Brésil

Le Brésil face aux crimes de sa dictature

Inês Etienne Romeu, seule survivante de la «maison de la mort» sous la dictature militaire au Brésil, libérée grâce à la loi d’amnistie de 1979.
Inês Etienne Romeu, seule survivante de la «maison de la mort» sous la dictature militaire au Brésil, libérée grâce à la loi d’amnistie de 1979. TV Globo

Trois ans après sa création par la présidente Dilma Rousseff, la Commission nationale de la vérité rendait son rapport en décembre 2014, dénonçant notamment la systématisation de la torture sous le régime militaire au Brésil. Le document faisait également état de 434 morts ou disparus politiques.

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Les crimes de la période dictatoriale, de 1964 à 1985, n'ont jamais été jugés. Cependant, le Brésil doit à Dilma Rousseff la création en 2011 de la Commission nationale de la vérité (CNV) établie afin d'« examiner et éclaircir les graves violations des droits humains pratiquées » de 1946 à 1988. L'essentiel des travaux menés par la CNV concerne les vingt et une années de régime militaire que connut le pays.

Pourquoi une Commission de la vérité ?

Instaurée par la loi du 18 novembre 2011, à l'initiative de l'actuelle présidente de la République brésilienne, la CNV avait l'ambition de « rendre effectif le droit à la mémoire et à la vérité historique ». Nommés par la présidente et installés dans l'exercice de leur fonction le 16 mai 2012, les sept membres de la Commission se virent attribuer des objectifs précis. Leur mandat, prévu pour deux ans, fut prolongé en décembre 2013 par une mesure provisoire fixant la conclusion des travaux au 16 décembre 2014.

La loi de création de la CNV en définissait les principaux objectifs : il s'agissait de faire la lumière sur les cas de torture, de mort et de disparition forcée ayant eu lieu au Brésil ou à l'étranger durant la période définie, mais également d’œuvrer en faveur de l'identification des locaux et institutions au sein desquels furent commis de tels crimes.

Enfin, le texte insistait sur l'importance de la « localisation et de l'identification de corps et restes de disparus politiques » dont les familles cherchent encore aujourd'hui à connaître les auteurs et circonstances de la mort. La CNV était en mesure de recevoir des témoignages volontaires, de convoquer certaines personnes possiblement liées aux faits et de demander la mise sous protection de témoins ou la réalisation d'expertises sur le terrain...

La torture au sein d'installations militaires

Les recherches de la CNV consacrées à la torture pratiquée au sein de dépendances des Forces armées brésiliennes ont occupé une place très importante dans les investigations réalisées. A l'échelle nationale, les démarches d'identification des lieux furent entamées en février 2014. Cependant, les audiences réalisées localement abordaient déjà cette question avant 2014.

Le 28 mai 2013, l'historienne et ex-militante du groupe Armée de libération nationale (ALN), Dulce Pandolfi, témoignait devant la Commission de la vérité de l’État de Rio de Janeiro, attestant de la brutalité de ses tortionnaires au sein de la Délégation d'opérations d'informations et accusant les dirigeants successifs du régime militaire d'être « responsables et de connivence avec la torture ».

La « maison de la mort » de Petrópolis : clandestinité, torture et disparitions forcées

Le 25 mars 2014 était présenté, aux Archives nationales de la ville de Rio de Janeiro, le rapport de recherche concernant la « maison de la mort » de Petrópolis, un centre clandestin de torture créé début 1971, une structure secrète et séparée des installations déjà existantes. La « casa da morte » fonctionnait dans les environs de la ville de Petrópolis et était consacrée à la torture et à l'élimination de personnes considérées comme des opposants politiques.

Inês Etienne Romeu, ex-dirigeante du groupe de gauche armée Avant-garde populaire révolutionnaire (VPR), fut enlevée le 5 mai 1971 à São Paulo et détenue à Petrópolis du 8 mai au 11 août 1971. Seule survivante de la « maison », elle reconnut certains de ses tortionnaires. Le 25 mars 2014, sa sœur Celina Romeu évoquait les souvenirs de sa disparition et l'angoisse face à l'impossibilité d'obtenir des informations. Elle raconta comment sa sœur retrouva sa famille après s'être échappée, et fut ensuite emprisonnée officiellement. Libérée le 29 août 1979, Inês Etiene Romeu se rendit à Rio de Janeiro en 1981 et put localiser la « maison » de Petrópolis. La reconnaissance des lieux en 1981 permit la réouverture de cas de disparus politiques.

Lors de l'audience, l'ex-agent du Centre d'informations de l'armée de Terre, Paulo Malhães, fit également une déposition et reconnut l'usage de la torture ainsi que les techniques de dissimulation des corps des victimes, sans exprimer le moindre regret. Il a été retrouvé mort un mois après sa déposition devant la CNV.

Le rapport final a été remis entre les mains de Dilma Rousseff le 10 décembre 2014, il représente une avancée majeure pour le Brésil et la reconnaissance des crimes commis durant la période du régime militaire.

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