

Pour Sabine Fauret, femme de l’un des deux pilotes condamnés, cette décision est insupportable. Elle s’est exprimée sur les antennes de RFI : « Vous vous rendez compte ? Au départ, il y avait 50 Dominicains, c’était le plus gros réseau qu’ils n’avaient jamais démantelé. Il reste quatre Français, dont deux pilotes qui étaient en mission, qui ne connaissent personne là-bas, qui sont inconnus des services en France. Enfin, je veux dire, c’est insupportable ! Vous imaginez, condamner quelqu’un à 20 ans de prison ? C’est la peine maximale. »

Me Jean Reinhart, avocat des deux pilotes: «Les Dominicains au cœur du dispositif, eux, sont condamnés de façon extrêmement légère»

« On était assez confiants, la défense était en béton »

Selon Mme Fauret, « le procureur n’a pas arrêté de mentir, de changer de version au fil des audiences, il n’a pu apporter aucune preuve de la culpabilité de Pascal et de Bruno ».

« Et malgré ça, explique-t-elle, le tribunal ose affliger 20 ans de prison à des étrangers, tout simplement parce qu’ils sont Français. Ils ont saisi l’avion, c’est pareil, c’est illégal. Tout est illégal dans ce procès. Quand on a affaire à un pays où la justice ne peut pas porter ce nom, le gouvernement français doit intervenir. M. Fabius a dit récemment qu’il ne laissait tomber aucun des citoyens français. C’est le moment qu’il le prouve et j’attends des nouvelles de sa part. »

Ce samedi, le Quai d'Orsay rappelle que la condamnation n'est pas définitive, et explique tout mettre en œuvre pour assurer une protection consulaire aux quatre condamnés. Christine, la sœur du second pilote, Bruno Odos, père de quatre enfants, s’est confiée à l’AFP. « On n'a pas bien dormi, dit-elle, on attendait un verdict positif, pour nous c'était évident, et ça a été le coup de massue. Je suis en colère, accablée, révulsée, tous les mots que je peux employer sont faibles. »

Mme Odos explique qu'elle attendait autre chose : « On était assez confiants, compte tenu de la défense, qui était en béton », explique-t-elle, parlant d’une décision « incompréhensible » et « pas logique ». Et de mettre à son tour la pression sur les dirigeants politiques français : « C'est là qu'on va voir la réelle implication de nos responsables », lance-t-elle.

MM. Castany (tout à gauche) et Pisapia (tout à droite), pendant leur procès à Saint-Domingue, le 1er décembre 2014.
MM. Castany (tout à gauche) et Pisapia (tout à droite), pendant leur procès à Saint-Domingue, le 1er décembre 2014. AFP PHOTO/ERIKA SANTELICES

Une enquête ouverte en France

En 2013, une enquête avait été également ouverte en France après l’arrestation des quatre Français. Mais avant les faits, dès le mois de janvier 2013, les gendarmes avaient suivi la piste de « comportements suspects » sur le vol d’un Falcon 50 qui avait atterri à Saint-Tropez, sur la côte méditerranéenne, le 9 décembre 2012.

Un douanier en poste à Toulon, aujourd’hui soupçonné de complicité, était allé accueillir l'avion, avec à son bord Pascal Fauret, Bruno Odos et Nicolas Pisapia, faisant entrer sur le tarmac deux véhicules qui avaient emporté dix valises venant de l'appareil. L’enquête a permis de pointer deux déchargements similaires sur l’année 2012. Une autre arrivée était prévue le 18 mars 2013, soit la veille de l’opération dominicaine. L'Agence France-Presse explique que la défense des quatre Français « a fait feu de tout bois pour que ces faits ne soient pas utilisés par l'accusation durant le procès ».

Invité à prendre la parole le jour du verdict, Nicolas Pisapia, 40 ans, accusé par le procureur d'être le cerveau, a déclaré en espagnol : « Je veux simplement répéter une fois de plus que je suis innocent. » « Après deux ans, je n'ai entendu que des mensonges dans la bouche du ministère public », a pour sa part dénoncé Alain Castany, 69 ans. Quant au pilote Bruno Odos, 55 ans, il a confié qu’il vivait un cauchemar depuis 2013, plaidant également son innocence. Et son collègue Pascal Fauret, 56 ans, a parlé d’une « triple catastrophe » : professionnelle, économique et familiale.

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